SENEGAL-SOCIETE
Dakar, 15 oct (APS) -Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a appelé jeudi les médias à faire preuve de vigilance face aux discours stigmatisant des communautés, des nationalités ou des catégories sociales, estimant que ces dérives peuvent fragiliser la cohésion nationale.
“Nous devons être attentifs à toute tendance consistant à désigner une communauté, une nationalité ou une catégorie sociale comme responsable à elle seule de difficultés qui ont des causes multiples”, a-t-il déclaré.
Il s’exprimait lors de la première édition des Grandes conférences du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS), consacrée au thème “Médias et cohésion nationale”, dont il est le parrain.
Le ministre a notamment mis en garde contre la stigmatisation des étrangers et l’ethnicisation du débat public, soulignant que de tels discours peuvent avoir des répercussions sur les Sénégalais établis à l’étranger, dont il a estimé le nombre à plus de deux millions.
“Ces discours mettent en danger les Sénégalais de l’étranger. La haine que l’on autorise ici chez nous revient là-bas à travers nos propres frères”, a-t-il averti.
Pour illustrer les risques liés à l’instrumentalisation des médias, Mouhamadou Makhtar Cissé a évoqué plusieurs expériences historiques, notamment le rôle de la propagande dans l’Allemagne nazie, celui de la Radio-télévision libre des Mille Collines au Rwanda et les violences survenues au Kenya après l’élection présidentielle de 2007.
Il a également cité le cas de la Côte d’Ivoire, où des médias instrumentalisés ont contribué, selon lui, à aggraver les tensions liées au contentieux électoral de 2010-2011.
À l’inverse, le ministre de l’Intérieur a souligné que les médias peuvent contribuer à rétablir la confiance entre les communautés et à prévenir les affrontements lorsqu’ils privilégient le dialogue et une information responsable.
Évoquant le cas du Sénégal, il a rappelé le rôle joué par la presse privée lors de l’élection présidentielle de 2000, notamment à travers la diffusion des résultats bureau par bureau, qu’il a présentée comme un facteur ayant contribué à la transparence du scrutin et à la prévention des tensions.
Mouhamadou Makhtar Cissé a ainsi plaidé pour un journalisme qui valorise les éléments de rapprochement entre les citoyens sans nier leurs différences, en s’appuyant notamment sur les traditions de médiation, de coexistence et de dialogue qui caractérisent la société sénégalaise.
Il a enfin invité les médias à ouvrir leurs antennes et leurs colonnes aux différentes composantes de la société, à diffuser une information vérifiée, y compris dans les langues nationales, à renforcer leur présence sur les réseaux sociaux avec des contenus fiables et à participer davantage à l’éducation aux médias, notamment auprès des jeunes.
BAB/MTN

