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Louga, 4 mars (APS) – Louga vibre au rythme de la Semaine nationale de la Femme, lancée officiellement dimanche dernier à Mbour avec la tenue d’une foire d’exposition des produits locaux. Une initiative bienvenue en ce Ramadan, période de grande consommation.
Sous de grandes tentes dressées, 120 femmes venues des départements de Louga, Kébémer et Linguère exhibent fièrement leurs produits à la Place Mansour Bouna Ndiaye, transformée pour l’occasion en un espace économique de promotion du “Made in Louga”.
À l’initiative de la gouverneure de la région, Ndèye Nguénar Mbodj, cette foire, dans le sillage de la célébration de la Journée mondiale des droits des femmes du 8 mars, vise à mettre en lumière le savoir-faire local et à valoriser l’entrepreneuriat féminin.
“Au lieu de nous contenter d’un programme de divertissement, nous avons décidé d’organiser une foire régionale pour permettre aux femmes de présenter leurs produits”, a fait savoir la présidente du comité d’organisation de la foire régionale de Louga, Marème Ndiaye.
Le changement est visible dès l’entrée de la foire. Les stands sont bien alignés, les produits soigneusement exposés, les femmes déterminées à convaincre les visiteurs de la qualité de leur travail. L’ambiance est conviviale, le cadre calibré pour la promotion du consommer local. Et le pari est réussi. “L’an dernier, la foire comptait 84 exposantes. Cette année, elles sont 120. Kébémer a mobilisé 30 femmes, Linguère 20 et le département de Louga 70”, souligne Mme Ndiaye.
Face à l’engouement, les organisateurs ont dû rajouter des tables d’exposition pour ne laisser personne en marge.

Cet enthousiasme traduit une prise de conscience collective : les femmes veulent désormais occuper une place centrale dans le développement économique de leur région.
Une participation record pour valoriser la production locale
Dans les stands, les produits 100 % locaux, oignons du Ndiambour, produits maraîchers, céréales transformées, produits halieutiques de Lompoul, de Keur Momar Sarr, etc., attirent les visiteurs. Ici, aucun produit n’est importé. “C’est la foire du ramadan +Made in Sénégal+, +Made in Louga+”, soutient Marème Ndiaye avec conviction.
Les exposantes rivalisent de créativité. Jus naturels, confitures, couscous de mil, farine enrichie, poissons transformés, etc., sont bien exposés. Chaque table raconte une histoire, celle d’une femme qui a décidé de transformer les ressources locales pour en faire une activité génératrice de revenus.
Certains visiteurs prennent le temps de goûter, de poser des questions, de comparer. Beaucoup découvrent la diversité des produits issus du terroir.
La foire régionale de Louga est une belle vitrine permettant aux femmes de gagner en visibilité et de nouer de nouveaux contacts commerciaux.

Cette forte participation témoigne du dynamisme des femmes de la région, de plus en plus engagées dans la transformation agroalimentaire et la valorisation des ressources locales. Elle montre aussi que l’entrepreneuriat féminin progresse, malgré les obstacles.
Les défis à l’autonomisation financière des femmes
Pour Adja Raky Khoulé, femme transformatrice et présidente du GIE Niakh Dieuriñu, cette initiative est une révolution silencieuse. “Avant, on chantait et on dansait. Aujourd’hui, on montre ce que nous cultivons et transformons”, dit-elle, tout en présentant des produits à base de citron et de tomate, transformés avec une durée de conservation de six mois.
Mais derrière l’enthousiasme, les difficultés persistent. “Nous avons des problèmes pour écouler nos produits et pour obtenir les autorisations nécessaires afin d’entrer dans les grandes surfaces ou exporter. Nous avons besoin d’accompagnement”, lance-t-elle.

Même son de cloche chez Aïda Sy Diop, connue sous le nom d’Aïda Louga, présidente du GIE Émergence. Elle salue l’organisation et la diversité des exposantes, mais insiste aussi sur les défis qui ont pour noms formalisation, obtention du FRA, code-barres, accès au financement.
Selon Aïda Sy Diop, beaucoup de femmes sont en train de formaliser leurs activités, mais manquent d’appui technique et financier. “Les femmes sont courageuses. Elles ont besoin d’orientation et d’un meilleur accompagnement. Les banques et les institutions financières doivent réduire les taux d’intérêt”, plaide-t-elle.
Malgré ces contraintes, la détermination reste intacte. À Louga, les femmes ne veulent plus seulement célébrer la journée qui leur est dédiée. Elles veulent produire, vendre et participer pleinement au développement économique de leur région.
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