FIARA 2026 : l’élevage fait de bonnes affaires, l’artisanat et l’agroalimentaire font grise mine
FIARA 2026 : l’élevage fait de bonnes affaires, l’artisanat et l’agroalimentaire font grise mine

SENEGAL-AGRICULTURE-COMMERCE-REPORTAGE

Par Thierno Abdourahmane Ba et Souleymane Faye

Dakar, 27 avr (APS) – La 26e édition de la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales (FIARA) de Dakar a servi de carrefour d’opportunités, de promotion, d’apprentissage et de perspectives de partenariat aux éleveurs, mais les artisans et les professionnels de l’agroalimentaire déplorent la faible affluence des visiteurs. Beaucoup d’entre eux attendaient davantage de leur participation, en termes de ventes surtout.

Les exposants de la partie “ressources animales” de la FIARA affirment que l’évènement, qui s’est déroulé du lundi 30 mars au dimanche 26 avril, leur a permis d’accroître leur visibilité, de nouer des contacts professionnels et d’envisager de nouveaux partenariats. Ils disent avoir partagé leur expérience avec d’autres éleveurs rencontrés à cette foire agricole et pastorale, la plus importante du pays.

Un début d’après-midi à la FIARA. Dans l’enceinte du Centre international du commerce extérieur du Sénégal, à Dakar, où se tient cette foire annuelle, quelques visiteurs arpentent tranquillement les allées des stands animaliers. Les éleveurs se tiennent aux côtés de leur bétail, tout fiers de l’exposer.

Bien nourries, les bêtes, dont quelques-unes naissent du croisement de diverses races, aimantent les regards. Elles sont l’objet de nombreux échanges entre les visiteurs et les éleveurs, lesquels partagent leur expérience avec les premiers et nouent des contacts.

“La FIARA m’offre énormément d’opportunités en termes de savoir-faire, de contacts et de futurs partenariats”, confie Almami Dème, en train de donner à boire à ses “ladoum”, des moutons de race. L’occupant du stand numéro 10 se réjouit d’avoir rencontré des partenaires pour des projets d’élevage.

Un carrefour d’opportunités et de partage des techniques pastorales

À ses côtés, Baye Cheikh Thiaw, un féru d’élevage de moutons de race, se réjouit également de la visibilité que lui offre la FIARA. La foire lui a permis de connaître d’autres éleveurs et de nouer des contacts avec eux, dit-il, ajoutant : “Ici, j’ai rencontré des professionnels qui m’ont appris des techniques d’élevage. La FIARA est un véritable espace de partage des savoirs.”

Mame Alassane Thiaw est très fier de se retrouver au milieu des stands réservés aux bovins. Il pose volontiers aux côtés d’un bovin nommé Bouchra. Qu’il surnomme affectueusement Poutine. Pour ce jeune exposant, participer à la FIARA est une expérience sans précédent. “Je rends grâce à Dieu et remercie les organisateurs de la foire. Grâce à eux, nous recevons la visite de nombreuses personnalités, qui découvrent nos activités et prennent nos contacts pour de futurs partenariats”, se réjouit-il.

La FIARA est une vitrine exceptionnelle pour de nombreux éleveurs, qui viennent de diverses régions du pays. C’est, pour eux, non seulement un espace de promotion de l’élevage et des ressources animales, mais aussi d’apprentissage, de partage de connaissances et de collaborations à venir. “La FIARA est la plus grande vitrine de l’année pour beaucoup d’exposants, les petits producteurs et les jeunes entrepreneurs notamment. C’est l’occasion pour eux de se faire connaître, de tester le marché et de trouver une demande à leur offre”, dit son directeur général, Pape Abdou Fall, se promenant fièrement entre les stands.

À cela s’ajoute la dimension formation et encadrement, d’après lui. “Des forums et des rencontres thématiques se tiennent pendant toute la durée de la foire pour orienter les participants, leur présenter les dispositifs d’encadrement disponibles et leur tracer des pistes concrètes de développement. Ces échanges ont une valeur inestimable. Un jeune éleveur qui repart de la FIARA avec des contacts, des conseils et une meilleure connaissance de son secteur, c’est un entrepreneur qui a grandi. Ce sont des acquis précieux, que personne ne peut lui retirer”, jure le patron de la FIARA. Il la décrit comme “une école à ciel ouvert”, en raison des opportunités d’apprentissage qu’elle offre aux exposants, aux jeunes entrepreneurs surtout.

Les éleveurs sont satisfaits de l’affluence des visiteurs. Baye Cheikh Thiaw, à la tête d’une bergerie, est tout heureux de l’intérêt que manifestent les visiteurs pour son élevage. “Les gens viennent de partout. Ils s’intéressent aux races. Ils demandent les prix et cherchent à savoir comment les animaux ont été élevés. Ils apprécient nos races et repartent avec nos contacts”, fait observer le jeune éleveur, rêvant peut-être de remporter le Grand Prix du président de la République pour l’élevage.

Les visiteurs et les éleveurs discutent de la génétique des bovins et des caprins. Des coûts d’entretien des races aussi. Selon Baye Cheikh Thiaw, le prix d’un mouton de race peut s’élever à plusieurs millions de francs CFA.

“Les moutons que nous faisons venir à la FIARA sont minutieusement sélectionnés. Ce sont des espèces rares. C’est pourquoi leur prix est souvent exorbitant”, explique M. Thiaw, jurant de la rentabilité de l’élevage des moutons de race.

Mame Alassane Thiaw dit vendre chacun de ses bovins à trois millions de francs CFA au moins, un montant peut-être six à dix fois plus élevé que le prix d’un bovin ordinaire.

“Les foires de Dakar ne sont plus ce qu’elles étaient”

La FIARA, par le fait de réunir des éleveurs pouvant venir de toutes les régions du pays, est à la fois un carrefour d’opportunités, de promotion de l’élevage, de partage des techniques pastorales et de partenariats à venir.

Les acteurs des filières artisanales et agroalimentaires venus à la 26e édition de la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales déplorent, pour leur part, la faible affluence des visiteurs. Ils disent être insatisfaits de leur participation en termes de ventes et de contacts noués.

Alassane Ouédraogo, un artisan burkinabè, participe à la FIDAK et à la FIARA depuis 2010. “Les foires de Dakar ne sont plus ce qu’elles étaient. Ça ne marche plus. Je ne sais pas pourquoi. Mes compatriotes ne viennent plus en grand nombre”, s’inquiète M. Ouédraogo.

Il dit avoir versé 500 000 francs CFA pour l’occupation d’un stand pendant toute la durée de la FIARA 2026. “C’est trop cher”, juge l’artisan burkinabè, déplorant “la faible animation” de la foire. “Il fallait faire beaucoup de publicité à la télévision, sur les panneaux, etc.”

Son compatriote et confrère Aboubacar Ouédraogo, assis dans le même stand, est lui aussi insatisfait. “Le président de la République est venu visiter la FIARA. Au lieu de le laisser venir visiter nos stands, on a installé des barrières. Nous aurions souhaité recevoir sa visite. Les artisans allaient peut-être se cotiser pour lui offrir un cadeau. Sa visite aurait suffi pour booster les ventes”, dit le cadet des Ouédraogo, nostalgique des premières années de sa participation à la FIARA et à la FIDAK.

“Eux-mêmes savent que nous ne vendons pas assez, que la FIARA manque de vitalité. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils l’ont prolongée jusqu’au 26 avril”, maugrée-t-il.

Là-bas, “nous avons épuisé l’argent que nous avions”

“Le président de la République est venu à la FIARA sans passer nous voir. On avait installé des barrières ici”, observe Robert Paulus, un Allemand habitué maintenant à la FIDAK et à la FIARA, où elle vient faire depuis 2019 la promotion d’une huile essentielle.

Jonas Tapsoba répond, d’un hochement de tête, que sa participation à la FIARA n’est pas des plus reluisantes. À son avis, c’est comme si les Dakarois ne sont pas au courant de la 26e édition. “Lorsque nous appelons nos clients sénégalais, ils disent ne pas savoir que la FIARA a démarré […] Cette année, il y a très peu de visiteurs”, poursuit-il timidement.

El Hadji Ndiaye, un artisan venu de Diourbel (centre), est confortablement assis sur une chaise. Au milieu de son stand. “Les derniers jours d’une foire sont souvent les plus intéressants. Pour le moment, les visites ne sont pas fameuses, les ventes non plus. Les gens veulent acheter mais ils n’ont pas assez d’argent”, dit le cordonnier diourbelois, déplorant la “cherté” des stands.

“Cinq cent mille francs CFA pour neuf mètres carrés ! Et il n’y a pas de forte affluence de visiteurs. Les gens ne s’occupent maintenant que des dépenses obligatoires”, commente M. Ndiaye en vantant la qualité des produits artisanaux exposés à la FIARA.

Mame Mor Ndiaye et Anta Fall Yague, venus de Ross Béthio (nord), discutent tranquillement, assis dans deux stands voisins, dans l’espace réservé aux produits agricoles de la FIARA. Ils reçoivent des visiteurs. Au compte-gouttes.  

“Depuis la visite du président de la République, les gens viennent de plus en plus à la FIARA. Beaucoup d’entre eux disent qu’ils n’étaient pas au courant de l’évènement”, dit Mame Mor Ndiaye, considérant la FIARA comme “une belle vitrine” pour le riz local. Au contraire des artisans, il fait partie des exposants ayant reçu la visite du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, samedi 11 avril.

“La principale difficulté de cette édition, c’est la grève des transporteurs, qui a sérieusement perturbé l’évènement”, reconnaît le directeur général de la FIARA.

Aboubacar Ouédraogo raconte avoir passé six jours à Kidira, une ville sénégalaise située près du Mali, à cause de la grève des transporteurs. “Là-bas, nous dormions à la belle étoile. Nous n’avions même pas assez d’argent pour manger. Mais nous avons eu la chance d’y trouver un compatriote, qui nous a pris en charge”, se souvient-il.

Cheikh Sall, chargé de la communication du Conseil national de concertation des ruraux (CNCR), constate que “les gens viennent de plus en plus à la FIARA, des acteurs du monde rural pour la plupart”. Assis au fond d’un stand, les yeux rivés sur un ordinateur, le communicant du CNCR, l’une des principales organisations paysannes sénégalaises, coorganisatrice de la FIARA, se réjouit surtout de la participation de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Il la juge historique. “Au début, c’était timide”, reconnaît M. Sall, se promenant au milieu des stands pour présenter un journaliste de l’APS aux exposants emmenés par le CNCR.

“Il y a eu peu de publicité sur la FIARA de cette année. Nous avons attendu les visiteurs pendant une semaine, avant de les voir arriver. Il n’y a pas eu de commandes, ni de ventes pendant tout ce temps-là. Les gens n’étaient pas informés de l’ouverture de la FIARA. C’est après la visite du président de la République qu’ils ont commencé à venir”, raconte Mariama Diémé, une exposante venue de Diouloulou (sud).

Bintou Djiba, assise à ses côtés, est peu satisfaite de sa participation. “C’est très difficile. La clientèle se fait désirer. Nous ne vendons pas grand-chose. Au même moment, nous dépensons beaucoup d’argent à Dakar, rien que pour nos besoins alimentaires”, s’inquiète-t-elle.

Le Burkinabè Jonas Tapsoba, qui prend part à la FIARA depuis cinq ans, se trouve dans le même état d’esprit. “La grève des transporteurs a pénalisé tout le monde”, s’empresse-t-il de dire lorsqu’on lui demande les raisons de son insatisfaction.

“La grève des transporteurs a fortement impacté la FIARA”

Jeanne Ouédraogo regrette avoir dépensé beaucoup d’argent à la frontière sénégalo-malienne où elle a passé une escale forcée de cinq jours à cause de la grève des transporteurs sénégalais. “Là-bas, nous avons épuisé l’argent que nous avions”, raconte-t-elle, ajoutant avoir été prise en charge, en même temps que d’autres artisans burkinabè, par une société de transport de leur pays.

Anta Fall Yague est venue tardivement à la 26e Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales. “Je n’ai pas pu participer au cours des quinze premiers jours à cause de la grève des transporteurs. Ça entraîne forcément des rendez-vous manqués avec la clientèle”, regrette Mme Yague, tout en se réjouissant de n’avoir déboursé le moindre sou en contrepartie du stand occupé. Cette dépense est prise en charge, à ses dires, par le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage. Au bénéficie de nombreux riziculteurs de la vallée du fleuve Sénégal, selon elle.

Bintou Badji, venue de la région de Ziguinchor (sud), note que “la grève a fortement impacté le déroulement de la FIARA, car elle a empêché le déplacement à temps de nombreux exposants”.

La grève a retardé l’arrivée de nombreux exposants à la FIARA, confirme Pape Abdou Fall. “C’est une situation indépendante de notre volonté, mais qui nous a causé un vrai préjudice. Aux organisateurs comme aux exposants”, dit-il à l’APS. Le directeur général de la FIARA d’ajouter que la foire a été prolongée d’une semaine en raison de la grève. “Cette décision nous a permis de donner à tous les participants la possibilité de profiter pleinement de la foire.”

La 26e édition de la FIARA s’est déroulée du lundi 30 mars au dimanche 26 avril, dans l’enceinte du Centre international du commerce extérieur du Sénégal.

Des organisations paysannes, dont le Conseil national de concertation des ruraux, prennent part à l’organisation de la FIARA

TAB/ESF/BK