SENEGAL-SOCIETE-CRISE
Ziguinchor, 26 nov (APS) – Des responsables religieux, des autorités administratives et des acteurs de la société civile ont lancé mercredi, à Ziguinchor, un appel fort pour la non-violence et la consolidation de la paix en Casamance, la région méridionale du pays marquée par plus de quatre décennies de conflits, a constaté l’APS.
Ils ont fait cet appel lors d’une rencontre organisée par l’ONG Génération Non-Violente autour du thème : “Est-il possible de renoncer à la violence dans la résolution de ses conflits ?”.
Cette rencontre a réuni des acteurs de la société civile, des journalistes, des acteurs de développement, des responsables religieux et une délégation venue du Pays basque.
À l’entame des travaux, l’évêque de Ziguinchor, Mgr Jean-Baptiste Walter Manga, a salué la présence de représentants des autorités civiles, militaires et religieuses, ainsi que celle de la délégation basque.
Il a rappelé que la non-violence est au cœur du message chrétien et constitue “une voie exigeante mais essentielle pour rompre le cycle des représailles”.
“La vengeance n’est pas une solution, elle nourrit la violence”, a-t-il poursuivi, invitant les croyants – chrétiens, musulmans et adeptes des religions traditionnelles – à revisiter leurs textes sacrés, porteurs de paix.

Mgr Manga a exhorté les populations à “bâtir en Casamance une demeure de paix “. Il a rappelé que la paix est un bien commun et la première condition du développement.
Prenant la parole au nom du gouverneur de Ziguinchor, le directeur régional de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Ibrahima Diba, a salué l’initiative de l’ONG, qu’il a qualifiée de “pertinente et nécessaire”.
“Dans un monde où le bruit des armes couvre trop souvent la voix de la raison, votre engagement pour la non-violence est un acte de courage civique”, a-t-il dit, estimant que la non-violence n’est ”ni naïveté ni renoncement”, mais “la voie la plus exigeante et, à long terme, la plus efficace”.
M. Diba a appelé à enseigner la non-violence active, “une compétence qui s’apprend” et qui est essentielle pour consolider la réconciliation dans la région.
Le président-fondateur de Génération non-violente, l’abbé Camille Joseph Gomis, par ailleurs responsable de la Commission Justice et Paix du diocèse de Ziguinchor, a souligné que le conflit “normal et naturel dans les relations humaines “, peut être géré sans recours à la violence.
Il a salué la portée symbolique de la présence d’anciens acteurs du conflit basque, venus partager leur expérience du renoncement aux armes après des décennies d’affrontements.

“La non-violence n’est pas une utopie. Des hommes qui ont connu attentats et représailles ont choisi d’y mettre fin. Leur exemple crée un déclic dans les esprits”, a-t-il indiqué, citant Nelson Mandela, comme modèle d’une transition fondée sur la réconciliation plutôt que sur la vengeance.
Les participants ont unanimement insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts de sensibilisation en faveur de la culture de la paix.
Active depuis 2017 et devenue ONG il y a quelques années, Génération Non-Violente entend renforcer son action auprès des jeunes et de l’ensemble des communautés.
La Casamance, séparée du nord du Sénégal par la Gambie, est le théâtre de l’un des plus vieux conflits du continent. Des indépendantistes ont pris le maquis après la répression d’une manifestation en décembre 1982 à Ziguinchor, la principale ville de la région.
Le conflit a fait des milliers de victimes et porté un coup sévère à l’économie locale.
En 2022, l’armée nationale a mené des opérations d’envergure contre des bases rebelles, contribuant à renforcer l’accalmie et à favoriser le retour de nombreuses personnes déplacées dans leurs villages d’origine.
MNF/ASB/AB

