SENEGAL-CULTURE
Dakar, 8 juil (APS) – L’exposition “Mbàmbulaan Gu Ñuul Laa”, qui se tient depuis le 17 avril à la Galerie Le Manège de l’Institut français, à Dakar, a été clôturée mardi, au terme d’un parcours artistique où l’océan devient un lieu de mémoire, de transmission et de reconnexion entre l’Afrique et ses diasporas.
L’exposition portée par un commissariat associant Beya Gille Gacha, Salimata Diop et Ken Aïcha Sy, a réuni Shai Andrade, Chris Tigra, Bienvenue Fotso, Amy Célestina Ndione, Saly D, Asta Niang, Marième Ngom, Anique Jordan, Poundo Gomis, Johanna Makabi, Anta Germaine Gaye et Yaay Hawa Fall.
La visite de presse organisée mardi à quelques heures de la clôture a permis aux commissaires de revenir sur la philosophie d’un projet construit autour d’une résidence artistique organisée en mars sur l’île de Ngor, avant l’ouverture de l’exposition.
À travers installations, vidéos, sculptures, photographies, œuvres textiles, performances et créations sonores, les douze artistes réunies interrogent les mémoires de la Traite atlantique, les héritages des peuples noirs, les pratiques de soin et les liens spirituels qui unissent les communautés des deux rives de l’océan Atlantique.
Le parcours plonge d’abord le visiteur dans un univers où l’eau occupe une place centrale. Tantôt calme, tantôt agitée, elle apparaît dans les œuvres comme une matière vivante, porteuse de souvenirs, de blessures, mais aussi d’espérance. L’océan n’est plus une frontière séparant les peuples, mais un espace de circulation des mémoires, des cultures et des imaginaires.
Les œuvres présentées évoquent aussi bien les traversées forcées de l’histoire que les possibilités de reconstruction, en mêlant matériaux organiques, images d’archives, récits personnels, objets rituels et créations contemporaines.

Pour la commissaire de l’étape dakaroise, Ken Aïcha Sy, cette exposition est née d’une volonté de faire dialoguer les pratiques artistiques avec un travail de recherche et d’immersion sur le territoire sénégalais.
”Nous avons voulu faire de cette exposition une expérience plus qu’un simple accrochage. Elle est le prolongement d’une résidence de création à Ngor où les artistes ont partagé un temps de recherche, de production et de réflexion avant de présenter leurs œuvres”, a-t-elle expliqué.
Selon Ken Aïcha Sy, le projet ne se limite pas aux murs de la galerie. Une partie de l’exposition s’est ainsi déployée à la librairie “Au Quatre Vents”, à Mermoz, afin d’inviter les visiteurs à poursuivre leur découverte dans un espace consacré à la recherche et aux publications artistiques.
“L’eau ne nous sépare pas, elle nous relie”
Co-initiatrice du projet avec Salimata Diop, l’artiste franco-camerounaise Beya Gille Gacha a indiqué que cette aventure trouve son origine dans une résidence effectuée à Salvador de Bahia, au Brésil, où elle a souhaité repenser la création artistique à partir du soin, de l’écoute et des spiritualités africaines.
”Le projet est d’abord une résidence avant d’être une exposition. Nous voulions offrir aux artistes, en particulier aux femmes noires, un espace pour créer, mais aussi pour prendre soin d’elles-mêmes”, a-t-elle déclaré.
Selon elle, les œuvres exposées ne sont pas conçues comme de simples objets artistiques, mais comme des espaces de dialogue entre les êtres, les mémoires et les dimensions invisibles.

”Nous ne faisons pas seulement des expositions. Nous construisons des lieux de rencontres où les œuvres deviennent des médiatrices”, a-t-elle affirmé.
Beya Gille Gacha a expliqué que le choix de l’eau comme fil conducteur s’est imposé naturellement au regard de son pouvoir symbolique.
”L’eau ne nous sépare pas, elle nous relie. Elle conserve les mémoires, accompagne les déplacements et rappelle que nous partageons une histoire commune”, a-t-elle souligné.
Elle estime que le passage de Salvador de Bahia à Dakar s’inscrit dans une démarche de reconnexion entre les communautés africaines et afro-descendantes, tout en favorisant un dialogue avec les traditions locales, notamment celles liées aux peuples lébou et à leur rapport à la mer.
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