SENEGAL-RELIGION-REPORTAGE
Touba, 31 juil (APS) – Des disciples ”Baye Fall” et ”Yaye Fall” sont mobilisés dans les concessions, les mosquées, les cuisines ou les lieux d’hébergement, pour assurer le bon déroulement du Grand Magal de Touba prévu ce dimanche 2 août.
A Keur Serigne Touba, la résidence réservée aux hôtes de marque du khalife général des mourides, situé au quartier Héliport, ils accomplissent avec dévouement le service désintéressé appelé ”khidma”, perpétuant ainsi un pilier essentiel de la tradition mouride.
Un peu dans l’après-midi de ce jeudi 30 juillet : le soleil écrase Touba de sa chaleur implacable, pendant que les allées de la vaste cour de la cité Keur Serigne Touba miroitent sous l’éclat du ciel.
Rien de tout cela ne semble ralentir le rythme soutenu du travail en ce lieu.
À gauche de l’entrée principale, s’élève une petite mosquée flambant neuve, aux lignes sobres et élégantes.
Edifiée en un mois seulement, elle est le fruit des ”Baye Fall” à qui le khalife général des mourides avait confié cette mission. Ils en ont fait un véritable chantier spirituel.
Les derniers coups de balai succèdent aux ultimes retouches de peinture. Certains frottent les carreaux jusqu’à les faire briller, d’autres nettoient les vitres ou balayent les allées pavées menant à la mosquée.
C’est un spectacle saisissant de voir le mouvement de leurs larges boubous, assemblages de tissus aux couleurs éclatantes contrastant avec la blancheur des murs fraîchement repeints. Les pantalons amples accompagnent chacun de leurs gestes, tandis que de longues dreadlocks, retenues sous un turban ou laissées libres, tombent sur leurs épaules. Plusieurs arborent autour du cou de longs chapelets en bois ou des colliers de perles.
Les ”Yaye Fall” se distinguent par leurs grands boubous aux couleurs vives et leurs foulards soigneusement noués. Balai, chiffon ou seau à la main, elles exécutent les mêmes travaux avec une endurance remarquable. Ici, aucune distinction n’est faite entre les tâches : chacun apporte sa contribution, selon les besoins du moment.
“Notre raison d’être est d’exécuter les instructions du Khalife”
Certains disciples travaillent en sandales, d’autres en chaussettes ou simplement pieds nus, avançant d’un pas sûr sur les carreaux encore humides.
Dans la cour, les chants religieux des ”Baye Fall” s’élèvent d’une enceinte posée à même le sol.
Les poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du mouridisme, enveloppent l’espace d’une atmosphère de recueillement.
À intervalles réguliers, un disciple lance un cri puissant auquel répondent quelques voix éparses. Loin de rompre l’harmonie, ces exclamations redonnent de l’énergie aux volontaires qui poursuivent leur ouvrage sans lever la tête.
Un jeune “Baye Fall” traverse soudainement la cour d’un pas rapide. Le visage ruisselant de sueur mais illuminé d’un large sourire, il s’arrête quelques secondes. “Tout cela, c’est seul Serigne Touba qui peut l’obtenir”, lance-t-il avant de disparaître derrière la mosquée pour reprendre son travail.
Sous les grands arbres qui offrent un peu d’ombre, les anciens observent les plus jeunes. Assis sur des nattes ou à même le sol, ils suivent attentivement l’avancement des travaux, glissant parfois quelques conseils à voix basse.
Le visage couvert de sueur, Sokhna Khady, une ”Yaye Fall” armée d’un balai, participe au nettoyage de la résidence depuis le début de la matinée. Entièrement vêtue de bleu, elle marque une courte pause avant de reprendre son activité.
“Nous travaillons uniquement pour le marabout. Chaque matin, nous recevons les consignes des responsables des ‘Baye Fall’ et des ‘Yaye Fall’. Ensuite, chacun rejoint son poste et accomplit les tâches qui lui sont confiées. Nous faisons cela tous les jours jusqu’à la fin du Magal”, explique-t-elle.
L’apport des ”Baye Fall” âgés
À quelques mètres de là, Mame Cheikh Fall suit discrètement le déroulement des opérations. Installé sous un arbre, il reçoit régulièrement des disciples venus lui rendre compte de l’état d’avancement des différentes missions.

Selon lui, cette organisation repose sur une répartition minutieuse des responsabilités.
“À chaque Magal, nous sommes mobilisés pour assurer le bon déroulement de l’événement. Certains s’occupent des bœufs destinés aux repas, d’autres de la cuisine, de l’accueil des invités, des provisions ou de l’entretien des résidences. Notre raison d’être est d’exécuter les instructions du khalife. C’est là que nous trouvons notre plus grand soulagement”, confie-t-il.
Cette philosophie du “khidma”, le service désintéressé rendu au guide religieux, irrigue toute l’organisation du Grand Magal.
Dans les concessions, les mosquées, les cuisines ou les lieux d’hébergement, des milliers de disciples se relaient plusieurs jours durant pour permettre aux pèlerins d’accomplir leur ziarra dans les meilleures conditions.
À l’écart de cette agitation, Mbaye Ngom contemple la scène avec émotion. Âgé d’environ quatre-vingts ans, il a les dreadlocks entièrement blanches. Les années ont affaibli sa voix, mais non sa foi.

“Aujourd’hui, nous sommes âgés et nous ne pouvons plus effectuer les travaux physiques. Alors nous apportons ce que nous avons au marabout. Tout ce que nous possédons, nous le remettons pour le Magal. Nous conseillons aussi les jeunes afin qu’ils poursuivent cette œuvre”, murmure-t-il.
À Keur Serigne Touba, les préparatifs du Grand Magal prennent la forme d’un engagement silencieux où chaque geste, du plus modeste au plus exigeant, est accompli avec la conviction de servir Cheikh Ahmadou Bamba.
Derrière les foules immenses qui convergent depuis quelques jours vers Touba, ce sont des milliers de ”Baye Fall” et de ”Yaye Fall” qui, dans l’ombre, donnent chaque année un visage concret au ”khidma”, pilier de la tradition mouride.
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