Dakar veut renforcer sa souveraineté spatiale en s’appuyant sur l’expertise française
Dakar veut renforcer sa souveraineté spatiale en s’appuyant sur l’expertise française

SENEGAL-FRANCE-DEFENSE

Dakar, 23 juin (APS) – Le Sénégal entend renforcer progressivement sa souveraineté spatiale pour préparer le développement de futures capacités spatiales, notamment à des fins de défense, en s’appuyant sur une coopération renforcée avec la France et sur une synergie entre acteurs civils et militaires, a déclaré, mardi, à Dakar, le président du conseil d’administration de la compagnie Air Sénégal, le général de division Joseph Mamadou Diop.

“L’espace n’est plus seulement le domaine réservé des grandes puissances industrielles ni celui de l’exploration scientifique. Il est devenu un milieu d’opérations à part entière, au même titre que la terre, la mer, l’air ou le cyberespace”, a-t-il déclaré à l’ouverture du premier séminaire franco-sénégalais consacré aux enjeux stratégiques et militaires de l’espace.

Cette rencontre de deux jours, organisée à la base aérienne de Dakar, dans le cadre de la coopération militaire entre le Sénégal et la France, réunit des responsables militaires, des experts du commandement de l’espace français, du Centre national d’études spatiales (CNES), ainsi que des acteurs du secteur spatial sénégalais.

Selon le général Diop, les Forces armées sénégalaises ont elles-mêmes exprimé le besoin d’engager une réflexion structurée sur les enjeux liés à l’espace, devenu un outil essentiel pour les communications, le renseignement, la navigation et la surveillance.

“Sans soutien spatial, les armées modernes sont aveugles, sourdes et privées d’une partie essentielle de leurs moyens d’action”, a-t-il soutenu.

Il a indiqué que le Sénégal se trouve encore “au début du chemin” dans le domaine spatial, raison pour laquelle les autorités sénégalaises souhaitent tirer profit de l’expérience française afin de mieux appréhender les enjeux du secteur et de planifier méthodiquement l’entrée du pays dans ce domaine stratégique.

“La France a envoyé une délégation de très haut niveau pour participer à ce séminaire. Elle dispose d’une longue expérience dans ce domaine et a développé depuis plusieurs décennies une expertise reconnue dans le secteur spatial”, a-t-il relevé.

“Il s’agit pour nous de profiter de leur expérience et surtout d’être en mesure de planifier notre entrée dans le domaine spatial”, a ajouté le responsable sénégalais.

Le général Diop a rappelé les avancées déjà réalisées par le Sénégal, notamment la création de l’Agence spatiale sénégalaise (ASES) et le lancement, en 2024, du premier satellite sénégalais, GaïndéSat, destiné à des usages civils.

Il a également évoqué le partenariat conclu avec la société française Prométhée, spécialisée dans le développement de constellations de nanosatellites d’observation de la Terre.

“Nous avons déjà un accord de partenariat avec Prométhée. Il s’agit aujourd’hui de poursuivre cette dynamique et de poser les bases des prochaines étapes de notre développement spatial”, a-t-il indiqué le général de division Joseph Mamadou Diop.

Selon lui, la souveraineté spatiale du Sénégal devra être construite grâce à une collaboration étroite entre les institutions civiles et les forces armées.

“Notre ambition nationale est claire et pleinement assumée”, a-t-il déclaré.

Le général Diop a souligné que les enjeux liés à l’espace concernent directement la surveillance des espaces maritimes, la sécurisation des frontières, la lutte contre les menaces transnationales, ainsi que la maîtrise des communications militaires.

Il a également insisté sur la nécessité de mieux comprendre les multiples applications militaires du spatial avant d’envisager de nouveaux investissements dans ce domaine.

“Les applications militaires sont nombreuses. Nous voulons les cerner, en discuter et surtout identifier les moyens nécessaires pour les développer”, a-t-il expliqué.

Le responsable sénégalais a rappelé que le développement des capacités spatiales exige des ressources importantes et une vision de long terme.

“On n’envoie pas un satellite dans l’espace sans préparation. Cela demande beaucoup de moyens et une planification rigoureuse”, a-t-il affirmé.

Reconnaissant les contraintes budgétaires auxquelles le Sénégal se trouve confronté, il a estimé indispensable d’évaluer avec précision les coûts associés à une stratégie spatiale nationale.

“Nous ne sommes pas un pays très riche. Il faut comprendre combien cela coûte et inscrire cette réflexion dans la durée. C’est l’objectif essentiel de ce séminaire”, a-t-il indiqué.

Les autorités sénégalaises attendent de cette rencontre une vision partagée des enjeux stratégiques liés à l’espace ainsi que des pistes concrètes pour bâtir, sur le long terme, une capacité spatiale nationale adaptée aux besoins du pays.

AN/BK