SENEGAL-THEATRE-PROFIL
Dakar, 1er juil (APS) – Du conservatoire de Dakar dont elle est sortie en 1997, option art dramatique, aux grandes scènes internationales, la comédienne sénégalaise Diariétou Keita, a fait bien du chemin, portée par sa passion pour le théâtre, l’envie de s’exprimer par son art et l‘ambition de réussir dans son métier.
Etablie depuis une vingtaine d’années en France où elle évolue comme comédienne, d’abord aux côtés de son mari, le metteur en scène français Christophe Merle, Diariétou Keita, se disant souvent incomprise, a désormais trouvé sa voie. Un parcours que beaucoup lui envieraient.
De retour au Sénégal, où tout a commencé à la fin des années 1990, elle vit plus que jamais sa passion, parle volontiers de son travail et de son expérience singulière à bien des égards, dans une optique de transmission.
Sa participation à la cinquième édition du Festival international Dakar théâtre et humour (FIDATH, 1-5 juin), axée sur le thème “Femmes et gouvernance”, s’inscrivait dans cette perspective.
Rencontrée au centre culturel régional Blaise Senghor de Dakar où elle a présenté un monologue du metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna, intitulé “Pokou”, Diariétou Keita, ouverte et un peu réservée à la fois, peut se targuer de faire partie des rares comédiens africains à évoluer en Europe.
“Quand je suis arrivée en France, renseigne-t-elle, je m’étais installée dans un petit village où il y avait une communauté dénommée les baba-cools, qui faisait du théâtre itinérant, au sein de laquelle j’ai participé à des projets dans des parcs, au bord de la rivière […]”.
D’avoir vécu avec une belle-mère européenne lui permet d’appréhender d’une autre manière le processus d’intégration en France.
“J’ai toujours été incomprise, d’ailleurs je me sens incomprise jusqu’à présent”, a confié Diariétou Keïta, disant avoir réussi à mieux comprendre sa situation grâce à des personnes telles que le metteur en scène belge Philippe Laurent.
Ce dernier, dit-elle, lui a permis de comprendre l’importance et le poids des mots.
A l’en croire, l’interprétation des rôles, des personnages et la pratique du théâtre lui ont aussi permis de comprendre les raisons qui font qu’elle est incomprise.
Pas à l’abri des clichés
Il reste qu’à ses yeux, il est “assez compliqué pour les artistes africains” d’évoluer sur la scène internationale, car n’étant pas “à l’abri des clichés”.
“Lorsque vous arrivez dans un pays étranger, les gens acceptent facilement des choses qui viennent d’ailleurs, ils sont curieux de découvrir […], on me donnait souvent des rôles liés à mes origines, au début cela ne me dérangeait pas, mais après il y avait des clichés, on t’enferme dans un monde et c’est très difficile”, témoigne-t-elle.
Diariétou Keïta pointe une façon d’enfermer les carcans dans des carcans, même en sachant qu’ils ont bénéficié de formations adaptées.
“On me demandait si je fais du théâtre sénégalais ou africain. Non ! J’ai été formée par un Blanc, je suis capable de faire du théâtre tout court, sans m’enfermer”, assène cette passionnée de musique, sa première vocation.
“Quand j’étais parfois appelée à travailler avec certains, ils se posaient la question de savoir si j’avais la bonne technicité. Ce sont des difficultés que j’ai rencontrées à mes débuts en France”, confie la comédienne sénégalaise.
La rencontre avec son “héros”
Diariétou Keïta poursuit son bonhomme de chemin en France et en Europe. Même si rien ne lui est donné, elle apprécie sa collaboration avec le metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna.
Elle l’a rencontré en 2000 via une compagnie dans laquelle elle jouait un monologue, étant entendu qu’elle n’évoluait pas dans une troupe en particulier. Elle considère désormais comme ‘’son héros’’, ce metteur en scène qui l’a coptée dans ses créations, depuis 2012.

“Je travaille avec lui jusqu’à présent. C’est mon héros, je dois le dire. Il a une plume qui me touche profondément. Et ça fait maintenant 4 à 5 créations que je fais avec lui”, précise-t-elle.
Diariétou Keita a présenté en avant-première au centre culturel Blaise Senghor, son spectacle “Pokou”, à l’occasion du Festival international Dakar théâtre et humour (FIDATH).
Il s’agit d’un monologue de 30 minutes, inspiré de l’histoire de la reine Abla Pokou, une figure mythique qui a régné, au 18e siècle, sur le royaume “Baoulé” correspondant à l’actuelle Côte d’Ivoire.
Elle propose, dans ce spectacle, une relecture des enjeux de pouvoir entre devoir moral et obligation sociale.
Naissance d’une étoile
Un retour aux sources plein de symboles, puisque c’est aussi le centre culturel régional Blaise Senghor de Dakar qui a vu naître artistiquement Diariétou Keita, véritable étoile du théâtre sénégalais.
Elle fréquentait ledit centre dès ses 15 ans pour apprendre la danse, des années d’apprentissage qui ont permis à cette fille de musicien de se construire grâce aux textes et aux pièces de théâtre avec lesquels elle était en contact à cette période.
“J’ai voulu faire avant de la musique, mais mon père ne me voulait dans ce milieu, il me voyait faire autre chose que de devenir artiste. Raison pour laquelle j’ai été envoyée à l’Université Cheikh Anta Diop pour faire le droit. J’ai accepté d’y aller, parce qu’il m’offrait l’occasion de parler, de m’exprimer, de me défendre”, précise la comédienne.
Mais le droit n’était visiblement pas sa vocation.
Son éducation sénégalaise ne lui permettait pas de pouvoir “s’exprimer librement”, pendant que les valeurs que lui transmettaient sa belle-mère lui suggéraient “toute autre chose”. C’est dans cette ambigüité que l’artiste s’inscrit au conservatoire, pour apprendre le théâtre, après des débuts en danse.
Elle s’est retrouvé à faire du théâtre à l’Ecole nationale des arts par le biais d’une rencontre au Théâtre national Daniel Sorano où la troupe, dans laquelle elle évoluait était venue faire une présentation.

La comédienne dit avoir alors aperçu des jeunes dans le hall qui déclamaient des textes. Saisie par ce qu’elle entendait, elle a pris la décision de faire du théâtre.
Un revirement pour Diariétou Keïta qui suivait jusque-là des cours de danse classique, contemporaine et moderne.
Elle s’inscrit alors au conservatoire de Dakar de l’Ecole nationale des arts pour y étudier le théâtre, avec comme promotionnaire Joséphine Mboup, comédienne, actrice et réalisatrice sénégalaise en vue.
“Nous étions la quatrième promotion après la réouverture du conservatoire, nous étions sept et avions eu des professeurs venus de la Belgique et des Sénégalais formés en Russie”, signale-t-elle.
Fière de cette formation reçue, elle n’hésite pas à rappeler combien que grâce à leur passage au conservatoire de Dakar, sa promotion a pu constituer un groupe dénommé “Les 7Krous”, dans lequel elle a tourné avant son départ pour la France.
“Nous avons travaillé avec notre professeur devenu notre metteur en scène, à la sortie de notre promotion en 1997. Pour les examens, nous avions créé une pièce intitulée +Moments privés et visions de l’avenue Ponty+, avec laquelle nous avions joué partout dans des festivals en Afrique, en Europe, etc.”, se souvient-elle avec nostalgie.
A partir de là, elle a enchainé les rôles au théâtre comme au cinéma, dans les films tels que “La collégienne” (1995) de Boubacar Ba, adapté du roman de l’écrivain sénégalais Marouba Fall, “Kirikou et la Sorcière” (1997) de Michel Ocelot où elle prête sa voix, “Seet Bi” (1993) de Awa Sène Sarr.
Au théâtre, Diariétou Keïta joue “Molière, notre contemporain” (1995), une pièce mise en scène par Philippe Laurent, “Les Indépendantistes” (1999) de William Sassine, dans une mise en scène de Jean-Claude Idée.
Elle a aussi joué dans “Fatma” (2002) de M’Hamed Benguettaf et “Tombouctou 52 jours à dos de chameau” (2005) de Ahmed Ghazali, entre autres pièces.
AMN/ FKS/BK/ASB
