Conférence des Nations unies sur l’eau : l’expert Abdoulaye Sène suggère aux dirigeants africains d’y aller avec des ambitions claires  
Conférence des Nations unies sur l’eau : l’expert Abdoulaye Sène suggère aux dirigeants africains d’y aller avec des ambitions claires  

SENEGAL-AFRIQUE-PERSPECTIVES

Dakar, 19 fév (APS) – Les dirigeants africains doivent aller à la prochaine conférence des Nations unies sur l’eau, prévue en décembre prochain aux Émirats arabes unis, avec des ambitions claires, soutient l’expert, ingénieur hydraulicien et président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest, Abdoulaye Sène, en proposant en même temps que des ‘’mécanismes’’ soient mis en place pour la matérialisation des mesures à prendre.

‘’Il faut que l’Afrique affiche clairement ses ambitions. Depuis une ou deux années, nous sommes en train de travailler au PAI, le Programme continental africain d’investissement dans le secteur de l’eau’’, a dit M. Sène dans une interview accordée à l’APS.

‘’Lorsque nous sommes sortis du Forum mondial de l’eau de Dakar (en 2022), nous avons estimé les besoins nécessaires à l’atteinte des objectifs en matière d’eau et d’assainissement, d’ici à 2030, à 60 milliards de dollars américains par an’’, a-t-il rappelé.

L’évaluation des besoins du continent en matière d’accès universel à l’eau a conduit les dirigeants du continent à adopter le PAI, selon lui.

‘’Ce programme (le Programme continental africain d’investissement dans le secteur de l’eau) a été adopté par la conférence des chefs d’État [de l’Union africaine]. C’est déjà une première chose’’, a-t-il affirmé

L’expert et ingénieur hydraulicien propose ensuite : ‘’L’Afrique doit aller [à la conférence des Nations unies sur l’eau] avec ce programme et dire ‘voilà ce que nous voulons’, afin que l’accès universel à l’eau et à l’assainissement devienne une réalité.’’

‘’Nous devrons être réalistes’’

‘’La deuxième chose, c’est d’éviter les simples déclarations. Il faut qu’il y ait des mécanismes de suivi’’ des mesures prises aux Émirats arabes unis, a ajouté Abdoulaye Sène. ‘’Là aussi, l’Afrique est en train de développer ses mécanismes. Il faut qu’on arrive aux Émirats avec des propositions…’’

Le président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest insiste sur la nécessité d’avoir des mécanismes de mise en œuvre des recommandations de la conférence des Nations unies aux Émirats arabes unis.

Lors de la deuxième conférence des Nations unies sur l’eau, en 2023, quelque 700 engagements avaient été pris. ‘’De ces engagements, très peu ont été mis en place. Parce qu’il n’y avait pas un mécanisme contraignant pour que les institutions ou les États qui prennent ces engagements les respectent’’, a-t-il dit.

À son avis, ce scénario doit être évité aux Émirats arabes unis.

‘’Il fallait, donc, mettre en place un mécanisme, car si vous avez de l’argent sans savoir comment l’investir, ça ne marchera pas. Donc, il faut investir dans des infrastructures adaptées au contexte, en tenant compte des changements climatiques’’, a-t-il dit.

‘’Nous avons lancé le Global Water Partnership, le Partenariat mondial de l’eau (GWP), dont je préside la branche ouest-africaine. [Le GWP] a décidé d’accompagner l’élaboration de ce programme d’investissement (le PAI) et de mettre en place des mécanismes financiers innovants, avec la collaboration des institutions financières multilatérales, en y intégrant des ressources locales…’’

‘’Une nouvelle architecture de financement’’

M. Sène est d’avis que ‘’dans un monde qui fait face à [beaucoup] de crises, dans un monde où le multilatéralisme est en train d’être fragilisé partout, dans un monde où les budgets sont en train d’être réorientés vers des initiatives militaires, nous devrons être réalistes’’.

‘’Nous devons être les premiers à prendre des engagements et à penser à réaliser l’accès universel à l’eau […] Parce que l’eau est une priorité, un droit pour les populations. Avec la 39e conférence des chefs d’État, avec ce programme d’investissement (le PAI), avec les mécanismes qu’on va proposer, nous serons en mesure d’avoir une architecture programmatique, institutionnelle et financière pour aller de l’avant’’, a-t-il assuré.

Abdoulaye Sène, membre du comité de pilotage international du Partenariat mondial de l’eau, propose aussi de ‘’financer le renouvellement des investissements déjà existants’’. ‘’Il faut les rendre résilients, les optimiser. Cela revient à faire en sorte que les infrastructures coûtent moins cher, qu’elles soient plus durables. La maintenance et l’exploitation doivent coûter le moins cher possible. Il faudra recourir à l’innovation et à la technologique.’’

‘’L’Afrique est en train de promouvoir, à travers ce programme d’investissement (le PAI), une collaboration entre les banques multilatérales. La Banque africaine de développement a accepté d’y exercer un leadership très fort. Elle va travailler avec la Banque mondiale […] à ce qu’il y ait une nouvelle architecture de financement’’, a assuré M. Sène.

Il pense, par ailleurs, qu’‘’on ne peut pas financer l’eau de la même manière qu’on financerait une denrée ayant un caractère commercial’’, car ‘’l’accès à l’eau est un droit’’.

ESF/CS/MFD/MTN