Diourbel : la conjoncture fait des “maïga” de nouveaux refuges
Diourbel : la conjoncture fait des “maïga” de nouveaux refuges

SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Diourbel, 30 mars (APS) – Les “maïga”, du nom de ces restaurants de fortune qui font tout le charme de la cuisine de rue au Sénégal et dans beaucoup de pays de l’Afrique  de l’Ouest, gagnent une audience de plus en plus importante dans la ville de Diourbel (centre), à la faveur de la conjoncture difficile. Jusqu’à servir de refuge pour une certaine clientèle.

Il est 20 heures passées à Escale, un quartier populaire de Diourbel (centre). La rue s’anime peu à peu, rythmée par les klaxons des motos “Jakarta” et les éclats de voix. A quelques mètres, une lumière éclaire faiblement une installation de fortune : des bancs en bois, des bassines d’eau, et surtout, des marmites fumantes accueillent les visiteurs. Bienvenue dans un “maïga”.

‎Chez Abass, ressortissant guinéen, l’activité bat son plein. Le crépitement du feu accompagne le va-et-vient incessant des clients. Armé d’une spatule inox, il sert rapidement des plats d’omelette et ou de brochettes accompagné de spaghetti. “Ici, on ne s’arrête presque jamais le soir. Les jeunes viennent en masse, surtout après le travail”, lance-t-il, esquissant un sourire entre deux commandes.

A côté de lui, Mamadou, son aide-cuisinier, s’affaire à découper de la pomme de terre. Arrivé récemment de la Guinée, il dit avoir trouvé dans ce “maïga” une opportunité inespérée. “Je n’avais rien en venant ici. Aujourd’hui, je peux me débrouiller et envoyer un peu d’argent à ma famille”, confie-t-il.

‎Sur les bancs, les clients se succèdent. Casque à la main, Ousmane, conducteur de moto Jakarta, engloutit son plat en quelques minutes. “On finit tard souvent. Ici, c’est rapide et pas cher. C’est notre restaurant”, dit-il avant de repartir au pas de course.

‎Un peu plus loin, Alioune Diop, vendeur de fruits, attend son tour. “Je passe toute la journée au marché. A la descente il est difficile de trouver quelque chose à manger. Les maïga me sauvent”, explique-t-il.

Mais tout le monde ne voit pas ce phénomène du même œil. Assis en retrait, Cheikh, riverain du quartier, évoque quelques désagréments. “Il y a du bruit, parfois des déchets. Il faut que ce soit mieux organisé”, plaide-t-il, tout en reconnaissant l’utilité de ces cantines pour les jeunes.

Du côté des clients, la fidélité est presque une règle. “Chez Abass, c’est bon et il respecte les gens”, glisse Ibrahima, étudiant, en riant avec ses amis. L’ambiance est détendue, presque familiale.

Malgré les conditions rudimentaires, les “maïga” s’imposent comme de véritables espaces de vie. Pour certains, ils sont un tremplin économique. Pour d’autres, une solution face à la précarité quotidienne.

‎Dans la fumée des marmites et le brouhaha des conversations, une chose est sûre : à Diourbel, les “maïga” ne sont pas prêts de disparaître. Ils racontent, à leur manière, une histoire de débrouillardise, de migration et de solidarité.

MS/BK