SENEGAL-SANTE-PLAIDOYER
Dakar, 16 juin 2026 (APS) – La présidente de la Société sénégalaise de pneumologie, professeur Yacine Fall, a invité à rendre accessibles les traitements de sevrage tabagique, afin d’assurer une meilleure prise en charge des fumeurs dépendants à la nicotine, estimant que la lutte contre le tabac ne peut se limiter à la prévention et à la répression.
“Le tabagisme n’est pas un simple défaut d’habitude. C’est une addiction pédiatrique qui commence trop souvent dès l’adolescence. C’est un piège redoutable tendu à notre jeunesse par une industrie du tabac cynique, qui voit en nos enfants ses consommateurs de demain”, a déclaré la pneumologue.
Elle prenait part, lundi, à la célébration de la Journée mondiale sans tabac, dont le thème portait sur “Démasquer l’attrait – contrer l’addiction à la nicotine et au tabac”.
La présidente de la Société sénégalaise de pneumologie a rappelé, à cette occasion, que le tabagisme constitue une “maladie addictive” et demeure à l’origine de nombreuses pathologies respiratoires graves, notamment le cancer du poumon, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) et les insuffisances respiratoires chroniques.
“Lorsque le fumeur tente de s’arrêter par la seule force de sa volonté, il se heurte à un mur : le syndrome de sevrage. Une anxiété massive, une irritabilité sévère, des insomnies, une dépression transitoire et une pulsion obsédante à fumer. La seule volonté ne suffit pas”, prévient la praticienne, soulignant que les études scientifiques internationales sont formelles sur le fait que sans aide médicale, le taux de réussite d’une tentative d’arrêt à long terme ne dépasse pas 3 à 5%.
“C’est un échec quasi systématique. Ce n’est pas un manque de courage de la part du patient, c’est une défaite de notre système de prise en charge médicale”, a-t-elle fait remarquer.
Elle a fait observer que les services de pneumologie du pays “sont saturés de pathologies entièrement évitables, citant le cancer du poumon, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) – “maladie terrible qui détruit lentement les alvéoles pulmonaires et condamne à l’étouffement”, les insuffisances respiratoires chroniques entre autres.
“Voilà le vrai visage du tabac au Sénégal”, a insisté professeur Fall, en relevant que “derrière la fumée éphémère d’une cigarette ou d’une chicha, il y a la réalité durable de la maladie et de la mort”.
D’après la spécialiste, les campagnes de sensibilisation et l’interdiction de fumer dans les lieux publics, bien qu’importantes, ne suffisent pas à traiter la dépendance à la nicotine.
“Sans aide médicale, les chances d’un arrêt définitif du tabac restent très faibles”, a-t-elle souligné, mettant en avant l’efficacité des substituts nicotiniques tels que les patchs, gommes et comprimés à sucer.
La pneumologue a regretté l’absence de ces produits dans la majorité des structures publiques de santé et leur coût élevé dans les pharmacies privées, une situation qu’elle considère comme une “injustice thérapeutique”.
Au nom de la Société sénégalaise de pneumologie, elle a demandé l’inscription des substituts nicotiniques sur la liste nationale des médicaments essentiels, leur subvention par l’État ainsi que la décentralisation des consultations d’aide au sevrage tabagique, à travers la formation des professionnels de santé sur l’ensemble du territoire.
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