SENEGAL-CULTURE-SOUVENIRS
Dakar, 6 fév (APS) – L’historien et homme politique sénégalais, Cheikh Anta Diop, dont le 40ème anniversaire de la disparition est commémoré samedi, a laissé une œuvre scientifique et intellectuelle qui suscite encore intérêt, commentaires et débats, ainsi que des traces dans différents domaines de la vie.
Né le 29 décembre 1923, cet homme au destin singulier aurait eu 103 ans cette année. Cheikh Anta Diop, engagé dans la restauration d’une conscience historique africaine, est mort le 7 février 1986, à l’âge de 62 ans.
Il a travaillé sur l’historicité des sociétés africaines, l’antériorité de l’Afrique et l’africanité de l’Egypte, entre autres thèmes de ses recherches.
Il a notamment publié Nations nègres et Culture (1954), L’Unité culturelle de l’Afrique (1960), Les Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire (1960), Antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historique (1967), Parenté génétique de l’Egyptien pharaonique et des langues négro-africaines (1977), Civilisation ou barbarie (1981), entre autres.
Voici un abécédaire en quelques clés d’entrée.
- ANKH : c’est la revue d’égyptologie et des civilisations africaines. La revue se définit comme ‘’le trait d’union vivant entre toutes les générations actuelles de l’Afrique qui tentent de connaître et de faire connaître la culture et les civilisations africaines, depuis les temps les plus reculés de l’histoire, selon les sens et les perspectives du travail, immense et précieux, du professeur Cheikh Anta Diop’’. Selon le Pr Théophile Obenga, disciple de Cheikh Anta Diop, contributeur, ‘’toutes les problématiques culturelles, égyptologiques, historiques, linguistiques, artistiques, littéraires, sociologiques, économiques, politiques, scientifiques et technologiques, religieuses et philosophiques ont leur place dans la revue ANKH. Exigences méthodologiques, pertinences interdisciplinaires, ouvertures intellectuelles, sont requises pour ce nouvel esprit nécessaire de la liberté créatrice’’.
- BAOL : Cheikh Anta Diop est né le 29 décembre 1923 à Ceytou, dans le département de Bambey, au cœur de l’ancien royaume du Baol du centre de l’actuel Sénégal. Ce royaume est issu de l’éclatement de l’empire du Djolof au 16ème siècle. C’est à Ceytou que sont enterrés Cheikh Anta Diop et son épouse Louise-Marie Maes.
- COLLOQUE DU CAIRE : le colloque international organisé du 28 janvier au 3 février 1974 au Caire, la capitale de l’Egypte, a été l’une des rencontres intellectuelles scientifiques qui ont permis à Cheikh Anta Diop de faire valoir ses thèses sur le caractère nègre de l’Egypte antique. Organisé par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), dans le cadre de la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, il portait sur “le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique”. Vingt spécialistes, cinq observateurs et deux représentants de l’UNESCO appartenant à quatorze nations différentes y ont participé.
- EGYPTOLOGIE : l’égyptologie était un des domaines dans lesquels Cheikh Anta Diop a mené des travaux. Il y a été conduit en faisant des recherches linguistiques. L’archéologie et l’histoire sont au cœur de l’égyptologie qui s’intéresse aux périodes pré-pharaoniques et antiques en Égypte.
- FEMMES : quelques-unes des plus belles pages de l’ouvrage ‘’Cheikh Anta Diop par lui-même’’ de l’enseignant-chercheur Khadim Ndiaye, sont consacrées à la place de la femme dans une société africaine libérée. ‘’Il faut relire attentivement L’Unité culturelle, et vous comprendrez pourquoi la femme, par la volonté même de l’homme [d’évoluer] en un régime sédentaire, a joué, dès le départ, un rôle déterminant. C’est elle qui est l’élément dépositaire de la légitimité. Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait cela, mais il faut reconquérir la situation antérieure’’, soutient Cheikh Anta Diop. Les lignes qui suivent sonnent comme l’esquisse d’un véritable projet de libération de la femme, d’Afrique ou d’ailleurs : ‘’S’il est vrai que plus de la moitié de l’humanité est asservie, alors c’est la femme africaine qui, en généralisant le bicaméralisme, serait à la tête de la libération de la femme, à l’échelle du monde. Ce ne serait donc plus telle ou telle idéologie ! Je ne sais pas si vous voyez l’ampleur révolutionnaire de cette idée… La femme africaine doit s’engager dans la voie du bicaméralisme, vous ne serez plus des suffragettes, des féministes. C’est la dignité de la mère de famille africaine traditionnelle que vous restaurerez, de façon conforme au progrès. Je suis sûr que c’est l’Afrique qui, de par son héritage culturel, est la plus à même de libérer la femme à l’échelle mondiale, parce que c’est elle qui l’avait déjà fait par le passé.’’
- KEMTIYU : c’est le titre du premier documentaire de création sur Cheikh Anta Diop, dont il dresse le portrait. Ecrit et réalisé par Ousmane William Mbaye, le film, projeté pour la première fois le 7 mai 2016, s’intéresse au ‘’savant précurseur, insatiable de sciences et de connaissances (…), un homme politique intègre et éclairé, personnage vénéré par certains, décrié par d’autres, et méconnu par le plus grand nombre’’. Il a obtenu en mars 2017 le prix du meilleur documentaire au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
- LABORATOIRE CARBONE 14 : quand il rentre au Sénégal au début des années 1960, après ses études doctorales en France, Cheikh Anta Diop – qui n’était pas autorisé à enseigner – monte le laboratoire de datation au Carbone 14 de l’IFAN de l’Université de Dakar. L’objectif était de réaliser une échelle complète de chronologie permettant de dater les évènements depuis l’origine des temps cosmiques datant de 5 milliards d’années, âge de l’univers. Il dirigea le laboratoire de 1966 à 1986.

- NATIONS NEGRES ET CULTURE : c’est le titre du premier livre de Cheikh Anta Diop, paru en décembre 1954. ‘’Nations nègres et Culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui’’, titre complet du livre, paraît aux Éditions Présence Africaine en 1954. Il s’agit du texte des thèses principale et secondaire destinées à être soutenues à la Sorbonne en vue de l’obtention du doctorat d’État ès Lettres. Le jury n’avait pu être constitué.
- POLITIQUE : l’engagement politique est au cœur de l’itinéraire de Cheikh Anta Diop. Quand il arrive à Paris en 1946, après son baccalauréat, il milite dans différentes organisations étudiantes. Parmi celles-ci, il y a l’Association des étudiants du Rassemblement démocratique africain (AE-RDA), dont il est secrétaire général entre 1951 et 1953. En juillet 1961, il lance, avec son ami Yéro Sy, son premier parti, le Bloc des masses sénégalaises (BMS). En juillet 1962, il est emprisonné pendant un mois à Diourbel, avant l’interdiction du BMS. En novembre 1963, il crée le Front national sénégalais (FNS) qui, parce qu’il n’a pas obtenu de récépissé du gouvernement, n’a jamais existé légalement. Après l’arrestation et la condamnation du président du Conseil, Mamadou Dia, pour ‘’tentative de coup d’Etat’’, il décide de ne plus créer de parti. En 1975, un an après la grâce accordée à Dia, il crée le Rassemblement national démocratique (RND) qui ne sera autorisé officiellement qu’en 1981 après le départ de Senghor et l’arrivée d’Abdou Diouf de la présidence de la République. Il participe aux Législatives de février 1983 et refuse d’occuper le siège que les résultats lui avaient attribué, pour dénoncer les fraudes.
- SANKORE : c’est le nom de la librairie fondée par le linguiste Pathé Diagne qui, en 1982, a organisé, en rapport avec l’association des historiens sénégalais, un symposium de Cheikh Anta Diop avec les étudiants et les intellectuels sénégalais. Ces jours de réflexion dont les enregistrements étaient diffusés sur Radio-Sénégal, ont permis à l’historien d’engager des discussions et un dialogue sur ses thèses, dans un amphithéâtre de la faculté de droit de l’université de Dakar.
ADC/BK

