Agro-industrie : la durée de travail des agriculteurs et l’investissement du secteur privé, deux des priorités de Cheikhou Oumar Ba
Agro-industrie : la durée de travail des agriculteurs et l’investissement du secteur privé, deux des priorités de Cheikhou Oumar Ba

SENEGAL-AGRICULTURE

Dakar, 25 juin (APS) – Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, veut augmenter la durée de travail des agriculteurs par la maîtrise de l’eau et encourager le secteur privé à investir davantage dans l’agro-industrie.

‘’[Rien] ne peut se faire sans la maîtrise de l’eau. Il faut augmenter la durée de travail en milieu rural, par la maîtrise de l’eau, la transformation des produits et la distribution d’équipements aux agriculteurs’’, a dit M. Ba dans une interview accordée à l’APS.

Faute d’une maîtrise de l’eau, ‘’les agriculteurs ne travaillent que trois ou quatre mois sur douze’’, a-t-il observé.

L’économiste et socio-anthropologue entré au gouvernement le 1er juin dernier pense que ‘’les financements destinés à l’agriculture doivent être rationalisés et adaptés aux cycles agricoles’’.

‘’Une seule campagne ne suffit pas pour rentabiliser les investissements’’, a-t-il signalé, estimant que ce constat est surtout valable pour l’horticulture.

L’État va renforcer la contribution du secteur privé au financement de l’agro-industrie, selon Cheikhou Oumar Ba. ‘’Nous allons recourir à plusieurs mécanismes de financement. Le chef de l’État a donné des orientations. Nous devons nous appuyer davantage sur le secteur privé. L’État ne peut pas prendre les préoccupations des agriculteurs tout seul. Nous allons nous assurer que le secteur privé investit réellement’’, a-t-il promis.

Moderniser les exploitations familiales 

À la tête du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, M. Ba dit souhaiter mettre davantage d’intrants et d’équipements agricoles à la disposition des agriculteurs et ‘’interconnecter les zones de production avec les zones de consommation’’.

Le budget de la campagne agricole est passé de 60 milliards de francs CFA il y a quelques années à 130 milliards en 2025, a-t-il rappelé, s’empressant ensuite de relever que ‘’la subvention ne peut pas être pérenne’’.

‘’Est-il utile de subventionner des intrants agricoles si la production pourrit faute de débouchés ? Il faut réfléchir à des mécanismes qui puissent permettre de produire ce dont le marché a besoin, de réduire les pertes de récoltes et de subventionner les filières ayant une valeur ajoutée réelle’’, a ajouté Cheikhou Oumar Ba.

Il a promis de se concerter souvent avec les acteurs du secteur primaire – les éleveurs, les agriculteurs et les pêcheurs. ‘’Notre démarche est de ne jamais prendre de décision sans la concertation nécessaire. Elle est aussi de nous assurer que ce que nous faisons est durable et dans l’intérêt des communautés. La loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique nous sera utile, car elle prévoit de remonter les préoccupations des agriculteurs à l’échelle départementale d’abord, aux niveaux régional et national ensuite, avec toutes les parties concernées.’’

M. Ba désire aussi moderniser les exploitations familiales en recourant à la maîtrise de l’eau et à la mécanisation agricole. ‘’La majorité des citoyens sénégalais connaît l’agriculture familiale, qui est l’une de nos priorités […] Notre ambition est de moderniser les exploitations familiales par la mécanisation, la maîtrise de l’eau, etc. Ces mesures permettront à celui qui pratique l’agriculture familiale d’investir et d’accéder à davantage de ressources foncières et financières’’, a-t-il assuré.

Le ministre signale, par ailleurs, que la loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique prévoit la mise en œuvre d’‘’une stratégie nationale d’accompagnement des jeunes agriculteurs, par des financements adaptés et un mécanisme de protection sociale’’.

Assurer le suivi régulier des projets

‘’Pour l’élevage, la transhumance du bétail, la réduction des espaces de pâturage et l’absence de parcours du bétail sont des problèmes à résoudre. Le Code pastoral en cours d’élaboration prévoit des mesures qui […] permettront de valoriser ce secteur’’, a affirmé Cheikhou Oumar Ba.

‘’Depuis mon arrivée au ministère, nous travaillons avec tous nos collaborateurs à ce que nous appelons ‘Les quatre-vingt-dix-neuf jours’’. Nous nous sommes fixé des objectifs précis, que nous avons déclinés à partir des orientations du président de la République’’, a poursuivi M. Ba.

De même a-t-il fait part de son souhait de renforcer la coopération du ministère avec les partenaires techniques et financiers. ‘’Nous allons assurer le suivi régulier des projets en cours et accélérer ceux qui tardent à prendre de la vitesse. Nous allons aussi renforcer nos relations avec les partenaires internationaux et nationaux, le secteur privé et les organisations paysannes, pour dérouler ensemble notre politique agricole et industrielle.’’

‘’L’accroissement de la productivité et l’amélioration du revenu des agriculteurs et des éleveurs restent nos principaux indicateurs […] Avec l’aide de Dieu, avec les orientations des autorités et l’engagement des agents du ministère, je suis persuadé que nous y parviendrons’’, a assuré Cheikhou Oumar Ba.

Il a consacré au moins vingt-cinq années aux activités du secteur primaire.

Fondateur de l’Initiative prospective agricole et rurale, un centre de recherche indépendant, basé à Dakar et dédié à l’agriculture et au monde paysan d’Afrique de l’Ouest, qu’il a dirigé pendant plusieurs années, M. Ba était ministre, conseiller du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. À ce titre, il était chargé des questions du secteur primaire, avant d’être appelé, depuis le remaniement du 1er juin dernier, à diriger le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage.

ESF/MTN