SENEGAL-MEDIAS-NUMERIQUE
Dakar, 27 oct (APS) – Ousseynou Gueye, le directeur exécutif de l’association de civic tech, Polaris Asso, prône le renforcement de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au Sénégal, estimant que de nombreux jeunes ne disposent pas encore des réflexes nécessaires pour vérifier la fiabilité des contenus qu’ils consultent et partagent sur les réseaux sociaux.
“Les jeunes maîtrisent les outils, mais être à l’aise sur TikTok ne signifie pas savoir vérifier une information’’, a-t-il déclaré, soulignant que l’EMI n’occupe pas encore une place suffisamment structurée dans le parcours éducatif des jeunes.
Ousseynou Guèye s’exprimait dans un entretien accordé à l’APS à l’occasion de la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information, célébrée du 24 au 31 octobre 2026.
Cette année, l’évènement est placé sous le thème “C’est l’affaire de tous – L’éducation aux médias et à l’information pour les peuples’’.
Selon le directeur exécutif de Polaris Asso, les initiatives existantes en matière d’EMI restent dispersées, alors que l’éducation aux médias devrait être présente aussi bien dans les familles et les établissements scolaires que dans les associations et les espaces de vie sociale.
Il considère cette éducation comme une compétence citoyenne fondamentale, dans un contexte où les utilisateurs des réseaux sociaux sont à la fois consommateurs et diffuseurs d’informations.
“Un message transféré sur WhatsApp touche des milliers de personnes en quelques heures, sans aucun filtre’’, a-t-il relevé, soulignant que la lutte contre la désinformation ne peut reposer uniquement sur la censure ou les sanctions.
Le responsable de Polaris Asso a également pointé les difficultés liées à la circulation de messages vocaux en langues nationales dans des groupes de messagerie des applications numériques, où les informations sont souvent acceptées sans vérification en raison de la confiance accordée à leur expéditeur.
”Pour une éducation aux médias adaptée aux réalités socioculturelles du Sénégal’’
Sur TikTok et Facebook, les algorithmes favorisent, selon lui, les contenus suscitant de fortes émotions, tandis que des vidéos sorties de leur contexte peuvent être diffusées à nouveau sans que leur origine soit vérifiée.
À ces difficultés s’ajoute, selon lui, la polarisation des débats, qui conduit certains utilisateurs à accepter plus facilement les informations confortant leurs convictions et à rejeter celles qui les contredisent.
Pour inverser cette tendance, Ousseynou Gueye préconise une éducation aux médias adaptée aux réalités socioculturelles du Sénégal, notamment par la mobilisation des familles, des associations de quartier, des dahiras, des associations sportives et culturelles ainsi que des groupements de femmes.
Il plaide également pour une EMI transversale dans le système éducatif, intégrée à des enseignements comme l’éducation civique, le français ou l’informatique, avec des enseignants préalablement formés.
Au-delà de l’école, il estime que cette éducation doit investir les espaces fréquentés par les jeunes, notamment les navétanes, les scènes de rap et de slam, les maisons de jeunes, les concours de vidéos et les hackathons.
Pour le directeur exécutif de Polaris Asso, le développement de ces compétences constitue un moyen de rendre les citoyens plus autonomes face aux manipulations de l’information et de renforcer leur responsabilité dans l’utilisation des médias numériques.
BAB/ABB

