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Dakar, 24 juin (APS) – À la veille de la fête d’Achoura, communément appelée Tamkharite au Sénégal et commémorée jeudi, les ménages s’activent autour des préparatifs du traditionnel couscous de mil, plus connu sous le nom de thiéré. Pendant que certaines familles s’attellent elles-mêmes à sa préparation, d’autres préfèrent se tourner vers des vendeuses qui en ont fait une activité commerciale particulièrement sollicitée à cette période, pour des contraintes professionnelles ou simplement par incapacité à le préparer.
En cette matinée marquée par une chaleur moite, malgré le crachin tombé la veille, l’ambiance est déjà bien animée à Grand-Dakar. À quelques mètres du centre culturel de ce quartier dakarois, sous une petite tente adossée au mur de clôture de la mosquée, plusieurs femmes s’affairent autour de la préparation du précieux mets agrément d’une sauce à la viande, traditionnellement servis pour le dîner de Tamkharite.
Tamis entre les mains, mère Nafy trie minutieusement les grains de mil avant leur lavage. Dans cet espace exigu, elle se lève régulièrement pour vérifier la cuisson de la semoule, enveloppée dans un léger tissu et placée dans une assiette à vapeur appelé ”indé” en wolof, un ustensile de cuisine percé de plusieurs trous.
Elle dénonce une hausse quasi systématique des prix du mil à l’approche de la Tamkharite et des fêtes de Pâques. ‘’Le sac de 50 kilos de mil coûte maintenant 27 500 francs CFA’’, dit-elle. Poursuivant son propos, elle fait savoir que les prix actuellement pratiqués dans les marchés sont habituellement observés aux mois d’août et septembre, au moment où les stocks s’épuisent et que les nouvelles récoltes se font encore attendre.
”On s’en sort difficilement avec l’augmentation des prix’’, se désole la bonne dame, précisant toutefois que l’affluence des clients en cette période de forte demande leur permet de faire un peu plus de bénéfices.
A côté de mère Nafy, Rokhaya s’occupe, quant à elle, de la préparation de la semoule de mil, alternant gestes répétitifs à mains nues et utilisation du tamis. Dans une atmosphère rythmée par les conversations et les allées et venues, mais aussi et surtout marquée par une chaleur accablante accentuée par les fourneaux remplis de brasiers, elle s’affaire machinalement. Embouchant la même trompette, elle fustige elle aussi la hausse systématique des prix du kilogramme de mil à l’approche de la Tamkharite.
Prix du mil élevé et petite marge bénéficiaire
‘’Le mouture de 50 kg de mil se vend entre 4 500 et 5 000 francs, contre environ 4 000 francs en temps normal’’, explique-t-elle.
Le couscous préparé, fait savoir Rokhaya, est revendu à 1 500 francs le pot lorsqu’il est accompagné de ‘’lalo’’ (poudre de feuille de baobab). Sans cet accompagnement, le prix descend à 1 400 francs. ”Le pot équivaut à environ un demi-kilogramme”, renseigne-t-elle, précisant que la marge bénéficiaire n’est pas assez importante, au vu du travail qu’elles abattent. ”Préparer du couscous de mil demande du temps, de l’énergie et surtout une bonne maîtrise du procédé”, indique-t-elle.
”Certaines femmes préfèrent acheter parce que c’est fatigant et que le processus est long. Il faut aller au marché acheter le mil décortiqué, le nettoyer soigneusement, le tremper pour faciliter la mouture. Ensuite vient la préparation de la semoule, qui demande beaucoup d’efforts, avant la cuisson à vapeur”, renchérit-elle.
Un peu plus loin, au quartier Kogne Bu Yaatu, en remontant les allées Cheikh Sidaty Aidara , à Niary Tally, Yandé vend du couscous de mil, elle aussi. La jeune femme prépare du thiéré exclusivement sur commande.
Alors qu’elle s’apprête à se rendre au marché, elle invite à prendre place sur un banc installé près du portail de sa maison. ”J’ai beaucoup de commandes”, lâche-t-elle dans un soupir qui en dit long sur l’intensité de la journée qui l’attend. Elle livre des commandes et facture 2 000 francs CFA le kilogramme de mil transformé en thiéré.
”La préparation du couscous de mil est fastidieuse. Ce qui rebute beaucoup de femmes’’, explique-t-elle. Pour Yandé, deux mille francs CFA pour 1 kg est plutôt un prix abordable, ‘’encore que c’est moi qui fais tout, de l’achat du mil à la cuisson”, dit-elle, reconnaissant néanmoins que certaines femmes recourent à l’achat par manque de temps.
Selon elle, au-delà des commandes de ses clientes, elle doit également préparer le couscous destiné à sa propre famille et à sa belle-mère. En professionnelle aguerrie, elle ne rechigne pas à partager sa recette. ‘’Je procède à une pré-cuisson du couscous afin de permettre une meilleure conservation et, avant de le consommer, il faut le cuire une seconde fois ou simplement l’imbiber d’eau bouillante pour le rendre plus digeste”, explique la jeune dame.
Commémoration islamique marquant le dixième jour du nouvel an musulman, Tamkharite n’en est pas moins une occasion de ripaille et de générosité matérialisée par la préparation du thiéré et son partage entre amis, parents et proches.
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