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Dakar, 21 juil (APS) – Les victimes de l’excision portent un fardeau dont elles peinent à se libérer, partagées entre désespoir et impuissance, mais la chirurgie réparatrice apparait comme un nouveau départ, une nouvelle espérance.
Des femmes excisées arrivent souvent discrètement, le regard hésitant, portant un lourd silence. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’elles osent parler de ce qu’elles ont subi durant leur enfance.
Des années de souffrance, de douleurs physiques, mais aussi de blessures invisibles, longtemps enfouies. Presque le sentiment d’un bien volé qu’elles ne pourraient jamais retrouver. Une vie déchirée !
Mais aujourd’hui, la chirurgie semble être la voie du salut pour ces femmes excisées, longtemps privées de plaisir après une ablation partielle, ou même totale, dans certains cas, du clitoris.
À l’hôpital Abass Ndao de Dakar, une mission de chirurgie réparatrice offre à ces femmes bien plus qu’une intervention médicale. Elle leur ouvre un chemin vers la reconstruction – avec le sentiment d’une destruction – de leur corps.
Le lieu d’intervention de cette mission se situe en face de la porte principale de l’hôpital Abass Ndao. Une grande enseigne indique la maternité, au premier étage d’une bâtisse où des femmes victimes d’excision sont “réparées”.
Il s’agit d’un bâtiment complément rénové, comprenant un service de réanimation et un bloc opératoire.
Vêtues de boubous légers en cette période de forte canicule, sourires généreusement distribués, signe d’espoir, des femmes attendent leur tour de passer à la table pour une chirurgie réparatrice. Encore en âge de procréer, elles ont en commun d’avoir perdu un bout de chair qui leur était très cher : le clitoris communément appelé organe du plaisir.
Dans certaines communautés du pays, il est de coutume de pratiquer l’excision pour des raisons d’ordre culturel, traditionnel, voire religieux. Quel que soit le motif, ces femmes rencontrées à Abass Ndao évoquent des traumatismes liés à cette pratique.
‘’Je suis toujours traumatisée, j’ai été excisée à l’âge 4 ans. Mes grandes sœurs l’ont été avant moi, ma mère non plus n’a pas échappé à cette règle’’, confie une jeune native de Dakar au teint clair, la vingtaine révolue.
Fraichement bénéficiaire d’une chirurgie réparatrice, elle dit se sentir “bien” dans sa peau.
Le trauma de la menace sur le ménage
Une autre toujours, sous le couvert de l’anonymat, dit souvent redouter que son ménage vole en éclats.
‘’L’excision a failli briser mon ménage. Je n’ai jamais connu le plaisir charnel. Je souffrais tout le temps chaque fois que j’avais des moments d’intimité avec mon époux. J’ai fait 5 ans de mariage et je suis mère de famille. La douleur a toujours hanté mes nuits’’, confie la femme qui a été opérée le week-end dernier à la maternité de l’hôpital Abass Ndao.
Elle espère retrouver une vie épanouie après cette opération.
Leurs visages racontent parfois ce que les mots n’arrivent pas encore à dire. Certaines d’entre elles, pudiques, baissent les yeux, d’autres esquissent un sourire timide pour fuir ce sujet tabou. Toutes partagent une même histoire : une enfance marquée par l’excision et des blessures qui, des années plus tard, continuent de peser sur leur quotidien.
Avant même d’entrer au bloc opératoire, tout commence par la parole. Dans une salle de consultation, des sages-femmes, psychologues et sexologues écoutent, rassurent et accompagnent ces femmes qui, pour la première fois parfois, mettent des mots sur leur douleur.
Beaucoup racontent une enfance marquée par la peur, des difficultés dans leur vie de couple ou encore une souffrance qu’elles n’ont jamais osé partager avec leurs proches.
‘’Nous ne préparons pas seulement une opération, nous accompagnons une femme dans tout son parcours’’, explique Louise Mendy Gomis, sage-femme senior à l’hôpital Abass Ndao.
Pour elle, la reconstruction commence bien avant le geste chirurgical. Les groupes de parole permettent aux patientes de comprendre ce qu’elles ont vécu, d’échanger avec d’autres femmes ayant connu les mêmes épreuves et, progressivement de retrouver confiance en elles.
Dans ces échanges, certaines découvrent qu’elles ne sont plus seules. D’autres réalisent que leurs douleurs est enfin entendue. Au fil des rencontres, une véritable chaîne de solidarité se crée. Elles rient ensemble. Une certaine entente née de ces instants qu’elles partagent, le temps d’une opération.
Une liste d’attente de 400 femmes est à gérer par le service de la maternité
‘’Nous avons une liste d’attente de 400 femmes devant être opérées. La mission présente à l’hôpital a déjà opéré 50 femmes. Après leur départ, le travail continue’’, a dit le chef de service, le docteur Rémond Alipio, précisant que ‘’toutes les femmes ne seront pas opérées.
Il a rappelé que certaines vivent sans complications majeures et n’ont pas nécessairement besoin d’une intervention. Pour d’autres, la chirurgie représente une étape importante pour se réapproprier leur corps et retrouver une part de leur dignité.
Chaque décision est prise après un examen médical approfondi et un dialogue avec la patiente, a-t-il ajouté.
‘’Le spécialiste tient également à lever une idée reçue : la chirurgie réparatrice n’est pas une greffe. L’intervention consiste à mobiliser les tissus du clitoris encore présents sous la peau afin de restaurer une partie de l’anatomie’’, a expliqué Dr Alipio.
Toutefois, souligne-t-il, les possibilités de reconstruction dépendent de l’ampleur des mutilations subies, notamment lorsque l’excision a été pratiquée de manière très invasive.
‘’Au-delà de l’acte médical, l’équipe soignante travaille aussi à apaiser une autre blessure : celle de la colère, car beaucoup de femmes éprouvent de la rancœur envers leurs mères, leurs tantes ou leurs grands-mères, qui ont participé à leur excision’’, a relevé la sage-femme.
Elle invite les victimes à comprendre le poids des traditions de l’époque, sans pour autant banaliser les violences subies, afin de les aider à avancer vers l’avenir plutôt que de rester “prisonnières du passé”.
Cette prise en charge de la chirurgie réparatrice reste entièrement gratuite grâce à des partenariats médico-chirurgicaux et financiers. Une aide précieuse pour des femmes qui, dans leur grande majorité, n’auraient jamais eu les moyens de financer une telle intervention ni d’en parler ouvertement à leur entourage.
Les responsables du programme espèrent désormais mobiliser davantage de partenaires afin d’offrir cette seconde chance à un plus grand nombre de victimes.
L’accompagnement psychologique leur permet, progressivement, de transformer cette douleur en force, sans nier ce qu’elles ont subi, mais en regardant désormais vers l’avenir.
Pour ces femmes, la chirurgie n’efface pas le passé. Mais elle marque souvent le début d’une nouvelle histoire : celle d’une vie où la douleur n’est plus une fatalité, où la parole remplace enfin le silence et où l’espoir renaît, un pas après l’autre.
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