À la Médina, les “safars” de quartier ravivent l’esprit de solidarité à l’approche du Magal de Touba
À la Médina, les “safars” de quartier ravivent l’esprit de solidarité à l’approche du Magal de Touba

SENEGAL-SOCIETE-RELIGION-REPORTAGE

Dakar, 28 juil (APS) – A quelques jours de la 132e édition du Grand Magal de Touba, les “safars”, moments de partage de mets et de dévotion religieuse à l’approche de cet évènement d’envergure, se multiplient dans les quartiers de Dakar. A la Médina, des jeunes ont fait de cette célébration religieuse un cadre de solidarité, de retrouvailles et de renforcement des liens sociaux entre habitants, au-delà des appartenances confrériques.

Les premières notes de tabala, un tambour traditionnel, s’élèvent dans la rue 43 de la Médina. Sous une tente blanche dressée à la hâte, de puissants haut-parleurs diffusent des chants religieux qui noient peu à peu le brouhaha habituel de ce quartier populeux.

A quelques jours du 18 Safar, date de la célébration du Grand Magal de Touba 2026 prévue le dimanche 2 août prochain, cette artère populaire de Dakar s’est transformée, le temps d’une soirée, en un lieu de partage où la ferveur religieuse se mêle à la convivialité.

En cette fin d’après-midi de juillet, la chaleur persiste malgré un soleil qui décline lentement. A ciel ouvert, deux femmes s’affairent autour de grandes marmites.

À la Médina, les "safars" de quartier ravivent l'esprit de solidarité à l'approche du Magal de Touba

Entre deux gestes, elles s’éventent pour supporter la température encore étouffante. L’odeur du poulet mijoté et des épices embaume l’air, attirant les curieux qui ralentissent le pas.

A la Médina, les “safars”-faisant allusion au deuxième mois de l’an hégirien, Safar abritant cette célébration religieuse communément appelée Magal-sont devenus un rendez-vous presque quotidien depuis l’annonce de la date du Magal. Dans ce quartier où vivent de nombreux fidèles mourides, mais aussi des musulmans d’autres confréries, ces rencontres dépassent le seul cadre religieux.

Au micro, l’animateur alterne récitations, chants religieux et hommages aux guides spirituels de la confrérie. A chaque évocation d’un khalife ou d’un marabout, quelques fidèles répondent en chœur, tandis que des enfants profitent de l’espace libéré pour improviser des parties de ‘’cache-cache’’, indifférents aux regards des adultes.

La circulation, elle, ne s’interrompt pas. Les motos slaloment entre les chaises en plastique et traversent même la tente pour rejoindre l’allée du Centenaire, située à quelques centaines de mètres.

Vers 18 h 30, un homme à la forte carrure fend la foule. Au rythme des percussions, il lève les bras et entraîne les participants dans des acclamations lorsque retentit le nom de Serigne Fallou Mbacké.

‘’Maa bëgg Serigne Fallou ! ‘’, lance-t-il à plusieurs reprises, aussitôt repris par une partie de l’assistance.

Une initiative des jeunes

Derrière cette initiative se trouve un groupe de jeunes du quartier, bien décidés à faire du “safar” un moment de rapprochement entre voisins.

Assis devant une boutique de quartier, Omar, l’un des initiateurs, observe les derniers préparatifs. Chemise noire soigneusement boutonnée, visage serein, le jeune homme explique que cette rencontre n’est pas organisée par un “dahira”, une association à vocation confrérique.

‘’ Nous sommes simplement des jeunes du quartier. Nous avons jugé nécessaire d’organiser une journée de convivialité pour inviter les voisins à mieux se connaître, renforcer les liens et cultiver la solidarité”, explique-t-il.

À la Médina, les "safars" de quartier ravivent l'esprit de solidarité à l'approche du Magal de Touba

Selon lui, cette initiative, organisée dans le cadre des préparatifs du Magal, en est à sa troisième édition. ‘’Nous avons préparé cette journée en une semaine grâce aux cotisations des jeunes et au soutien de nos aînés‘’, précise-t-il.

A l’en croire, l’objectif dépasse largement le repas partagé. ‘’Des personnes qui ne se parlaient presque jamais ont commencé à échanger. Cela permet de rapprocher les jeunes, mais aussi les anciens du quartier‘’, souligne Omar, diplômé en comptabilité-finance, aujourd’hui à la recherche d’un premier emploi.

À la Médina, les "safars" de quartier ravivent l'esprit de solidarité à l'approche du Magal de Touba

Sous la tente, les tâches sont réparties avec méthode. Les hommes s’occupent du café Touba, surveillant attentivement le dosage du sucre et des épices. Les femmes veillent sur les marmites, remuant sans relâche les sauces destinées au repas collectif.

A quelques mètres de là, un homme aux cheveux grisonnants circule, la sébile tendue aux passants pour soutenir l’organisation du repas. Sur son tee-shirt blanc figure l’effigie de Serigne Saliou Mbacké.

Les pièces tombent les unes après les autres dans le récipient, au rythme des salutations et des bénédictions échangées.

Au-delà des appartenances confrériques

Si le Magal est une célébration majeure de la communauté mouride, la rencontre organisée dans la rue 43 rassemble des habitants d’obédiences confrériques différentes.

‘’ Moi, je ne suis pas mouride. Je suis tidiane. Beaucoup de participants le sont aussi. Mais cela ne nous empêche pas d’organiser cette journée ensemble‘’, confie Omar.

Pour lui, l’esprit du Magal réside avant tout dans les valeurs qu’il véhicule. ‘’Il faut respecter ses parents avant tout. Ensuite, cultiver la paix et la solidarité entre les habitants. C’est le message que nous voulons transmettre‘’, dit-il.

Vêtue d’un ensemble noir et blanc aux motifs géométriques, assorti d’un foulard soigneusement noué sur la tête, Mame Marie Ndiaye affiche un léger sourire qui contraste avec l’ambiance qui règne autour d’elle.

Une paire de lunettes de soleil suspendue à sa tenue et une bandoulière beige complètent son allure sobre.

Pour la jeune femme, cette journée est avant tout le fruit d’un engagement collectif.  ‘’Nous avons organisé ce safar avec nos propres moyens’’, a dit Mme Ndiaye, précisant que quelques bonnes volontés du quartier leur ont apporté leur soutien.

Très impliquée dans les préparatifs, elle dit éprouver une grande satisfaction à l’approche du repas communautaire.

‘’Pour moi, poursuit-elle, c’est une forme d’aumône que je fais pour Dieu. En même temps, cette journée nous permet de retrouver des amis, des voisins et de partager un moment de fraternité. C’est ce qui fait toute sa valeur‘’.

Au-delà de la célébration du Magal, Mame Marie estime que cette initiative contribue à renforcer les liens entre les habitants du quartier.

Elle souhaite enfin voir cet esprit de solidarité perdurer au-delà de la période du Magal. ‘’Mon message à la jeunesse est de continuer dans cette voie, même en dehors du Magal”, dit-elle.

À la Médina, les "safars" de quartier ravivent l'esprit de solidarité à l'approche du Magal de Touba

”Il faut suivre le chemin de Dieu, respecter les parents et les aînés, travailler et cultiver la paix. Aujourd’hui, nous nous sommes réunis malgré nos différences. C’est cet esprit d’entraide et de fraternité qu’il faut préserver”, a-t-elle insisté.

À mesure que la nuit tombe sur la Médina, les chants religieux gagnent en intensité. Les assiettes commencent à être distribuées et les salutations se multiplient entre voisins.

Le “safar” touche progressivement à sa fin, illustrant une tradition qui, au-delà de la préparation spirituelle du Grand Magal de Touba, contribue à resserrer les liens sociaux dans l’un des quartiers les plus vivants de la capitale sénégalaise.

ID/FKS/HK/MTN