SENEGAL-CULTURE-SAUVEGARDE
Dakar, 12 jan (APS) – Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Ba, préconise la création d’une brigade de gendarmerie pour surveiller le patrimoine culturel, sur le modèle de la DSCOS, la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol.
“Nous allons solliciter – si le projet n’existe pas, et je pense qu’il existe -“, la création d’une “brigade de gendarmerie pour surveiller le patrimoine culturel, c’est très important”, a-t-il dit.
Selon M. Ba, invité dimanche de l’émission ”En vérité” de la Radiotélévision sénégalaise (RTS), cette brigade de la gendarmerie va être créée à l’image du DSCOS, la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol qui opère dans le domaine du foncier.
Il dit avoir instruit, dans cette perspective, les directions de son département pour faire le tour du Sénégal afin de répertorier les sites, monuments et œuvres culturels d’intérêt national, les lister et les faire connaitre, même ceux qui ne sont pas classés.
“Je me suis rendu à Ziguinchor pour voir la maison [natale] de Sembène Ousmane qui était en ruine, l’intention de l’État était de l’acheter, mais on a trouvé qu’elle a été détruite et rasée, le terrain a été acquis par quelqu’un d’autre. On va essayer de voir comment le racheter pour en faire un musée”, a fait savoir M. Ba.
Le ministre de la Culture a fait état d’un “problème général de conservation du patrimoine culturel” au Sénégal.
“À Saint-Louis, qui est une ville-musée, la gouvernance et tous les bâtiments ont des problèmes”, a-t-il relevé, estimant que les Sénégalais, depuis Léopold Sédar Senghor, qui a dirigé le pays de 1960 à 1981, “ont abandonné la culture”.
Il a insisté sur l’importance de la culture, en donnant l’exemple de Dubaï, un pays pétrolier qui en a fait sa “seule richesse du futur”.
Il est largement revenu sur la destruction de la fresque murale de l’artiste Pape Ibra Tall érigée place de France, à Thiès, une œuvre qui s’est retrouvée défigurée dans le cadre d’une opération de réhabilitation entreprise par les services de la mairie de la capitale du rail.
“Ce que nous saluons, ce sont ces initiatives en matière culturelle. S’il y a défaillance, c’est au niveau de nos services, parce que lorsque les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (MSAD) de Thiès ont été saisies, elles devraient signer une convention et le renvoyer au ministère de la Culture, pour que le service régional de la culture soit impliqué pour une certification”, a-t-il dit.
Le processus ayant abouti à la dégradation de cette fresque “n’est pas bon, car toute restauration ou réhabilitation d’une œuvre d’art doit être faite sous la supervision du ministère de la Culture, de l’État et de la direction du patrimoine culturel”, a-t-il ajouté.
Il a indiqué que ses services ont retenu de travailler de concert avec la mairie de Thiès pour la restauration de ladite fresque, “un processus complexe qui prend du temps”.
“L’œuvre est détruite aujourd’hui. Heureusement que les esquisses sont là, les dessins aussi. Ce qui va permettre sa reconstitution, mais il faut un accompagnement du ministère de la Culture” et de la direction du patrimoine, “pour éviter une seconde mort de l’auteur” de la fresque, a poursuivi le ministre.
Il a toutefois salué les initiatives du maire de Thiès qui, selon lui, a mis la culture “au cœur de son programme”, estimant que beaucoup d’autres édiles du pays devraient prendre exemple sur lui.
Il a lancé un appel aux maires du Sénégal pour qu’ils collaborent davantage avec le ministère de la Culture, le seul département ministériel qui ne doit pas avoir “une coloration politique”.
Amadou Ba a aussi évoqué son projet de chaine de télévision culturelle, annoncé lors de son passage à l’Assemblée nationale à l’occasion de l’examen du projet de budget de son département pour l’exercice 2026.
S’agissant de la rémunération pour copie privée, une redevance prélevée sur les supports d’enregistrement tels que les disques durs, clés USB, cartes mémoires et outils du genre, il considère que ce dispositif représente “une avancée importante pour financer la culture”.
“Il a été voté la loi sur la redevance d’utilisation des télécommunications (RUTEL), on doit présenter le décret, car on a peur qu’il y ait des problèmes entre les deux taxes. Il faut attendre de voir si les deux sont compatibles”, a expliqué le ministre pour évoquer les lenteurs liées à l’application de ce texte voté en novembre 2024.
Il a enfin annoncé que son département va bientôt communiquer sur la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, afin de déterminer si cette manifestation va se tenir pendant les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) prévus au Sénégal du 30 octobre au 13 novembre 2026 ou après cette manifestation.
L’édition 2026 de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar devrait initialement se tenir en mai.
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