Alain Gomis : “La Berlinale de cette année est spéciale pour moi parce que suis avec beaucoup de jeunes”
Alain Gomis : “La Berlinale de cette année est spéciale pour moi parce que suis avec beaucoup de jeunes”

SENEGAL-ALLEMAGNE-CINEMA

Dakar, 10 fév (APS) – Le cinéaste sénégalais Alain Gomis, dont le long métrage “Dao” figure dans la sélection officielle de la 76e édition de la Berlinale, prévue du 12 au 22 février, a fait part de sa satisfaction de participer à cette compétition avec des jeunes, dont des pensionnaires du centre Yennenga de Grand Dakar qu’il a fondé à Dakar, soulignant la nécessité de donner un coup de pouce à la nouvelle génération.

Le réalisateur, qui a déjà participé trois fois à la Berlinale, revient cette année “avec beaucoup de jeunes, certains élèves du centre Yennenga qui ont participé” à la réalisation de son film à travers la post-production.

Le centre Yennenga, installé à Dakar, a été créé par Alain Gomis dans le but de contribuer à former les futurs professionnels du continent africain dans les métiers de la post-production. En tant que hub dédié à la formation, il est devenu une structure incontournable dans le milieu du cinéma dakarois.

“Ça me fait très plaisir d’amener une nouvelle génération avec moi. C’est spécial parce qu’il y a ces élèves, des étudiants qui ont eu à travailler dans ce film”, a-t-il dit dans un entretien avec l’APS, estimant que cela rend l’édition 2026 de la Berlinale particulière à ses yeux.

Il juge que sous ce rapport, la participation du jeune réalisateur sénégalais Alpha Diallo, avec son court-métrage “Les âmes du Fouta”, produit par sn compatriote Souleymane Kébé, représente “une très bonne nouvelle”. 

“On voit que ce n’est pas facile pour les jeunes cinéastes.  Malgré les institutions qui existent aujourd’hui, ça reste un parcours difficile et il est de la responsabilité des aînés d’essayer de les soutenir, de les pousser. On voit arriver des jeunes, mais sans doute pas assez. On aimerait en voir plus, que ce soit à Berlin ou ailleurs, mais on aimerait voir plus. Ça reste trop difficile de faire les films”, a-t-il indiqué.  

Concernant son long métrage sélectionné au Festival du film international de Berlin, il a expliqué qu’il voulait, à travers ce film ”Dao”, parler des familles “réparties sur plusieurs continents, qui ont l’histoire des parents des uns et des autres. Il n’y a pas une seule famille aujourd’hui qui n’a pas des parents ici ou là”. 

“Dao” traite tout à la fois d’un mariage en France et d’une cérémonie de décès en Guinée-Bissau.  Des “moments lors desquels on parle de transmission et pendant lesquels les questions justement de diaspora, de pays d’origine, etc. se posent aussi d’une autre façon.  C’était donc important pour moi de faire un film qui parle aussi des deux côtés”.

Selon le synopsis, ce long métrage de 185 minutes, qui fera sa première mondiale lors de cette compétition, est un film où deux célébrations de la vie, un mariage en France et une commémoration en Guinée-Bissau, s’entremêlent organiquement, tissant les liens d’une famille et d’un héritage qui vivent et voyagent entre ces deux mondes, indique le synopsis.

Ce mouvement circulaire perpétuel qui encadre la réalité, est l’histoire de Gloria qui marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix.

“Il y a beaucoup de gens de ma famille dans le film. C’est un film assez familial, qui mélange les acteurs et les non-acteurs. Comme j’ai l’habitude de le faire.  Et donc il y a beaucoup de gens qui sont basés aussi à Dakar, parce que c’est l’histoire aussi de cette communauté manjaque qui a beaucoup immigré au Sénégal”, a-t-il ajouté. 

Pendant les moments évoqués dans ce film, “se reposent des questions de qu’est-ce qu’on a gardé, qu’est-ce qu’on a perdu, etc.”, a fait observer le cinéaste, qui a déjà participé à la Berlinale avec “Tey” (Aujourd’hui) en 2012 et “Félicité” primé en 2017 avec l’Ours d’argent.

Il y est ensuite retourné en 2022 avec “Rewind and Play”, un documentaire dans lequel il démonte les stéréotypes dans lesquels le pianiste noir Thelonious Monk s’était trouvé enfermé.

“Je voulais faire un film qui est un film de joie avant tout, a-t-il repris au sujet de son long métrage ”Dao”. Un film de partage, un film de famille. Pour dire que tout ça, ça ne fait qu’enrichir les familles. C’est une grande famille. Dès fois ça pose des questions, mais c’est comme une grande famille, une grande communauté et qu’il faut rester soudés”.

“Pour moi c’est important, étant donné qui je suis, d’essayer d’être un lien entre les deux côtés, entre les deux continents. C’est les mêmes familles. C’est un film d’union pour moi”, a-t-il conclu. 

FKS/BK/AKS