SENEGAL-COLLECTIVITE-PROFIL
Ndioum, 18 juil (APS) – Boubacar Thiam n’est pas seulement cordonnier au marché central de Ndioum où il est très connu. En dehors de cette activité héritée de ses parents, il est aussi chargé de communication dans le mouvement Navétanes dans cette localité du nord du pays, et agent de santé au Centre hospitalier régional où il contribue quotidiennement à la prise en charge des patients et au bon fonctionnement de l’établissement.
Au cœur du marché central de Ndioum, dans le département de Podor (nord), le vrombissement des motos, les discussions animées des commerçants et les sonneries de téléphones portables forment un fond sonore familier.
Entre les boutiques multiservices, les vendeurs d’accessoires de téléphonie et les étals de marchandises diverses, une petite place discrète attire pourtant l’attention.
Assis devant son modeste atelier, concentré sur une paire de chaussures usées qu’il s’emploie à remettre à neuf, le cordonnier Boubacar Thiam perpétue un savoir-faire transmis de génération en génération.
À première vue, rien ne distingue cet homme au regard calme et aux gestes précis. Pourtant, derrière chaque rafistolage, chaque semelle réparée et chaque chaussure usagée réparée se cache une histoire familiale profondément enracinée dans les traditions artisanales de la vallée du fleuve Sénégal.
Boubacar Thiam n’est pas devenu cordonnier par hasard. Le métier lui a été transmis par ses parents, eux-mêmes héritiers d’un savoir-faire légué par leurs ascendants. Une chaîne de transmission familiale que Boubacar Thiam continue d’entretenir avec fierté, à une époque où de nombreux métiers artisanaux peinent à résister à la modernité et aux mutations économiques.
Chaque matin, il rejoint son atelier au marché central de Ndioum. Comme ses aînés avant lui, il y passe une partie de sa journée à réparer chaussures, sandales et sacs, accueillant une clientèle fidèle qui apprécie autant la qualité de son travail que sa disponibilité.
”Ce métier fait partie de notre histoire familiale. Je l’ai appris très jeune en observant les anciens. Aujourd’hui encore, malgré mes autres responsabilités, je tiens à poursuivre cette activité. La cordonnerie est bien plus qu’un simple métier. Elle représente un patrimoine familial que je considère comme un devoir de préserver’’, confie-t-il.
Ce travail de coordonier, Thiam l’exerce à fond tout en le conciliant avec d’autres activités, essayant d’être ‘’utile à sa communauté’’, ”un sacerdoce”, selon lui.
Dans un contexte où de nombreux jeunes se détournent des métiers manuels, il estime que préserver ce savoir-faire revient aussi à sauvegarder une partie de l’identité culturelle locale.
‘’Ce métier n’est pas seulement un gagne-pain. J’y trouve un véritable épanouissement parce qu’il représente un héritage transmis par mes ancêtres. Mon souhait est de le perpétuer et, pourquoi pas, de le transmettre aux générations futures”, ajoute-t-il.
Entre engagement professionnel, sport et artisanat
L’homme ne se résume toutefois pas à son statut de cordonnier. Agent de santé au Centre hospitalier régional de Ndioum, il contribue quotidiennement à la prise en charge des patients et au bon fonctionnement de l’établissement.
Passionné de sport et convaincu de son rôle dans l’éducation et la cohésion sociale, il est également président de la Commission communication du championnat populaire, communément appelé ”Navétanes”, de la zone de Ndioum.

À ce titre, il participe activement à l’organisation des compétitions et à l’encadrement de la jeunesse.
Entre le service hospitalier, les réunions liées aux activités sportives et son atelier de cordonnerie, ses journées sont particulièrement chargées. Pourtant, il trouve toujours le temps de rejoindre son petit espace de travail au marché central.
Au fil des années, son atelier est devenu un véritable point de repère. Les habitués y déposent leurs chaussures ou leurs sacs à réparer, échangent quelques mots avec lui ou viennent simplement saluer celui qui est devenu une figure familière du marché.
Ses voisins commerçants décrivent un homme “travailleur, discret et respecté, capable d’assumer plusieurs responsabilités sans jamais renoncer au métier hérité de ses ancêtres”.
Dans cette petite place entourée de commerces modernes, Boubacar Thiam offre une image devenue rare, celle d’un artisan qui refuse de rompre le fil de la transmission familiale. Ses outils, parfois marqués par le temps, racontent à eux seuls plusieurs décennies d’histoire.
À chaque chaussure réparée, il accomplit un geste qui dépasse le simple cadre du travail artisanal. Il contribue à maintenir vivant un savoir-faire transmis de génération en génération et rappelle que certaines traditions continuent de trouver leur place dans un monde en constante évolution.

Alors que le marché central de Ndioum poursuit son agitation quotidienne, Thiam, lui, reste fidèle à son atelier. Assis derrière son établi, il poursuit inlassablement son ouvrage.
À Ndioum, Boubacar Thiam incarne ainsi le visage d’un artisan moderne, capable de conjuguer engagement professionnel, responsabilité sociale et fidélité aux valeurs héritées de sa famille. Une trajectoire singulière qui illustre la résilience des artisans et la force de la transmission intergénérationnelle.
Entre les murs du Centre hospitalier régional, les terrains de sport de la commune et les allées du marché central, il poursuit son chemin avec la même conviction car, pour lui, préserver un héritage c’est également construire l’avenir.
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