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Dakar, 12 sept (APS) – L’arrivée de dirigeants militaires à la tête du Mali, du Niger et du Burkina Faso, trois pays regroupés au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), n’empêche en rien les radios communautaires de faire leur travail, ont déclaré trois responsables de radios communautaires de cette organisation.
Dans un entretien accordé à l’APS, ces directeurs des radios communautaires, notamment Ousmane Abdoulaye Touré de la radio “Naata Fm” de Gao (Mali), Adama Sougouri de “La Voix du paysan” de Ouahigouya (Burkina-Faso) et Fati Amadou Ali de “La Voix de la Tapoa” de Tillabéri (Niger), affirment exercer librement leur métier, malgré des difficultés d’accès à l’information dans certaines zones de conflit.
Ils sont présents pour quatre jours à Dakar, dans le cadre de l’avant-première du documentaire intitulé “Radios communautaires, les dernières résistantes de l’information” du réalisateur français Robin Grassi, produit par l’ONG Reporters sans frontières (RSF) qui célèbre ses 40 ans d’existence.
”Ce sont des pays qui ont les mêmes destins et avant l’arrivée des militaires au pouvoir, des difficultés énormes d’ordre sécuritaire, social, économique ou gouvernemental existaient. Ces difficultés ont conduit ces militaires à prendre le pouvoir. Et dès qu’il y a banditisme, cela veut dire que la liberté d’expression est mise en jeu”, a souligné le Malien Ousmane Abdoulaye Touré.
Selon lui, la prise de parole des leaders communautaires, des animateurs radios ou de la population, a toujours été difficile dans les zones contrôlées par des ”terroristes”.
”Aujourd’hui, la situation est telle qu’il y a des gens qui ont peur du micro ou de prendre la parole, car ils peuvent être la cible des attaques ou être tués”, a expliqué le directeur de la radio “Naata Fm” de Gao.

A l’en croire, l’exercice de leur métier en tant journalistes sensibles au conflit (JSC) leur permet de savoir ”quel mot ou terme” utilisé pour ne pas s’exposer à ”des problèmes sécuritaires”.
”Nous sommes vraiment des fils du terroir. Nous savons qui est qui. Nous savons qui peut faire du mal. Nous savons qui vient d’où, qui aime ceci, qui n’aime pas cela, etc.”, a-t-il ajouté.
Il s’est félicité des efforts fournis par les armées pour libérer les zones sous occupation, malgré certaines difficultés.
”Mais nous sommes obligés de dire que c’est une bonne chose que ces militaires soient là. Actuellement, ils ont l’énorme responsabilité d’agir et de protéger les communautés […]”, a t-il fait valoir.
Le directeur de la radio “La Voix du paysan”, Adama Sougouri, note pour sa part le fait que les dirigeants militaires à la tête du Burkina Faso essaient, “tant soit peu”, de libérer l’espace, pour permettre aux journalistes d’exercer leur travail sur le terrain.
”Ce n’est pas quelque chose qu’on a demandé, le terrorisme est venu, il faut forcément y faire face. Je pense que nos pays se battent comme ils peuvent, en libérant pas mal de zones actuellement, ça progresse, nous avons l’espoir que ça va continuer”, a-t-il insisté, avant de proposer l’introduction de nouveaux modules d’enseignement du journalisme en temps de guerre ou de conflit.

Il assure que les radios communautaires ne reçoivent pas de directives des dirigeants militaires, tout en insistant sur le fait qu’il existe une certaine autocensure du journaliste, dans la diffusion de certaines informations, selon leur sensibilité.
“Pour +La Voix du Paysan+, il n’y a jamais eu de pression, que ce soit du côté du gouvernement ou des terroristes pour nous dire comment communiquer, on n’a pas cette pression pour le moment”, témoigne-t-il.
La directrice de la radio “La Voix de la Tapoa”, Fati Amadou Ali, revient, de son côté, sur les différents contenus de leurs émissions respectives.
Elle considère que les radios communautaires s’adaptent à la situation actuelle de leur pays, en proposant à la population des émissions notamment sur la paix, la cohésion sociale, avec des débats et des tables rondes.

”Ce sont des émissions organisées juste pour contribuer à la paix et à la cohésion sociale, parce que, chez nous, jusqu’à présent, les déplacés internes sont là, donc il faut que l’Etat sache quoi faire pour aider ses populations”, a-t-elle indiqué.
Mme Ali a insisté sur les difficultés que rencontrent les journalistes pour accéder à certaines zones de conflit.
Elle signale, par ailleurs, l’aide qu’ils reçoivent de certains dignitaires ou populations pour avoir accès à l’information dans ces zones de conflit.
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