SENEGAL-AFRIQUE-PATRIMOINE
Dakar, 1er juil (APS) – Les patrimoines immatériels ont contribué à préserver l’Afrique de ”l’abime”, malgré les tentatives de spoliation des richesses matérielles du continent africain, a soutenu l’écrivain, économiste et penseur sénégalais Felwine Sarr.
“Les traces immatérielles, celles qui n’ont pas pu être volées, celles qui n’ont pas pu être effacées, nous ont probablement sauvés, nous Africains, de l’abîme”, a-t-il déclaré.
Felwine Sarr, s’exprimait, mardi, à Dakar, lors d’une conférence axée sur le thème ”Restitution du patrimoine africain : histoire, mémoire, traces, réappropriations”.
Ces traces immatérielles se retrouvent non seulement dans ”les langues, les musiques, les savoirs incorporés”, mais également ”dans les archives orales, un ensemble de lieux ayant permis de reproduire la matrice culturelle, même en l’absence d’un volume important des traces matérielles”, a expliqué le conférencier.
Felwine Sarr et l’historienne de l’art française Bénédicte Savoy sont les auteurs d’un rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain.
Remis en 2018 à la demande du président français, Emmanuel Macron, il dresse un état des lieux des œuvres d’art africaines dans les collections publiques françaises et propose un cadre pour leur retour.
Les deux auteurs soutiennent notamment dans ce texte que tout objet acquis sans le consentement des communautés d’origine devrait pouvoir être restitué pour rétablir la justice mémorielle.
”La question de l’objet en tant que trace matérielle de l’histoire et du génie créatif des peuples est bien évidemment au cœur du débat sur la restitution du patrimoine culturel africain”, a souligné l’universitaire sénégalais.
Les traces immatérielles, a poursuivi Felwine Sarr, ”sont moins facilement volables et semblent un peu plus à l’abri du geste de spoliation, même si elles restent susceptibles d’être détruites”.
”Généralement, les dominants, les vainqueurs, possèdent des traces dont la matérialité est forte, des textes écrits, des archives de l’administration, des monuments, des pierres dressées”, a-t-il indiqué.
Il a toutefois relevé que les traces immatérielles ”peuvent aussi être effacées par un geste d’oubli ou une oblitération de la transmission”.

Il a fait observer que ”150 000 objets venant d’Afrique sont conservés dans 237 musées en France dont 70 000 dans un seul musée qui est le musée du Quai Branly. On parle ici de 150 000 objets rien qu’en France”, a insisté l’universitaire, précisant que des 90 000 objets conservés dans ce seul musée parisien, 70 000 sont d’Afrique subsaharienne.
”La restitution du patrimoine africain, ce n’est pas seulement une question d’objets, c’est plus que cela, c’est une question de dignité, c’est une question de justice qui est devenue extrêmement importante”, a pour sa part soutenu le directeur exécutif de Trust Africa, Ibrahima Sall.
Il estime que cette question touche profondément à la dignité et à la capacité des Africains, en tant que ”groupe de transfert des éléments de son futur et de sa réservation actuelle et future”.
Selon lui, cette question ne devrait pas rester dans des salles de conférence ou encore dans des bureaux des spécialistes, mais doit plutôt devenir un sujet populaire.
”Il ne s’agit pas seulement de ramener des objets pour les remettre à leur place, une place qu’ils ont perdue depuis des décennies, voire des siècles”, a indiqué le chef de département d’histoire à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD), Idrissa Bâ.
Il pense qu’il faut ”très certainement passer par des rites de purification pour réinsérer ces objets dans le circuit cosmogonique”.
AMN/ASB/SBS/BK
