SENEGAL-MONDE-SOCIETE
Dakar 7 fèv, (APS) – Le président de l’ONG Horizons sans frontières, Boubacar Sèye, a mis en exergue les limites de la politique répressive dans la gestion de la migration dite irrégulière, appelant à un changement de paradigme consistant à déconstruire les représentations sociales selon lesquelles la réussite passe forcément par un déplacement entre pays.
“Les politiques migratoires centrées sur la surveillance et la répression des frontières ont montré leurs limites”, a alerté le défenseur des droits humains et spécialiste des questions de migrations.
”On ne retient pas des jeunes par la contrainte, mais en leur redonnant de l’espoir’’, a dit M. Sèye à l’APS.
Il a souligné que malgré le durcissement des dispositifs sécuritaires, les flux migratoires n’ont jamais réellement diminué et tendent même à s’intensifier sous l’effet de l’extrême pauvreté et du désenchantement social.
Selon lui, personne ne connait le nombre exact des drames dans la Méditerranée, évoquant une duplication des routes migratoires.
Boubacar Sèye pointe “une crise du sens qui traverse l’environnement socioculturel sénégalais, où l’idée même d’un avenir possible sur place s’est progressivement effrité”.
Cette fragilisation est, selon lui, renforcée par des représentations sociales valorisant l’’avoir’’ au détriment de l’‘’être’’, où “la réussite est de plus en plus associée au départ”. Dans ce schéma, le voyage (touki) est perçu comme une finalité, tandis que les notions de dignité, de patience et d’accomplissement local “sont reléguées au second plan”, a-t-il fait valoir.
L’expert en questions migratoires insiste ainsi sur la nécessité d’une “véritable révolution socioculturelle et épistémologique” allant dans le sens de ‘’tuer l’idée de partir’’. À cet égard, il appelle à une nouvelle approche de la sensibilisation, fondée sur des outils d’aide à la prise de décision et une relecture critique des imaginaires migratoires.
La migration, un fait social global
S’il reconnaît que les causes économiques demeurent déterminantes, en faisant allusion à la mauvaise gouvernance, au chômage endémique des jeunes, à la crise de la pêche, de l’agriculture et de l’artisanat, Boubacar Sèye estime toutefois que “ces facteurs ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène”.
‘’Il existe une construction socioculturelle de la migration qui alimente le désir de départ et entretient le mythe d’une Europe perçue comme un Eldorado’’, a-t-il expliqué, appelant à une démythification de cette vision idéalisée.
Sur le plan international, il a vivement critiqué l’approche sécuritaire européenne, qu’il juge inefficace et contraire aux principes de dignité humaine. Il dénonce notamment ‘’la militarisation croissante’’ de la Méditerranée, estimant que la gestion actuelle des frontières contribue à “l’aggravation des drames humains, avec des milliers de morts chaque année, souvent réduits à de simples statistiques approximatives”.
Selon Boubacar Sèye, “la migration est désormais un fait social global engageant la responsabilité de l’ensemble des acteurs – États, familles et communautés”.
Dans cette perspective, il a plaidé pour une “démarche politique inclusive”, réunissant toutes les parties prenantes autour de solutions durables.
‘’On ne peut pas continuer à fermer les frontières sans se poser la question de notre dignité collective’’, a-t-il encore déclaré, rappelant que derrière chaque départ “se cachent des parcours de vie souvent marqués par la désillusion, où beaucoup préfèrent survivre dans la précarité à l’étranger plutôt que de rentrer, faute de perspectives réelles dans leur pays d’origine”.
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