SENEGAL-SECURITE-SIMILUATION
Par Bakary Badji
Dakar, 4 sept (APS) – Sur le quai de la gare de Diamniadio, l’atmosphère est calme comme de coutume, en ce matin de vendredi du mois de septembre, mais à l’étage, une agitation inhabituelle. Sapeurs-pompiers, gendarmes, agents de la SETER et de la SENTER, les entreprises en charge de la gestion et de l’exploitation du Train express régional (TER), officiels et journalistes se regroupent pour les dernières consignes avant un exercice grandeur nature : la simulation d’un incendie dans un train.
Un responsable de la SETER, chemise soigneusement rentrée dans un pantalon noir, badge autour du cou, rappelle les règles de sécurité. Sa voix porte au milieu du cercle formé par les participants.
“Tout câble est alimenté, on ne touche pas”, insiste-t-il, mettant en garde contre le risque d’électrocution. Il recommande également de “savoir où mettre les pieds” et de ne pas circuler entre les rails sans l’autorisation des personnes habilitées.
Les consignes données, le directeur général de la SETER, Charles Civreis, prend la parole. “Ce qu’on va vivre, c’est la réalité que pourraient vivre demain les passagers”, explique-t-il.
Aux journalistes et créateurs de contenus appelés à jouer les passagers et les victimes, il lance : “Filmez, prenez des photos, prenez des notes, sans perturber le bon déroulement de l’opération”.
À ses côtés, le directeur général de la SENTER, Cheikh Ibrahima Ndiaye, se distingue par sa grande taille, son casque et ses chaussures de sécurité. “Tester la procédure d’évacuation fait partie de nos missions régaliennes”, dit-il. Un agent portant un gilet marqué “Observateur” donne alors le signal : “Allons-y”.
Le groupe descend les escaliers et se dirige vers la voie 4. L’”Observateur” élève de nouveau la voix : “Vous pouvez monter”.

À bord, les sapeurs-pompiers installent les figurants à différentes parties du train. Chacun connaît désormais son rôle : victime consciente ou inconsciente, blessé grave, passager en détresse respiratoire ou personne indemne. Les dernières consignes sont rapidement données. “Mise en place terminée”, signale le chef des éléments.
“Au feu ! Au feu !”
À 10 heures précises, le train quitte la gare de Diamniadio. Direction l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD). Treize minutes plus tard, l’engin arrive à destination. Après quelques minutes d’arrêt, elle reprend le chemin du retour à 10h 31. Quelques minutes plus tard, puis, soudain, des cris fusent de la rame ”Première classe” : “Au feu ! Au feu !”
Des passagers se lèvent précipitamment. Certains tentent de gagner la sortie la plus proche et cherchent à ouvrir une porte. Ils sont rapidement interceptés par des agents de la SETER et des gendarmes présents à bord.
Une fumée artificielle commence à envahir le compartiment, puis gagne progressivement les autres wagons. Sur les sièges, certains figurants restent immobiles. D’autres s’affalent, simulant une perte de connaissance. Des passagers suffoquent, se plaignent de malaise. Les cris et les gémissements se multiplient.
Le train finit par s’immobiliser. “Venez, sortez !”, crie un agent de la SETER. “La situation est sous contrôle”, tente-t-il de rassurer. Les premières évacuations commencent. Les passagers valides sont invités à s’éloigner du train. À quelques mètres, les victimes sont allongées au sol. “S’il vous plaît, y a-t-il un agent de santé ?”, demande un autre agent.

Une jeune fille, jouant le rôle d’une victime en détresse respiratoire, gémit : “Je n’arrive plus à respirer”, parvient-elle à dire.
Un agent appelle les sapeurs-pompiers. Pendant ce temps, des gendarmes forment progressivement un cordon de sécurité autour du train. Ils demandent aux passagers indemnes de s’éloigner, mais la tension, elle, monte.
Certains figurants, notamment des passagers étrangers parlant français ou anglais, commencent à protester. Plusieurs personnes sortent leurs téléphones et filment la scène. “Ce n’est pas normal”, lance l’une d’elles. “Pas du tout !”, renchérit un autre. Les protestataires sont repoussés vers une zone sécurisée par les gendarmes.
À quelques mètres, le spectacle est tout autre. Les victimes gisent au sol ou se tordent de douleur entre les mains des agents et des gendarmes. Une voix éprouvée s’élève : “Où sont les sapeurs-pompiers ?” Le scénario se poursuit avec des victimes présentant des brûlures ou ayant perdu connaissance.
Situation maîtrisée
Puis, après une quinzaine de minutes, un son se fait entendre au loin : celui des sirènes de véhicules des sapeurs-pompiers. Les premiers éléments ne perdent pas de temps et commencent à s’occuper des victimes.

Cinq engins arrivent sur les lieux et se positionnent rapidement. Les soldats du feu déploient leurs équipements. Deux véhicules se consacrent à l’extinction simulée de l’incendie.
Le dispositif de secours se met alors en mouvement. Les victimes les plus gravement atteintes sont prises en charge en priorité. Certaines reçoivent une assistance respiratoire, d’autres sont perfusées avant leur évacuation.
Progressivement, les véhicules de secours se multiplient. Au total, une dizaine d’engins sont engagés dans l’exercice.
Le scénario, lui, s’achève sur un bilan fictif de 55 victimes, dont six blessés graves, quatre blessés légers et 45 personnes impliquées sans blessure, selon le colonel Sada Dia, commandant des sapeurs-pompiers du Groupement d’incendie et de secours n° 1 de Dakar.
Derrière cette simulation, l’objectif est de confronter les différents acteurs aux conditions d’une situation d’urgence réelle, alors que se prépare l’ouverture de la liaison Diamniadio-AIBD et l’accueil des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 prévus du 31 octobre au 13 novembre.
BAB/ABB/MTN
