Chefchaouen : voyage au cœur de la perle bleue du nord du Maroc
Chefchaouen : voyage au cœur de la perle bleue du nord du Maroc

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De notre envoyée spéciale au Maroc, Seynabou Ka

Tanger, 7 jan (APS) – Perché dans les montagnes verdoyantes du Rif, au nord du Maroc, Chefchaouen, surnommé le “village bleu”, continue de fasciner voyageurs et photographes du monde entier. Avec ses ruelles étroites colorées de nuances de bleu, cette petite bourgade paisible offre bien plus qu’un décor de carte postale : elle raconte une histoire où se mêlent traditions et modernité.

De Tanger à Chefchaouen, une route vers l’émerveillement

Quitter Tanger pour Chefchaouen, c’est parcourir près de 107 kilomètres à travers des paysages parfois surréels. La route ondule entre vallées et montagnes. Elle s’élève, plonge, puis s’ouvre soudain sur des panoramas spectaculaires. À chaque virage, le Rif dévoile ses reliefs escarpés, ses forêts de chênes-lièges et de cèdres, ses nuages effleurant les sommets, donnant au voyage un air presque mythique.

Une halte s’impose à Dar Bni Karrick, en bord de route entre Tétouan et Chefchaouen. Le temps d’un café chaud, servi avec simplicité et sourire, le voyageur reprend souffle avant de replonger dans l’immensité de la nature.

Le trajet traverse ensuite la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, marquée par d’imposants barrages alimentant la région en eau. À Bni Hassan, les montagnes s’élancent vers le ciel, les nuages les caressent, et rien ne semble les séparer.

Le barrage de Chefchaouen, avec ses affluents et ses cours d’eau locaux, offre un point de vue à couper le souffle sur le bassin versant et les montagnes environnantes. Pour les habitants, ces paysages font partie du quotidien ; pour le visiteur, ils provoquent un émerveillement silencieux.

À l’approche de la ville, les premières maisons bleutées surgissent comme une apparition. Sous une pluie fine, les façades mouillées accentuent la couleur du village. Lampadaires, escaliers, murs, portes : le bleu s’installe progressivement, jusqu’à recouvrir entièrement le regard. L’entrée dans Chefchaouen reste discrète, presque timide, avant que la médina ne révèle toute sa splendeur.

Le chauffeur du jour, qui maîtrise parfaitement le circuit, nous conduit à la place Outa el-Hamma, le cœur vibrant de la ville. Elle accueille le visiteur avec ses cafés animés, sa fontaine centrale, la kasbah médiévale et la Grande Mosquée au minaret octogonal.

C’est là que débute la visite guidée de cette cité qui semble être dans un autre monde. La beauté surréaliste des lieux offre un réconfort au voyageur fatigué.

Rencontre avec Abdoul Kader, guide passionné

C’est ici que notre guide du jour, Abdoul Kader, nous retrouve. À son arrivée, il a le regard vif. Lorsqu’on lui demande s’il parle français, il répond : “Mieux que vous !”, déclenchant un rire général. Puis aussitôt, il continue à parler presque sans pause et marche à grands pas, pressé de nous faire découvrir chaque coin de sa ville.

 

“Chefchaouen, ce n’est pas seulement une ville bleue, c’est une ville protégée par ses montagnes”, lance-t-il d’emblée, avant de repartir, nous entraînant dans les ruelles étroites.

Tout en avançant dans les rues escarpées, Abdoul Kader explique, d’une voix claire et énergique : “Le nom Chefchaouen vient de Achaouen, ça veut dire ‘‘les cornes’’. Et Chef, regardez ! Cela signifie ‘’regardez les cornes’’. Voyez autour de vous : les montagnes sont là, toujours là. Elles protègent la ville.”

Il ne s’arrête presque pas, désignant d’un geste rapide les sommets de Kelaa et Meggou, deux pics emblématiques de la chaîne du Rif, qui dominent et encadrent la ville.

Kader reprend aussitôt sa marche, nous obligeant à accélérer le pas pour ne pas le perdre. Son allure pressée et sa voix forte donnent le rythme à la visite, comme si l’histoire de Chefchaouen devait se raconter en mouvement.

Chefchaouen : voyage au cœur de la perle bleue du nord du Maroc

Fondé en 1471 par le chérif Moulay Ali ibn Rachid al-Alami, Chefchaouen, qui culmine à une altitude d’environ 600 mètres, s’est développé autour d’une petite forteresse, aujourd’hui la kasbah. Érigée pour protéger la région des attaques étrangères, elle demeure aujourd’hui le cœur historique de la ville. Ses murs ocre contrastent avec le bleu environnant.

Au fil des siècles, la ville a accueilli tribus locales, réfugiés andalous et communautés juives, forgeant une identité riche et plurielle. En 1920, Chefchaouen passe sous administration espagnole, avant d’être restituée au Maroc en 1956.

Devant un escalier fraîchement repeint, Abdoul Kader s’arrête enfin, juste le temps d’une explication, avant de repartir aussitôt. Sa voix porte dans la ruelle étroite : “Le bleu, c’est pour chasser les moustiques. Oui ! c’est ça ! C’est aussi la fraîcheur, l’eau, la paix.”

Il balaie du regard les murs bleutés, déjà il est reparti, puis ajoute d’un ton assuré : “Suivez-moi !”

Selon une tradition largement répandue, le bleu aurait été introduit par la communauté juive, pour qui cette couleur symbolise le ciel et le divin, rappelant Dieu et la spiritualité. D’autres habitants affirment que seules les maisons du Mellah (terme marocain désignant l’ancien quartier juif fortifié d’une ville) étaient autrefois bleues, la Médina étant majoritairement blanche.

 

À chaque coin de rue, il ne manque jamais une occasion de nous montrer le meilleur angle pour immortaliser la visite : “Ici, c’est la meilleure place pour prendre des photos !”

Un geste vif, un regard rapide, et il est déjà reparti, ses pas rapides résonnant sur les pavés, nous obligeant à le suivre.

La Médina et ses ruelles éblouissantes

Dans la Médina, chaque ruelle réserve une surprise. Des escaliers étroits, les petites portes en bois bleus. Des espaces bordés de fleurs qui harmonisent parfaitement avec les murs bleutés, parfois fraîchement repeints, parfois patinés par le temps.

Les chats qui somnolent sur les marches humides, les artisans ouvrant leurs échoppes colorées de produits locaux : épices, savons, huile d’olive, parfums, et les costumes traditionnels accrochés aux murs donnent un charme à cette ville marocaine.

Les habitants échangent quelques mots incompris des visiteurs. Mais envers le Sénégalais, l’hospitalité marocaine n’a jamais été aussi chaleureuse. La preuve : le vieux Hassan, qui avait le brassard du drapeau du Sénégal autour du poignet, n’a pas manqué d’exprimer avec sincérité son affection pour cette population. À la fin, tous ont souhaité une finale de la Coupe d’Afrique des nations de football 2025, en cours dans le royaume chérifien, entre le Sénégal et le Maroc.

Les jours de souk, lundi et jeudi, la ville s’anime davantage. Les montagnards descendent vendre huile d’olive, figues, fromages et produits du terroir. Le Bab Souk (porte du marché) s’anime, et l’odeur des épices embaume l’espace.

À chaque nouveau carrefour, Abdoul Kader s’exclame : “C’est ici, et pas ailleurs, que vous aurez la vraie photo pour vos souvenirs !”

Derrière sa précipitation apparente, il transmet la passion contagieuse pour sa ville bleue.

Les cascades et l’eau, âme de Chefchaouen

À l’extrémité de la Médina, la cascade de Ras el-Maa incarne l’âme de Chefchaouen. L’eau jaillit de la montagne, glisse sur les rochers recouverts de mousse avant de rejoindre la ville. Son clapotis permanent accompagne les pas des visiteurs.

Autour de la chute d’eau, la végétation est luxuriante : fougères, lauriers et oliviers bordent le ruisseau. ‘’Des femmes viennent laver ici leur linge’’, lance Abdoul Kader, le visage radieux.

Chefchaouen : voyage au cœur de la perle bleue du nord du Maroc

En suivant le circuit de l’eau, on accède à des points de vue époustouflants sur la Médina, où la couleur des maisons contraste magnifiquement avec le vert des montagnes et le dôme bleu.

“Regardez, ici, c’est magnifique. Vous avez une vue panoramique sur tout le village’’, a-t-il dit d’un ton qui annonce la fin de sa mission.

Alors que le visiteur quitte la ville, les murs bleus, les ruelles et le clapotis de l’eau restent gravés dans la mémoire. Chefchaouen n’est plus seulement un lieu, mais un émerveillement que l’on emporte avec soi.

SK/HK