SENEGAL-POLITIQUE-CENTENAIRE
Dakar, 30 mai (APS) – Affectueusement surnommé ”Gorgui” (le vieux en wolof), Me Abdoulaye Wade, qui a fêté ses 100 ans, vendredi, est arrivé au pouvoir en 2000 grâce au soutien décisif de la jeunesse, séduite par son langage de rupture et ses promesses de lendemains enchanteurs.
Ce choix est on ne peut plus compréhensible, compte tenu du lien unique, presque paradoxal que le vieux a tissé avec la jeunesse. Leurs relations, qui se sont nouées et solidifiées au fil des 26 ans d’opposition de Me Wade, constituent l’un des chapitres les plus passionnants et complexes de l’histoire politique du Sénégal.
Malgré son âge avancé dans le landerneau politique sénégalais, le fondateur du Parti démocratique sénégalais (Pds), d’obédience libérale, est devenu, au fil des élections présidentielles (1978, 1983, 1988, 1993 et 2000), l’idole des adolescents et des jeunes adultes.
As de la rhétorique, il a su capter, lors de la campagne présidentielle de 1988 puis en 2000, les aspirations d’une jeunesse étouffée par la crise économique et les politiques d’ajustement structurel du régime socialiste d’Abdou Diouf, marqué notamment par l’année blanche dans les universités en 1988. A cet effet, son célèbre mot d’ordre ”Sopi” (changement) est devenu l’hymne de toute une génération.
Incarnant à la fois l’espoir et l’audace, il a su entretenir cette flamme en misant sur des slogans accrocheurs tels que ”Dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel pays tu seras”, ”Je préfère la jeunesse de mon pays aux milliards de l’étranger”.
Les jeunes, totalement conquis par le chantre du ”Sopi”, se sont massivement mobilisés dans les bureaux de vote et dans la rue, pour élire, en mars 2000, le ”Vieux” de 74 ans, réalisant ainsi la première alternance démocratique.
Toutefois, cette ferveur fusionnelle s’est progressivement transformée en désillusion, après l’arrivée au pouvoir du président Abdoulaye Wade. En effet, l’idylle s’est heurtée à la dure réalité de la gestion d’un État en quête d’une économie meilleure, d’une jeunesse désœuvrée.
Malgré les nombreux programmes en faveur des jeunes tels que le Fonds national de promotion de la jeunesse (FNPJ), l’Agence nationale pour l’emploi des jeunes (ANPJ), le Programme des bassins de rétention (PBR) et le programme Retour vers l’agriculture (plan REVA), et d’autres investissements réalisés par son régime, l’alchimie entre Gorgui et cette force juvénile s’est estompée.
Le fossé entre les deux parties s’est davantage creusé lorsque le paladin de la démocratie a décidé de briguer un troisième mandat en 2012, incertain du fait de l’usure du pouvoir. Cette même jeunesse qui l’avait porté au pouvoir douze ans plus tôt est devenue le fer de lance de sa chute politique en 2012.
Après le départ de Gorgui du palais présidentiel, la colère s’est apaisée pour laisser place à une forme de nostalgie et de reconnaissance.
Aujourd’hui, alors que le pays célèbre son centenaire, Me Abdoulaye Wade n’est plus perçu par la jeunesse sénégalaise – y compris la nouvelle génération politique – comme un adversaire, mais plutôt comme un patriarche bâtisseur, un panafricaniste visionnaire et le ”père de la démocratie sénégalaise”.
Le ressentiment a désormais laissé la place au respect pour son endurance et son legs politique.
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