SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE
Dakar, 3 mars (APS) – Il est un peu plus de 13 heures à Colobane, célèbre quartier populaire de Dakar. Sous une douce fraîcheur, l’esplanade de la mosquée Massalikoul Djinane semble encore calme, offrant à certains jeûneurs la possibilité d’une bonne sieste, mais en coulisses, bénévoles et membres du dahira Khidma s’activent pour une organisation minutieuse de la rupture du jeûne, au coucher du soleil.
Au “campus du pain”, situé à l’intérieur de la mosquée, des cartons sont ouverts à la chaîne. Des milliers de miches de pain coupées avec méthode, puis garnies de chocolat, de thon ou de mayonnaise.
Les gestes sont rapides, précis. “Chaque jour, c’est le même rythme, mais avec la même détermination”, glisse Cheikh Sarr, membre de la commission organisation du “dahira” Khidma, sous-commission Restauration.
À 14 heures, une autre équipe prend le relais. Les nattes sont alignées, les espaces délimités.
Chacun connait exactement les tâches qu’il doit exécuter : certains disposent les tasses, d’autres placent les dattes, d’autres encore supervisent l’acheminement des plateaux.

“C’est une chaîne. Si un maillon ralentit, tout le reste est impacté”, explique Sarr.
À mesure que l’on s’achemine vers la fin de journée, les fidèles commencent à affluer. Des hommes en boubous clairs, des jeunes en groupes, des personnes âgées à pas mesurés. Beaucoup viennent avec l’espoir de trouver ici de quoi rompre dignement leur jeûne.
“Toute personne qui passe aux abords de la mosquée est invitée à entrer à l’intérieur. Ici, personne n’est exclu”, insiste Cheikh Sarr.
Vers 18h30, les choses s’accélèrent. Les tasses sont disposées. Les derniers plateaux ajustés.
Quinze minutes plus tard, les fidèles s’installent. Certains cherchent une place à l’intérieur, d’autres sont orientés vers l’esplanade lorsque la capacité est atteinte.

À cinq minutes de l’adhan, l’appel à la prière, le café circule rapidement entre les rangées. Les bénévoles avancent d’un pas soutenu pour servir le maximum de fidèles avant l’appel à la prière.
“Si tout le monde n’est pas servi à ce moment, sachez que plus des deux tiers sont servis avant l’adhan. C’est notre objectif chaque soir”, souligne Cheikh Sarr.
Puis, soudain, le silence. L’appel du muezzin retentit. Les mains se tendent vers les couverts, notamment les dattes. Une gorgée de café ou d’eau. Le jeûne est rompu.
Pour Cheikh Sarr, ce moment dépasse les questions de logistique. “Je ne ressens pas la même chose ailleurs durant la rupture du jeûne. Ici, à Massalikoul Djinane, ce que je ressens est fort, presque inexplicable”.
L’organisation de l’Iftar à Massalikoul Djinane s’inscrit dans les recommandations du khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, relayées à Dakar par El Hadji Mbackiyou Faye.
L’objectif, dit Cheikh Sarr, est de reproduire l’esprit d’organisation et de solidarité observé à Touba, la capitale du mouridisme.
Au départ, raconte-t-il, plusieurs “dahiras” (groupes religieux) intervenaient séparément. Elles ont été fédérées sous la bannière de la “dahira” Khidma, sur le modèle de Moukhadimatoul Khidma de Touba.
Les membres portent désormais des habits verts, symbole d’unité et de service.

Selon Cheikh Sarr, le moment le plus intense reste les minutes précédant la rupture.
“C’est une pression énorme. Tout doit être prêt à la seconde près. Les fidèles attendent, parfois avec insistance. Nous comprenons leur situation.”
Lorsque la prière du Maghreb s’achève, une autre équipe entre en action pour nettoyer et préparer les lieux pour le dîner et la suite des activités nocturnes.
Des scènes qui se répètent chaque soir, suivant une organisation millimétrée, portée par des bénévoles œuvrant dans l’ombre.
À Massalikoul Djinane, la rupture du jeûne n’est pas seulement l’occasion de prendre repas. Il s’agit surtout d’un moment pour une démonstration quotidienne de solidarité, d’endurance et de foi partagée.

AN/BK

