Goudiry : les femmes à la pointe des initiatives de régénération des forêts
Goudiry : les femmes à la pointe des initiatives de régénération des forêts

SENEGAL-ENVIRONNEMENT-REPORTAGE

Par Abdoulaye Diallo

Goudiry, 13 avr (APS) – Les femmes de Goudiry font de la restauration des ressources forestières de ce département de la région de Tambacounda (est) un combat quotidien. Elles produisent des pépinières destinées au reboisement, à l’arboriculture et à l’exploitation de projets maraîchers agroécologiques.

Le département de Goudiry, d’une superficie de 17 057 kilomètres carrés, correspondant à l’ancienne province du Boundou. La ville chef-lieu de département est située à environ 110 kilomètres de la capitale régionale, Tambacounda, et à 618 kilomètres de Dakar. Le climat du département de Goudiry est chaud et sec. Cette circonscription administrative compte six forêts classées de 267 433 hectares. On y dénombre six massifs d’une superficie totale de 220 388 hectares.

Cependant, l’écologie du Boundou subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique, une situation aggravée par l’exploitation abusive et clandestine du bois et les feux de brousse.

 

La pression sur la végétation de Goudiry s’accentue. Ses écosystèmes forestiers sont de plus en plus exploités en raison de la stricte surveillance forestière dont les régions méridionales de Sédhiou, Kolda et Ziguinchor sont l’objet.

Un engagement communautaire

En milieu de journée de ce mois d’avril, les chauds rayons de soleil inondent de lumière les nombreux baobabs de Goudiry. Plusieurs groupements de femmes du département mènent des activités de reboisement. Ils plantent des arbres fruitiers : manguiers, citronniers, baobabs, etc. Sont également plantées des espèces en voie de disparition dans cette partie du Sénégal où règnent une longue saison sèche et une courte saison des pluies.

À Didé Gassama, un village de la commune de Toumboura, dans l’arrondissement de Kéniéba, à 57 kilomètres de la ville de Goudiry, la chaleur est accablante. Il faut plus d’une heure de route pour y arriver. En passant par la commune de Koussan.

Un vent chaud et sec souffle sur Didé Gassama. La température est de 40° C au moins. Soudain, un tourbillon se lève et se propage dans la réserve naturelle communautaire du Boundou. À Didé Gassama, le groupement d’intérêt économique (GIE) Allah Tantou (Grâce à Dieu) fait preuve d’un engagement communautaire pour la restauration des ressources forestières. Il exploite un périmètre agroforestier de 10 hectares, avec le soutien financier du Conservatoire de la réserve naturelle communautaire du Boundou et la coopération du département de l’Isère, en France. ‘’Un habitant, un arbre’’ est le slogan, ici.

Les femmes du GIE Allah Tantou pilotent parallèlement un projet maraîcher agroécologique, avec l’aide du ‘’Fonds pour l’environnement mondial pour investir dans notre planète’’.

Goudiry : les femmes à la pointe des initiatives de régénération des forêts

Dans ses deux jardins entretenus avec un forage fonctionnant entièrement à l’énergie solaire, le GIE Allah Tantou s’active dans la restauration des écosystèmes forestiers dégradés. Il entretient des pépinières et mène des activités de reboisement.

Fatoumata Gassama, la présidente du GIE Allah Tantou, nous fait visiter les pépinières, sous la canicule. ‘’Ici, nous produisons des pépinières forestières destinées au reboisement. Nous plantons des arbres fruitiers et d’autres espèces, que nous recommandent les gestionnaires de la réserve naturelle communautaire du Boundou’’, explique Mme Gassama.

Régénération écologique

Dans le périmètre arboricole du GIE Allah Tantou, les pépinières se portent bien, malgré la chaleur et l’aridité des sols. ‘’Nous les utilisons pour reboiser notre forêt’’, dit Mme Gassama d’un léger sourire, signe de sa passion de contribuer à la revitalisation de la forêt du Boundou.

Les femmes du village de Didé Gassama, elles, se lancent dans la  sauvegarde de l’environnement. À Mbangol, un village de l’arrondissement de Balla, on constate la même dynamique communautaire. L’élevage est la principale activité des populations.

Ici, le cheptel se promène dans des rues sablonneuses. La volaille, elle, picore joyeusement devant les concessions. Mbangol est un écovillage composé majoritairement de cases en paille. De grands baobabs le surplombent. Ils sont l’emblème de la forêt du Boundou.

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Dans ce village, les femmes réunies dans un GIE se lancent depuis cinq ans dans la régénération écologique de Balla, une commune située au cœur du Boundou, à 53 kilomètres de la ville de Goudiry.

‘’Nous fabriquons nous-mêmes des fertilisants naturels’’

Dans ce périmètre agroforestier d’un hectare, situé juste à côté de l’école primaire du village, les femmes s’investissent aussi dans la production de pépinières forestières destinées au reboisement des espaces publics, dont les établissements scolaires de la zone.

Oumou Camara est la présidente du groupement d’intérêt économique des femmes de Mbangol. ‘’L’engagement communautaire des femmes de Mbangol pour l’environnement est exemplaire. Depuis la naissance de notre association, nous entretenons des pépinières destinées au reboisement des écoles et de la forêt’’, dit-elle sous les acclamations des autres membres du GIE.

‘’Nous sommes déterminées à poursuivre notre travail avec l’aide des services des eaux et forêts, car nous avons compris l’importance des arbres pour notre cadre de vie. Nous menons des activités de maraîchage, mais pas avec des produits chimiques. Nous fabriquons nous-mêmes des fertilisants naturels’’, témoigne Mme Camara.

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Le périmètre maraîcher des femmes de Mbangol a été aménagé avec le soutien financier d’ActionAid Sénégal. Mais les femmes sont confrontées à des difficultés liées à l’accès à l’eau et au matériel agricole. Elles souhaitent que les organisations chargées de la protection de l’environnement les aident à disposer d’un forage. ‘’Actuellement, nous n’avons que ce mini-forage, qui est utilisé par tout le village’’, dit Oumou Camara.

La préservation de l’environnement est plus qu’une nécessité

La végétation du Boundou est dominée par certaines espèces, dont le combretum glutonosum, qui très utilisé pour la carbonisation, en raison de sa forte capacité à se régénérer.

Le baobab – appelé scientifiquement adansonia digitata -, dont les fruits et feuillages sont très prisés dans la région de Tambacounda, est fortement présent dans le Boundou. Le département de Goudiry se caractérise aussi, par endroits, par un sol extrêmement dur et latéritique, où les racines de beaucoup d’arbres se développent très lentement.

Depuis plusieurs années, les écosystèmes de Goudiry connaissent une pression constante, aggravée par les effets destructeurs de l’environnement, lesquels nécessitent une réponse communautaire forte et organisée. Dans les villes de Goudiry et de Kothiary, les femmes ont compris que la préservation de l’environnement est plus qu’une nécessité.

Il est presque 19 heures lorsque le soleil disparaît à l’horizon. La température baisse en même temps. Dans le jardin de quatre hectares situé au cœur de la ville de Goudiry souffle un vent doux. ‘’Plusieurs groupements de femmes de la commune de Goudiry s’activent dans l’agroécologie et l’arboriculture. Les femmes travaillent dans le périmètre agroforestier, pour la production de pépinières. Elles plantent des arbres fruitiers, avec le soutien des services des eaux et forêt de Goudiry’’, affirme Sira Dème, la présidente d’un GIE.

Les femmes du département de Goudiry ont compris les enjeux du réchauffement climatique. Elles mènent des activités de reboisement pour revitaliser la forêt du Boundou et souhaitent avoir plus d’espace pour développer l’arboriculture et l’agroécologie. Des financements aussi pour rendre la ville de Goudiry plus verte.

Quatre-vingt mille arbres plantés en 2025 

Dans le département Goudiry, l’engagement communautaire des femmes va au-delà de la restauration des écosystèmes. En plus des activités de reboisement et de production de pépinières, les femmes s’activent dans l’agroécologie. Elles recourent à des méthodes efficaces, qui leur permettent d’exploiter la terre sans la dégrader.

À Kothiary, une commune du département de Goudiry, située à 23 kilomètres de la ville de Tambacounda, l’association de femmes Héra Macono (Jardin de la paix) exploite depuis 2012 un périmètre agroforestier de plus d’un hectare. Elles s’activent dans le reboisement, la plantation de pépinières et l’agriculture biologique.

Ce périmètre agroforestier est arrosé à l’aide d’un mini-forage acquis grâce à un projet financé par la Banque mondiale. On trouve dans ce périmètre agroforestier des citronniers, des manguiers, des anacardiers, des orangers et des papayers. Ici, les femmes n’utilisent que des fertilisants bio. ‘’Avec cette technique, nous développons l’arboriculture et l’agroécologie, tout préservant l’environnement. Nous n’avons pas besoin des produits chimiques, nous fabriquons du compostage, avec l’aide du projet MEDA’’, assure Rama Diop, la présidente du groupement Héra Macono de Kothiary. Elle se réjouit du soutien des services des eaux et forêts et du maire de Kothiary.

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Pour protéger les pépinières de l’invasion des rongeurs et des insectes, les femmes recourent à des méthodes culturales écologiques, selon Mme Diop. ‘’Nous avons l’ambition de planter des arbres partout dans la commune de Kothiary’’, dit-elle.

Dans le département de Goudiry, les services des eaux et  forêts ont produit en 2025 environ 112 000 plants et planté environ 80 000 arbres, selon le capitaine Amadou Sarr, chef du secteur des eaux et forêts de Goudiry.

Les femmes du département de Goudiry contribuent à la régénération des ressources forestières par le reboisement. Elles aident à aménager certains massifs forestiers.

Les femmes en quête de financements

Les actions de sensibilisation menées au sein de la réserve naturelle communautaire du Boundou ont permis de préserver les ressources naturelles, selon le capitaine Amadou Sarr, chef du secteur des eaux et forêts de Goudiry. ‘’Les femmes sont de plus en plus conscientes de la nécessité de protéger ces ressources. Elles s’impliquant beaucoup dans les activités de reboisement, dans la production de plants surtout’’, observe-t-il.

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‘’Nous les sollicitons régulièrement pour le rempotage des plantes. Dans toutes les activités auxquelles elles prennent part, dans les vergers communautaires ou les jardins, nous enregistrons des résultats importants’’, témoigne M. Sarr.

De Didé Gassama à Goudiry, en passant par Mbangol et d’autres localités, elles contribuent à la sauvegarde de l’environnement et de ses écosystèmes. Elles sont à la recherche de financements pour mieux protéger l’environnement. Elles attendant d’en obtenir, les femmes font montre d’un engagement sans faille pour la sauvegarde de l’environnement du Boundou.

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ABD/ASB/ESF