Abdoulaye Wade, une contribution déterminante au rayonnement culturel
Abdoulaye Wade, une contribution déterminante au rayonnement culturel

SENEGAL-POLITIQUE-HOMMAGE

Dakar, 1er juin (APS) – L’ancien président Abdoulaye Wade, dont le centenaire de la naissance sera célébré les 4 et 5 juin prochains à Dakar, a grandement contribué au rayonnement culturel du Sénégal par des infrastructures et des lois en faveur du secteur.

Livrant son analyse sur l’héritage culturel de Me Wade, Ibrahima Wane, professeur de littérature africaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a soutenu que de par ses initiatives et son action pendant les douze ans de magistère, le président Wade a effectivement marqué de son empreinte le paysage culturel sur le plan des infrastructures et de textes de lois adoptés sous son règne.

Il a aussi évoqué l’augmentation du budget de la culture, entre autres mesures sous son règne et qui ont permis au secteur de faire ”un bond en avant”.

Pour Ibrahima Wane, quand on parle du panafricaniste Wade, on pense forcément tout de suite aux infrastructures culturelles, symbole visible de son règne, car “il avait une politique d’infrastructures globale”, avec des projets culturels, notamment le fameux triangle composé du Monument de la Renaissance africaine, de la Place du Souvenir africain et du Musée des civilisations noires, “des lieux de fierté africaine”.

Les Infrastructures, symboles visibles de son magistère

“Les trois grands projets de Wade, c’était d’abord +La place de souvenir africain avec ses deux panthéons de la culture et de l’histoire, le Monument de la Renaissance africaine et le Musée des civilisations noires+”, a dit le président du conseil d’administration du Musée des civilisations noires lors d’un entretien accordé à l’APS.

Il y a ensuite, pendant son deuxième mandat, le projet dénommé “Les 7 merveilles”, “le parc culturel” comprenant le Grand Théâtre national, le Musée des civilisations noires, l’Ecole nationale des arts, la Bibliothèque nationale, les Archives nationales, entre autres.

Le Grand Théâtre national, baptisé “Doudou Ndiaye Coumba Rose” (1930-2015), du nom d’un célèbre tambour major sénégalais, a été inauguré en 2011, année où le président Abdoulaye Wade a effectué la pose de la première pierre du Musée des civilisations noires achevé par son successeur, Macky Sall, qui l’a inauguré en décembre 2018.

Mais bien auparavant, la Place du Souvenir africain a été inaugurée en juin 2009, et le Monument de la Renaissance africaine, qui a suscité beaucoup de polémique, a été mis en service le 3 avril 2010, veille de la fête de l’indépendance, en présence de plusieurs chefs d’Etat africains.

Finalement, ce sont les trois infrastructures qu’il a réalisées, à savoir la Place du Souvenir africain, le Monument de la Renaissance africaine et le Grand Théâtre national, a relevé M. Wane.

Le règne de Wade, fait-il remarquer, est souvent symbolisé par ces infrastructures culturelles. “C’était son projet personnel”, a affirmé l’universitaire, estimant que cette dimension de la question explique le fait que les ministres de la Culture n’étaient pas sentis sur ces projets.

“C’était vraiment des idées de Wade. Quelquefois de vieilles idées. Parce que le musée, c’est depuis Senghor, c’est pour ça qu’il tenait à le réaliser”, dit-il, indiquant que pour Wade, au-delà des discours et productions intellectuelles, il fallait “des espaces symboliques auxquels les gens peuvent s’accrocher, des lieux qui montrent la grandeur de l’Afrique […]”.

Le fonctionnaire à la Moustapha Tambadou, ancien agent du ministère de la Culture, abonde dans le même sens, soulignant que Me Abdoulaye Wade s’est attelé à doter le Sénégal d’infrastructures de production et de diffusion culturelles  de premier plan, donnant ainsi un visage à des ambitions qui étaient les siennes et celles des acteurs culturels.

“Le Grand Théâtre, le Musée des Civilisations noires, la Place du Souvenir africain, le Monument de la Renaissance africaine sont des lieux d’accueil et de rayonnement culturel d’une pertinence et d’une dimension à ce jour inégalées”, témoigne-t-il.

M. Tambadou signale que le président Wade, dont la dimension intellectuelle lui permettait de se poser sans complexe en “continuateur éclairé” de Léopold Sédar Senghor (1906-2001), a su “fructifier l’héritage” de ce dernier, tout en balisant des voies neuves et novatrices.

Deux textes législatifs majeurs laissés en héritage

Le président Abdoulaye Wade peut aussi compter dans son bilan deux textes législatifs majeurs, dont la loi 2002-18 du 15 avril 2002 instituant le Code de l’industrie cinématographique portant sur les règles d’organisation des activités de production, d’exploitation et de promotion cinématographiques et audiovisuelles.

“Ce texte qui était dans le circuit pendant très longtemps, a été adopté dès le début de son premier mandat finalement. Même si après, il fallait des décrets d’application qui ont traîné aussi. Je pense qu’il faudrait reprendre tout ça aujourd’hui”, estime Ibrahima Wane.

L’autre texte important que le secteur lui doit, c’est la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins, qui a eu plus d’écho et dont l’adoption est l’aboutissement d’un processus engagé plus de dix ans avant qu’il soit voté en décembre 2007 et promulgué en janvier 2008.

“La trace la plus visible aujourd’hui de cette loi est le passage du Bureau sénégalais du droit d’auteur (BSDA) à la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (SODAV), qui s’est fait entre 2014 et 2016 après son départ du pouvoir”, souligné M. Wane.

Le président Wade, auteur de l’hymne de la Renaissance africaine, mise en musique par le chanteur Ouza Diallo et la fanfare nationale dirigée alors par le colonel Fallou Wade, est aussi, selon Moustapha Tambadou, “l’une des principales sources d’inspiration et d’impulsion de la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles”, adoptée en 2005, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la culture et la science.

“Il fait donc partie des dirigeants mondiaux qui, après des concertations rigoureuses, voire méticuleuses, ont offert aux politiques publiques de la Culture des orientations stratégiques et des plans d’action consensuels et transnationaux”, a dit le consultant international au sujet de cette Convention dont il est rédacteur général des deux premiers rapports quadriennaux.

Il indique que le Sénégal, à l’instar des autres Parties à cet instrument, avait semblé ainsi mieux appréhender les enjeux de ce vivier international des politiques et stratégies de développement des industries culturelles et créatives.

L’augmentation considérable des budgets et des fonds d’aide

La première chose qui saute aux yeux quand on parle de l’héritage culturel du président Abdoulaye Wade, c’est l’augmentation sensible du budget de la culture, note par ailleurs Ibrahima Wade.

“Le budget de la culture a sensiblement augmenté durant son magistère parce que Wade arrive en 2000, donc avant 2000 et après 2000, c’est différent. C’est une période où il y a eu beaucoup plus de budget, en tout cas, officiellement pour la culture”, reconnait-il sans donner des chiffres précis.

Il est impossible, selon lui, de ne pas parler des différents fonds d’aide ayant bénéficié de dotations conséquentes sous Wade.

Il a sensiblement augmenté et même d’une certaine manière créé le Fonds d’aide à l’édition, dont le montant a été un moment porté jusqu’à 500 millions voire 600 millions de FCFA, alors qu’il était de 20 millions de francs CFA avant 2000.

“C’est lui qui l’a porté tout de suite à 40 millions, après à 300 millions, après 500, c’est ça qu’il a fait. C’est pour ça qu’on pense que c’est lui qui a créé le Fonds d’aide à l’édition parce que ça n’existait presque pas. Je ne sais même pas si ça s’appelait Fonds d’aide à l’édition. Et à l’époque, le président de l’Association des écrivains disait qu’il fallait un fonds d’aide à l’édition à l’image de nos confrères de la presse”, rappelle Ibrahima Wane.

Il estime que le seul fonds d’aide qui existait depuis la période de Senghor (1960-1980) était le Fonds d’aide aux artistes et au développement culturel, qui a été évidemment sensiblement augmenté dans le même sillage.

“Ce fonds était aussi très symbolique [avec un montant compris entre 50-60 millions]. Mais, tout de suite, Wade l’a porté à 500, puis 600 millions de FCFA. Donc, c’est le grand Fonds d’aide qui servait déjà à toute la culture”, dit-il.

Dix ministres de la Culture en douze ans, l’instabilité souvent critiquée

Le règne d’Abdoulaye Wade à la présidence de la République à partir de 2000 a toutefois été marqué par une certaine instabilité au département de la Culture, qui a vu passer dix ministres en douze ans. Ce qui, du point de vue des acteurs, représentait une limite de son action.

Il a successivement nommé, à ce poste, “Mamadou Diop Decroix, le professeur Madior Diouf qui a fait un mois, l’historienne Penda Mbow qui a fait trois mois, Mamadou Makalou, remplacé par Amadou Tidiane Wone, le cinquième ministre de la Culture de Wade qui a fait un an”, détaille Ibrahima Wane.

Amadou Tidiane Wone cède ensuite sa place à Abdou Fall, qui a passé le témoin à Safiétou Ndiaye Diop qui fut par la suite ambassadeur du Sénégal en Afrique du Sud, avant l’arrivée de Mame Birame Diouf qui a piloté le FESMAN, le Festival mondial des arts nègres dont la troisième édition s’était tenue du 10 au 31 décembre 2010, ajoute Ibrahima Wade.

Il y a eu par la suite, à la tête du ministère de la Culture, Mamadou Bousso Lèye et enfin Awa Ndiaye.

“Cela a rendu moins cohérent la politique culturelle de Wade. C’est pourquoi l’ombre du président était sur tous ses projets”, analyse l’universitaire, selon qui cela peut aussi expliquer le fait que le projet de Politique nationale de développement culturel sur lequel Tambadou n’ait finalement “jamais abouti”.

Il s’y ajoute que le Grand Prix du chef de l’Etat pour les lettres et les arts “a perdu son lustre sous le magistère de Wade”, estime l’universitaire.

Il a cependant signalé qu’à la fin de son règne, en janvier 2012, Wade avait organisé une édition spéciale de ce prix, pendant le FESNAC (Festival national des arts et de la culture), pour récompenser l’écrivain Cheikh Aliou Ndao et le peintre Souleymane Keita pour l’ensemble de leur œuvre.

La vision panafricaniste de Wade en exergue sur tous ses projets

En plus d’avoir organisé le FESMAN en décembre 2010 à Dakar, en présence d’acteurs culturels de toute l’Afrique et de sa diaspora, et d’avoir contribué, sur le plan économique, à l’élaboration du NEPAD, le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le président Abdoulaye Wade a toujours agi dans une vision panafricaniste, dans le sillage de son livre “Un destin pour l’Afrique”, publié en 1989, a reconnu le PCA du Musée des Civilisations noires.

Selon lui, Abdoulaye Wade appartient à la génération des étudiants de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France), laissant entendre qu’il partageait la vision panafricaniste de cette organisation.

“C’est une vision qu’il partageait tous, Cheikh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, etc. C’est pourquoi ils se reconnaissaient tous dans le Musée des Civilisations noires”, dit-il, reconnaissant à chaque président, de Senghor à Wade, sa partition dans le développement du secteur de la Culture.

AUT: FKS/HK/OID/BK