SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE
Louga, 26 fév (APS) – La Fédération des dahiras mourides de Louga (nord-ouest) multiplie les initiatives dites “ndogou solidaires” depuis le début du ramadan, histoire de s’accorder avec l’esprit de ce mois de jeûne, temps fort de solidarité, de partage et de fraternité. Une manière aussi de contribuer à renforcer la cohésion sociale.
À l’approche de l’heure de la rupture du jeûne, une effervescence particulière gagne le quartier Artillerie de Louga. Sous une grande bâche dressée pour l’occasion, des marmites fumantes alignées à même le sol laissent échapper les arômes : riz à la viande, poisson, bouillie de mil.
Des jeunes s’activent autour des fourneaux pendant que résonnent, en fond sonore, la déclamation de khassidas, poèmes religieux écrits par Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur de la confrérie mouride.
Ici, la Fédération des dahiras mourides du département, Ahloul Hidma Wal Mouslimina, a installé son quartier général pour le ramadan. Et depuis le début du mois béni, elle organise quotidiennement des “ndogou” (repas de rupture du jeûne) destinés aux personnes vulnérables.
De grandes louches plongent dans les marmites. Le riz est servi dans des bols, le pain empilé par centaines. À quelques mètres, des femmes conditionnent les portions, pendant que d’autres équipes se tiennent prêtes à les acheminer vers les hôpitaux, la prison et certains quartiers ciblés.
Une initiative née en prison, devenue mouvement départemental
“Nous organisons ces ndogou sur instruction de Serigne Mouhamadane Mbacké, fils de feu Serigne Mourtalla Mbacké, qui représente le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké, à Louga”, explique Modou Gamo Niang, membre de l’association Ahloul Hidma Wal Mouslimina.

Cette initiative, partie d’une activité organisée à la prison de Louga, remonte à 2011. “Après cette action, Serigne Mouhamadane Mbacké a magnifié cet élan de solidarité envers les détenus et nous a demandé de le répéter, même pour un jour, durant le ramadan. Après concertation, nous avons décidé d’en faire une activité quotidienne pendant tout le mois”, raconte-t-il.
Au départ, 30 “dahiras” membres de la fédération se relayaient pour assurer un jour de distribution chacun. Quinze ans plus tard, près de 80 “dahiras”, y compris ceux des villages environnants, participent à cette initiative.
Les équipes préparent au quotidien environ 25 grandes marmites de riz et 70 marmites de bouillie de mil, sans compter les 1 000 baguettes distribuées et près de 20 kilos de café servis. Le tout financé exclusivement par des contributions volontaires recueillies après des porte-à-porte, “sans distinction de confrérie ni de religion”. Même des personnes de confession chrétienne participent à cet élan solidaire, soulignent les organisateurs.
Un acte de foi au service des plus vulnérables
Les détenus, accompagnants de malades dans les structures sanitaires, notamment à l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye, des pensionnaires de “daaras” (écoles coraniques) et des familles démunies recensées en toute discrétion par les responsables religieux de quartier sont les bénéficiaires de cette initiative.
À l’approche du coucher du soleil, les véhicules quittent le quartier général pour sillonner la ville et distribuer les repas dans les structures ciblées avant l’appel à la prière.
Pour Sokhna Marème Niang, membre du “dahira” Nourou Darayni, cette action est avant tout un acte de foi. “Nous remercions le Tout-Puissant de nous avoir donné la chance d’organiser encore ces ndogou sur instruction de notre marabout. Nous préparons du méchoui, du riz au poisson, du riz à la viande, des petits pois, parfois même de la paella, avec du café et du pain. Notre souhait est que personne ne rencontre de difficulté pour rompre son jeûne”.
Même son de cloche chez Moustapha Mbaye, coordonnateur du “dahira” Nourou Darayni. “C’est un acte de foi. Donner à manger à quelqu’un qui a jeûné toute la journée est un geste dont seul Dieu connaît la portée. Nous partageons ces plats copieux avec les malades, les détenus et les familles dans le besoin”.

Dans le quartier, l’initiative est saluée. “Chaque année, je viens ici avec des amis. Beaucoup de familles trouvent un vrai soulagement grâce à cette action. Que Dieu facilite aux organisateurs et leur donne la force de continuer”, témoigne Gora Mbodj, habitant du quartier Artillerie.
Au-delà de Louga, les organisateurs disent recevoir des sollicitations d’autres localités souhaitant s’inspirer de ce modèle de solidarité, à l’image des distributions organisées par les Baye Fall à Touba.
À Artillerie, alors que le soleil décline lentement, les dernières marmites sont refermées. Bientôt, les premiers appels à la prière retentiront. Et avec eux, la satisfaction silencieuse d’avoir transformé la foi en action concrète.
DS/BK/ASB

