SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE
Dakar, 19 sept (APS) – Omniprésents dans les rues de Dakar, les vendeurs à la sauvette font partie du décor. Ces commerçants investissent chaque jour les axes routiers les plus fréquentés de Dakar pour proposer toutes sortes de marchandises aux automobilistes et à leurs passagers, en se faufilant entre les motocyclistes et les files de véhicules.
Un matin comme un autre dans la capitale sénégalaise. Sur les voies encore ombragées, dans le sens menant vers le célèbre marché de Sandaga, les embouteillages commencent à s’installer, alors que les rayons du soleil peinent encore à dépasser les bâtiments bordant l’autoroute.
Entre les véhicules immobilisés ou avançant au ralenti, à quelques encablures de l’autopont Pompiers, des hommes, des jeunes le plus souvent et parfois même des mineurs, se faufilent pour proposer leurs produits : serviettes, accessoires automobiles, fruits secs et autres articles au gré des bouchons.
Au triangle de l’Avenue Malick Sy, compris entre les murs de la caserne Samba Diéry Diallo de la Gendarmerie nationale, le Camp Abdou Diassé de la Police nationale et l’autopont Pompier, un marché s’improvise au gré des ralentissements dès que la circulation se resserre.
Les vendeurs profitent des bouchons pour approcher les automobilistes et les passagers. Mais leur proximité avec les véhicules en mouvement les expose à un danger constant. Les bras chargés de petites serviettes, particulièrement prisées en cette période de forte chaleur, Moussa se déplace avec précaution entre les files de voitures.
Il assure avoir conscience des risques liés à son activité. “Nous faisons très attention car avec les embouteillages, les véhicules avancent au pas”, explique-t-il.
Le principal danger, à ses yeux, vient surtout des motocyclistes qui profitent des espaces entre les véhicules pour contourner les bouchons.
“Les motards, c’est notre plus grand souci. Ils profitent des espaces entre les automobilistes pour progresser et sortir des bouchons”, confie-t-il, soulignant que certains d’entre eux roulent à vive allure, en dépit de l’étroitesse des espaces entre véhicules.
À quelques mètres, El Hadj, un vendeur d’accessoires pour automobiles, vend un extincteur et des triangles réfléchissants. Ces équipements, utilisés notamment pour signaler une panne ou un véhicule immobilisé, sont proposés aux automobilistes bloqués dans les bouchons.
Le regard constamment tourné vers les véhicules, il se déplace rapidement d’une voiture à l’autre. À chaque mouvement du trafic, le jeune vendeur s’écarte pour éviter d’être surpris par un véhicule.
Interrogé sur les risques d’accidents, il dit en avoir conscience mais estime qu’ils sont peu fréquents. “Nous sommes conscients des risques. C’est pourquoi nous restons très prudents. Lorsque la circulation commence à devenir fluide, nous nous retirons entre les véhicules pour nous mettre sur le bas-côté”, explique-t-il.
Fort de plus de six années passées sur les lieux, il assure n’avoir été témoin que d’un seul accident impliquant un marchand. “Je suis ici depuis plus de huit ans, mais je n’ai été témoin que d’un seul accident impliquant un marchand”, témoigne-t-il.
À ses côtés, Vieux, également vendeur propose les mêmes types d’accessoires. Plus prudent dans ses déplacements, il attend généralement que les véhicules soient immobilisés avant de s’approcher. “Il faut toujours faire attention. On ne peut pas rester longtemps entre deux voitures”, souligne-t-il.
Un peu plus loin, Cheikh a choisi une autre gamme de produits. Son panier contient des dattes, et des noix d’anacarde. Il profite lui aussi des longues minutes d’attente imposées aux automobilistes pour écouler ses produits.
À chaque arrêt du trafic, il s’approche des vitres baissées des véhicules pour présenter ses produits. “Quand les voitures sont bloquées, les clients ont le temps de regarder et de choisir. C’est surtout à ce moment-là qu’on arrive à vendre”, dit-il.
Selon lui, les embouteillages offrent ainsi une opportunité de gagner quelques revenus, malgré les risques liés à la proximité des véhicules. “Nous savons que nous sommes exposés, parce que les mouvements des véhicules sont parfois imprévisibles. Mais nous essayons de rester prudents”, rassure-t-il.
Cheikh explique également que son activité suit l’évolution des bouchons. “Le soir, nous changeons de voie et rejoignons l’autre sens. Quand les embouteillages changent de chaussée, nous suivons aussi”, indique-t-il.
Autre décor, même constat
Vers 18 heures, le décor change, mais le constat reste pratiquement le même. Sur les allées du quartier Front de Terre, entre l’autopont de Yarakh et le nouvel autopont de Castors, les embouteillages offrent aux vendeurs ambulants l’occasion d’approcher les automobilistes.
Ici, deux jeunes hommes se sont spécialisés dans la vente d’amuse-gueules. Modou circule entre les véhicules, sachets de produits à la main. À ses côtés, un autre vendeur, qui préfère garder l’anonymat, tente-lui aussi de profiter des quelques minutes d’immobilisation des automobilistes.
Les deux jeunes avancent entre les files de voitures, guettant les vitres qui s’abaissent et les conducteurs susceptibles d’acheter. Ils reconnaissent prendre ainsi des risques, mais ils affirment ne pas avoir le choix, en raison du manque d’opportunités pour les jeunes.
“Nous savons que c’est dangereux, mais nous n’avons pas le choix. Nous faisons donc très attention. Nous ne nous aventurons entre les véhicules que lorsqu’ils sont bloqués dans les embouteillages et nous nous retirons dès qu’ils recommencent à avancer”, expliquent-ils.
Cette prudence, disent-ils, leur permet de limiter leur exposition aux redémarrages soudains et aux changements de trajectoire des véhicules, qui représentent un des dangers liés à leur activité.
Au volant de son véhicule, un automobiliste observe la scène avec une certaine compréhension. Il reconnaît le danger auquel ces jeunes s’exposent, mais estime que leur présence sur la chaussée répond aussi à une nécessité économique.
“Ils sont conscients du danger, mais je pense qu’ils n’ont pas vraiment le choix. Ils cherchent à gagner leur vie”, soutient-il.
Pour cet automobiliste, la responsabilité de la situation ne devrait pas être imputée aux seuls marchands ambulants.
Les conditions économiques qui les poussent à exercer cette activité doivent également être prises en compte.
Un autre automobiliste, qui n’a pas souhaité décliner son identité, se montre plus préoccupé par les risques liés à cette pratique. Pour lui, la situation nécessite une intervention des pouvoirs publics.
“L’État doit prendre des mesures”, dit-il, considérant que la présence de vendeurs entre les véhicules constitue un risque aussi bien pour eux que pour les usagers de la route.
Au fil de la journée, le constat s’avère être le même, d’un point de la circulation à un autre: les embouteillages installent des espaces commerciaux temporaires où les vendeurs ambulants tentent de transformer les pauses de la circulation en opportunités de revenus.
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