De l’envoyé spécial de l’APS : Serigne Mbaye Dramé

Moscou, 6 juil (APS) – La rapidité avec laquelle les Russes marchent ne peut manquer d’interpeller le visiteur à Moscou. Une façon de marcher qui pourrait être le reflet de l’ambition d’un pays pressé et déterminé à se faire une place dans le concert des grandes nations, puissances politiques et économiques contemporaines.

La bipolarisation actuelle des relations internationales rappelle à bien des égards celle du siècle dernier, entre le bloc de l’Est et celui de l’Ouest, ce qui suffirait à justifier toute la difficulté et les appréhensions de l’étranger qui foule pour la première fois le sol du pays des Tsars.

Avec ses 17 millions de kilomètres carrés et ses onze fuseaux horaires, la Russie fait le lien entre l’Europe, à l’Ouest, et l’Asie, à l’Est. Une position géographique qui interpelle, chaque fois que l’on cherche à rattacher le pays à un des continents et à lui trouver une juste place sur le plan civilisationnel et identitaire.

Sur place, cette dualité se sent aussi à travers une expression qui revient assez souvent avec les interlocuteurs : the West, pour désigner les pays occidentaux. Le vocabulaire aussi change. Si de l’extérieur l’on parle de guerre russo-ukrainienne, ici, le terme adéquat est opération militaire. La situation actuelle qui prévaut dans la région ne facilite en rien les choses. Ce qui transparaît clairement dans le billet d’avion envoyé par les organisateurs. Le voyageur est obligé de prendre l’itinéraire Dakar -Dubai -Istanbul-Moscou, en raison des restrictions de l’Union européenne.

Les appréhensions démarrent à l’aéroport international de Diass avec des éclats de rire quand l’occasion est venue d’évoquer sa destination finale, la Russie. Après un moment de dramatisation, un des agents douaniers préposés à la supervision des sorties de devises ne manquera pas de demander au voyageur s’il avait pris ses gardes avec des vêtements plus lourds que ceux qu’il portait.

Avec une longueur d’avance sur le plan linguistique en prononçant la phrase pour dire merci en russe (spasiba), cet interlocuteur circonstanciel évoque le souvenir d’un de ses professeurs formé en ex-Union soviétique, qui lui disait qu’en certaines périodes de l’année, les étudiants africains étaient priés de rester chez eux en raison du climat peu clément pour les Subsahariens.

À la rencontre d’un individualisme formateur 

Une autre participante venue d’un pays de l’Afrique centrale, en transit à l’aéroport du Caire, en Égypte, a également vécu les mêmes a priori. Sous une autre forme. Cette dernière, retenue en Égypte pendant plus de 24 heures, avait la malchance de ne pas porter par-devers elle la lettre officielle justifiant son déplacement en Russie en ces temps de crise.

Dans une vaste salle de plus de 500 places située au premier étage du grand bâtiment de Russia Today, le groupe de médias qui abrite l’agence de presse Sputnik, les files indiennes se forment le long des tables bien servies en nourriture de toutes sortes. Après une demi-journée de travail, c’est le temps de la pause déjeuner pour mettre quelque chose sous la dent.

L’installation des boxes occupés par des caissières et les terminaux à banque pour les paiements électroniques au milieu de la foule donnent une première idée que rien n’est gratuit sur les lieux. Le Subsaharien éduqué dans les pures traditions africaines, suivant lesquelles le partage est souvent érigé en règle non écrite, pourrait trouver gênant la question de son hôte du jour qui lui demande s’il n’a oublié d’apporter sa carte pour le paiement de son addition.

Cette culture individualiste, difficile à comprendre au début, se transformera au fil des jours en une valeur très inspirante pour le visiteur. Surtout si l’on relie cette idée à la question du gaspillage alimentaire. Chacun a su prendre le nécessaire, ce dont il a vraiment besoin pour se rassasier. L’enseignement et la découverte continuent au moment de débarrasser. Ce qui se fait là aussi individuellement.

Les particularités d’une civilisation constante

Les vestiges du passé glorieux restent encore très visibles sur la devanture d’infrastructures telles que le Kremlin (forteresse, en russe), datant pour la plupart du 15ᵉ siècle. Le plus célèbre demeure le bâtiment abritant le palais présidentiel, majestueusement reconnaissable de par son architecture et sa splendeur.

Si au plan politique, la Russie se démarque de ses voisins, cherchant par moments à s’insérer dans la mondialisation économique à travers des initiatives comme le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), le pays semble également bâtir son hégémonie sur une constante, laquelle se manifeste au premier abord à travers une singularité linguistique avec un alphabet particulier.

À l’instar du savant sénégalais Cheikh Anta Diop, qui a su montrer dans ses travaux anthropologiques et linguistiques la capacité de chaque langue à consigner une science, la vie institutionnelle, médiatique, politique et économique se fait intégralement dans la langue du pays. Le francophone perd facilement ses repères. L’anglophone, plus chanceux, peut se contenter de quelques traductions dans les aéroports ou supermarchés. De même que le sinophone du reste.

Cette singularité linguistique, si elle peut être analysée sous l’angle d’une autonomie politico-civilisationnelle, peut devenir un handicap pour le visiteur réduit à guetter l’arrivée d’un client comprenant au moins l’anglais pour se faire comprendre du vendeur. C’est le cas également d’un confrère du Botswana, voulant une version anglaise d’un formulaire assez complexe à remplir en langue russe dans une banque.

La réponse de son interlocuteur a été : ”Welcome to Russia, colleague”. Une manière très polie de l’inviter à garder son mal en patience.

SMD/BK/ASG

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