De l’or aux oignons, Saïdou Dème, un parcours atypique d’un producteur agricole de Ndouloumadji Dembé
De l’or aux oignons, Saïdou Dème, un parcours atypique d’un producteur agricole de Ndouloumadji Dembé

SENEGAL-AGRICULTURE-PROFIL

Ndouloumadji Dembé (Matam) , 13 oct (APS) – Du négoce de l’or en Zambie à la production d’oignons dans son village natal de Ndouloumadji Dembé, dans la région de Matam, Saïdou Dème peut se prévaloir d’un parcours qui sort des sentiers battus. De retour au Sénégal en 1985, cet agriculteur de 66 ans a choisi de consacrer son expérience et son énergie à la terre, en développant des initiatives axées sur la production agricole, la multiplication de semences et la conservation des récoltes.

Il a aménagé un jardin dans son domicile, qui représente désormais son principal espace de travail et d’expérimentation, à côté d’une exploitation familiale de 35 hectares, dont une grande partie n’est cependant pas mise en valeur.

À travers la culture de l’oignon et d’autres spéculations horticoles, il entend contribuer à une agriculture plus productive et moins dépendante des approvisionnements extérieurs.

Né en 1960 à Ndouloumadji Dembé, un village de la commune de Nabadji Civol, dans la région de Matam (nord), Saïdou Dème fait ses premiers pas dans l’agriculture en travaillant dans les champs d’autres producteurs, avant de se lancer dans sa propre exploitation, encouragé par l’un de ses frères.

Mais avant de se consacrer totalement au travail de la terre, il avait vécu quelques temps à l’étranger, notamment en Zambie, où il s’adonnait au négoce d’or, une activité qui lui a permis de se frotter à un tout autre univers professionnel.

En 1985, il rentre au Sénégal et décide de s’investir pleinement dans l’agriculture à Ndouloumadji Dembé. Ce retour marque un tournant dans son parcours, mais n’a surtout pas mis fin à sa quête de nouvelles connaissances.

Il effectue par la suite plusieurs déplacements au Burkina Faso, au Niger et en Côte d’Ivoire, où il observe les pratiques agricoles d’autres producteurs et s’intéresse aux techniques susceptibles d’être adaptées à son environnement.

Une agriculture tournée vers l’autonomie

Le Burkina Faso retient particulièrement son attention pour ses méthodes de conservation et de stockage des récoltes.

De retour dans son village, il tente d’en reproduire certaines, notamment à travers l’aménagement de dispositifs souterrains reposant sur la ventilation et l’utilisation de l’eau.

Pour Saïdou Dème, la réussite d’une campagne agricole ne se mesure pas uniquement aux quantités récoltées, mais aussi à la capacité de préserver la production après la récolte.

”J’ai compris que si l’on veut réellement cultiver de l’oignon et d’autres spéculations comme la pomme de terre, il faut nécessairement disposer d’infrastructures permettant de les conserver”, relève-t-il.

L’oignon occupe désormais une place importante dans les activités agricoles de Saïdou Dème. Dans son jardin familial, il s’adonne également à la multiplication de semences, dont une partie est destinée à sa propre exploitation. Il en fait profiter aussi à d’autres producteurs.

Cette activité répond, selon lui, à un enjeu majeur : renforcer l’autonomie des agriculteurs grâce à la disponibilité de semences produites localement et réduire leur dépendance à l’égard des approvisionnements extérieurs.

De l'or aux oignons, Saïdou Dème, un parcours atypique d'un producteur agricole de Ndouloumadji Dembé

Son exploitation accueille aussi d’autres cultures horticoles et dispose d’un mini-forage qui assure l’arrosage du jardin, tout en contribuant à l’approvisionnement en eau du domicile familial.

Malgré l’étendue de son périmètre, dont une partie n’est pas encore exploitée, Saïdou Dème poursuit ses initiatives essentiellement sur fonds propres.

Il privilégie ainsi une démarche fondée sur les moyens disponibles, l’expérimentation et l’adaptation progressive de ses pratiques.

Son parcours, du négoce à l’agriculture, se nourrit d’une conviction : les producteurs ruraux disposent de ressources et de connaissances qui peuvent servir de point de départ à des innovations adaptées à leurs besoins.

“Il nous faut changer notre façon de cultiver”

Fort de plusieurs décennies d’expérience, Saïdou Dème appelle à une évolution des pratiques agricoles, notamment par l’introduction de nouvelles variétés, l’amélioration des techniques de production et une meilleure maîtrise de la conservation des récoltes.

“Il faut changer notre façon de cultiver”, dit-il, plaidant pour des exploitations intégrées associant production agricole, élevage, transformation et conservation.

À ses yeux, les agriculteurs doivent aller au-delà de la production et accorder davantage d’importance à la valorisation des récoltes ainsi qu’aux exigences du marché. Une meilleure organisation de ces différents segments permettrait, estime-t-il, de limiter les pertes et d’améliorer les revenus des producteurs.

Il appelle également à une plus grande intégration des nouvelles technologies dans le secteur agricole, notamment à travers la numérisation, l’introduction de variétés adaptées et l’amélioration des techniques de transformation.

Saïdou Dème considère toutefois que cette modernisation ne doit pas se faire au détriment des connaissances paysannes, mais plutôt s’appuyer sur celles-ci pour concevoir des solutions adaptées aux réalités locales.

De l'or aux oignons, Saïdou Dème, un parcours atypique d'un producteur agricole de Ndouloumadji Dembé

“Je suis convaincu qu’avec le potentiel dont nous disposons, nous pouvons bel et bien changer les choses et faire bouger les lignes. Ce sont les fils du terroir qui doivent faire évoluer les méthodes”, soutient-il.

À 66 ans, cet ancien expatrié mise désormais sur le potentiel de la terre de son village natal. Son itinéraire illustre une reconversion professionnelle singulière, nourrie par les expériences acquises à l’étranger, l’observation et la volonté d’innover.

À Ndouloumadji Dembé, Saïdou Dème poursuit ainsi son engagement dans l’agriculture, avec l’ambition de faire de son exploitation un espace de production, d’expérimentation et de partage au service d’un monde rural plus autonome et plus productif.

OG/BK/HB