Enclavement et déficit d’électrification, le quotidien difficile du Ndoucoumane profond
Enclavement et déficit d’électrification, le quotidien difficile du Ndoucoumane profond

SENEGAL-COLLECTIVITES-DEVELOPPEMENT-REPORTAGE

Kaffrine, 13 juil (APS) – L’enclavement reste le lot de nombreuses collectivités territoriales de la région de Kaffrine (centre) également confrontées à un faible accès à l’électricité. Il en résulte des problèmes de mobilité et d’écoulement des productions agricoles qui impactent la vie économique des zones concernées.

A perte de vue, les champs s’étendent de part et d’autre des pistes qui traversent la région en ce début d’hivernage.

Les paysans continuent de scruter le ciel dans l’attente de pluies plus abondantes. Mais au-delà des incertitudes climatiques, les populations du Ndoucoumane doivent composer avec des routes fortement dégradées et un accès limité à l’électricité.

Située à une trentaine de kilomètres de Koungheul, Khosenanou est un village parmi d’autre qui se distingue par son accès difficile.

Sous un soleil écrasant en cette saison des pluies, les pistes latéritiques menant à cette localité sont particulièrement dégradées, les nombreux nids-de-poule du trajet obligeant les conducteurs à ralentir ou à quitter la piste principale pour emprunter des déviations à travers la brousse. Certains tronçons deviennent même presque impraticables.

De fait, les ruissellements des premières pluies ont contribué à dégrader davantage les pistes latéritiques dans cette partie du Bambouck. Il faut donc un véritable parcours du combattant pour rallier Khosenanou.

En dépit de ses importantes potentialités agricoles, le village souffre d’un manque manifeste d’infrastructures sociales de base, aggravé par la salinisation du fleuve.

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Le même constat s’impose dans plusieurs autres localités de la région. Comme à Mabo, une commune du département de Birkelane dont la majorité des villages – vingt-cinq sur quarante-six villages – ne dispose toujours pas d’électricité.

Le maire de Mabo, Aliou Cissé, assimile cette situation traduit un manque d’équité dans l’accès aux infrastructures de base.

“Dans notre commune, nous souffrons d’un manque criant d’infrastructures routières qui ralentit nos activités économiques. Beaucoup de nos villages ne sont toujours pas électrifiés. Nous sollicitons l’appui de l’Etat pour faire face à ces difficultés”, plaide-t-il.

L’édile attire également l’attention sur la situation du plus grand village de la commune, Sine, qui reste privé d’électricité alors même que le réseau électrique traverse la localité.

Au-delà des questions d’électrification, l’état des routes demeure une préoccupation partagée dans ces contrées.

Il en est ainsi de l’axe Keur Mademba-Darou Salam-Wanar, fortement dégradé. Le pont situé sur cet itinéraire suscite également des inquiétudes en raison des accidents qui y sont régulièrement signalés.

A la tombée de la nuit, l’obscurité enveloppe les villages non électrifiés.

Seules quelques lampes torches, ou de rares installations solaires permettent d’éclairer les concessions.

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Dans la commune de Médinatoul Salam 2 également, le déficit d’électrification constitue un frein au développement local, selon les habitants.

Créée en 1974, cette collectivité territoriale compte trente-neuf villages et trois hameaux. Selon son maire, seuls quatorze villages sont actuellement raccordés au réseau électrique.

“L’enclavement complique également l’acheminement des productions agricoles et le déplacement des populations, notamment sur les axes Diacksao-Sam et Dimiskha. Il arrive parfois que les populations cotisent elles-mêmes pour aménager leurs propres routes”, confie le maire.

Les routes reliant Diockoul et Mbébouck sont tout aussi dégradées, exposant les usagers à des risques d’accident, a-t-il signalé.

Dans le département de Koungheul, la commune d’Ida Mouride vit les mêmes difficultés. El Hadji Mor Seck, le maire, plaide depuis plusieurs années pour la construction d’un pont reliant la zone de Kasséo à la commune de Koungheul.

Cette zone, regroupant douze villages, constitue un important bassin de production agricole mais demeure pénalisée par son enclavement.

Les populations parcourent quotidiennement plusieurs kilomètres supplémentaires pour rallier Koungheul, alors que certaines localités sont situées à distance raisonnable de la ville.

Selon l’élu territorial, la réalisation d’un pont faciliterait les échanges entre plusieurs communes, notamment Maka Yop, Koungheul, Gainthe Pathé et Lour Escale.

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A Diamal, dans le département de Birkelane, la situation apparaît nettement plus favorable. Seuls sept des vingt-neuf villages de cette commune ainsi que trois hameaux restent à électrifier, selon son édile.

Les disparités constatées ici et là illustrent les défis auxquels les collectivités territoriales de Kaffrine demeurent confrontées pour garantir un accès équitable aux services énergétiques.

Le directeur de l’Agence régionale de développement (ARD) de Kaffrine, Samba Diop, assure malgré tout que ses services restent engagés dans l’accompagnement des collectivités territoriales.

“Nous avons accompagné, durant l’année 2025, trente-cinq collectivités territoriales à la maîtrise d’ouvrage, avec la mise en œuvre de 123 projets pour un montant de plus de deux milliards de francs CFA”, avait-il déclaré dans un entretien avec l’APS.

Malgré les difficultés persistantes, plusieurs investissements ont permis d’améliorer progressivement les infrastructures de la région.

Des aménagements routiers ont été réalisés à Lour Escale ainsi que sur les axes Kaffrine-Mabo et Birkelane-Mabo, dans le cadre de différents programmes de désenclavement.

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Parallèlement, les interventions du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) et de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) ont permis de raccorder plusieurs villages au réseau électrique.

Ces réalisations demeurent toutefois insuffisantes au regard des besoins exprimés dans cette région à forte vocation agricole.

Les autorités locales misent désormais sur les programmes engagés par l’Etat pour atteindre l’objectif de l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029.

L’accès à une énergie moderne, fiable, abordable et durable constitue un levier essentiel du développement économique et social, a rappelé récemment, à ce sujet, le directeur de cabinet du ministre de l’Energie et du Pétrole, Ababacar Guèye.

Selon lui, “l’électrification rurale contribue à l’amélioration des conditions de vie des populations, favorise la transformation des produits agricoles, stimule l’entrepreneuriat local, facilite l’accès aux services sociaux de base et participe à la création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes”.

CTS/ADE/BK