SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE
Darsalam, 22 déc (APS) – À l’entrée du village de Darsalam, situé entre Ziguinchor et Nyassia, les regards se perdent entre les vergers abandonnés, les maisons délabrées et les champs encore inaccessibles.
Ici, la crise casamançaise a laissé des traces profondes, marquées par les déplacements forcés, le poids des mines antipersonnel et des années d’exil pour des centaines de familles.
Sous un arbre, Omar Cissé, un octogénaire, natif de Darsalam et directeur d’école à la retraite, raconte avec émotion l’histoire d’un village autrefois connu pour sa prospérité.
“Darsalam a été pratiquement le dernier village à se déplacer lors des violences de 1991, en raison de sa prospérité et de son autonomie alimentaire”, se souvient-il.

À l’époque, les habitants ont quitté leurs maisons progressivement, contraints par l’insécurité.
“Les gens sont partis un à un. Heureusement, les forces de l’ordre étaient présentes. Elles ont pu sécuriser la production, ce qui a évité la destruction totale des cultures”, explique-t-il à l’APS, en marge de la tournée économique du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye dans la région.
“Mais le retour au village ne s’est pas fait sans douleur”, a-t-il relevé, précisant qu’entre 1991 et 2000, huit femmes ont été victimes de mines antipersonnel, dont deux ont perdu la vie.
Au total, 91 mines ont été découvertes dans la zone, obligeant l’État, à travers le Centre national d’action antimines (CNAMS), à intervenir pour sécuriser le territoire et permettre un retour progressif des populations, avec l’appui des forces de sécurité.
Pour Omar Cissé, la reconstruction de Darsalam passe par la relance économique.
“La réhabilitation agricole est essentielle, tout comme la valorisation des vergers laissés à l’abandon. Sans agriculture et sans élevage, le retour ne peut pas être durable”, insiste-t-il, saluant au passage l’engagement constant des forces de sécurité, dont la présence rassure les populations.
Un peu plus loin, assise calmement et en grand boubou rouge sur sa chaise roulante, Aminata Sagna, victime d’une mine antipersonnel, porte dans son corps les séquelles du conflit.
Son accident remonte au 17 juillet 1988.
“J’ai sauté sur une mine. J’avais six enfants, dont quatre filles et deux garçons. Depuis, je souffre de ce handicap”, témoigne-t-elle, la voix posée, l’air partagé entre tristesse et espoir.
Aminata Sagna ne peut jusque-là pas retourner définitivement dans son village.
“Je n’ai pas les moyens pour reconstruire ma maison”, confie-t-elle, appelant le président de la République à accorder une audience aux victimes de mines afin qu’elles puissent exposer leurs doléances et celles des populations désireuses de revenir.
Ousseynou Sagna, ancien déplacé, se remémore, lui aussi, les années d’exil à Ziguinchor.
“Le village s’est vidé. Nous avons fui à cause des violences menées par des bandes armées dans le village. Je suis revenu en 1992, et depuis, les retours se font progressivement”, raconte-t-il.
Pour lui, le déminage reste la clé du retour durable.
“Tant que certaines zones ne sont pas totalement sécurisées, les populations ne peuvent pas accéder à leurs champs ni relancer l’agriculture”, souligne-t-il, avant d’exprimer sa satisfaction de voir désormais les familles se retrouver.
“Avant, on ne voyait nos enfants qu’à la télévision. Aujourd’hui, on se revoit petit à petit”, s’est-il réjoui.
À Darsalam, tous s’accordent sur les priorités, notamment la sécurisation totale des terres, la réhabilitation des vergers et des plantations, la fourniture de matériel agricole moderne, la formation des femmes et des jeunes, et l’accompagnement financier pour la reconstruction des habitations.
Ces appels s’inscrivent dans le cadre du Plan Diomaye pour la Casamance, qui ambitionne d’accélérer le retour des déplacés, de renforcer la sécurité et de soutenir les victimes des mines, afin de redonner vie à des villages longtemps meurtris par le conflit casamançais.
Le déminage humanitaire en Casamance est consécutif au conflit opposant, depuis 1982, le Mouvement des forces démocratique de la Casamance (MFDC) à l’État du Sénégal, qui a entraîné une contamination de la région par des mines antipersonnel à partir des années 1990.
Après la ratification par le Sénégal de la Convention d’Ottawa, entrée en vigueur en 1999, une architecture institutionnelle a été mise en place en 2006 et les opérations de déminage ont débuté en 2008.
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