SENEGAL-ELEVAGE-REPORTAGE
Diourbel, 14 avr (APS) – La flambée du prix de l’aliment de bétail impacte fortement l’activité des éleveurs dans la région de Diourbel (centre), à quelques semaines de la Tabaski, également appelé fête du mouton, un rendez-vous crucial pour le secteur autant que pour les consommateurs.
Sous un soleil de plomb, au marché hebdomadaire des petits ruminants de Bambey, les tas de fanes d’arachide, de sacs d’aliments de bétail “ripasse” attirent les regards, mais très peu d’acheteurs sont en mesure de s’en procurer. Ici, l’ambiance est lourde, en raison de la cherté de l’aliment de bétail.
Comme chaque lundi, le brouhaha des grands jours rythme le marché des petits ruminants de Bambey, où vendeurs et clients continuent de marchander au quotidien sous une chaleur accablante, à mesure que ce foirail, situé non loin du CDEPS de cette commune, se remplit de bêtes.
Mais ce sont surtout les sacs de fanes d’arachide et de “ripasse”, de foin ou de coque de coton qui attirent le plus l’attention des éleveurs et des visiteurs venus s’approvisionner pour engraisser leurs sujets.
Le constat qu’ils font est unanime : l’aliment de bétail est devenu inaccessible en raison de prix jugés exorbitants.
”L’année dernière, avec 10.000 francs CFA, je pouvais nourrir mon troupeau pendant plusieurs jours. Aujourd’hui, ce n’est même plus possible”, confie Sanou, éleveur.
La fane d’arachide, aliment de base du bétail dans cette zone du bassin arachidier, a vu son prix quasiment tripler en quelques mois, selon les acteurs du marché. Une situation qui désorganise profondément les habitudes d’élevage.
A quelques mètres de là, Gorgui Diouf, également éleveur à Bambey, ne cache pas son inquiétude. “Nous sommes obligés de réduire les rations. Les animaux maigrissent. Si cela continue, nous allons droit vers des pertes”, prévient-il.
Dans les boutiques d’aliments pour bétail, les commerçants confirment cette tendance haussière. Le sac de “repass”, autre composant essentiel, est passé de 9.000 à 13.000 francs CFA, une hausse brutale que beaucoup d’éleveurs peinent à supporter.
Mais le coup le plus dur reste la raréfaction de la coque de coton, habituellement importée du Burkina Faso et du Mali.
Longtemps considérée comme une alternative plus abordable, elle est aujourd’hui presque introuvable ou vendue à des prix jugés excessifs.
A Diourbel, Khadim, éleveur, évoque une situation “sans précédent”. “Même quand l’aliment est disponible, les prix sont trop élevés. On ne peut pas continuer comme ça. Il faut que l’État intervienne”, dit-il.
Face à cette crise, les éleveurs tentent de s’adapter tant bien que mal. Certains se rabattent sur des solutions locales, tandis que d’autres réduisent la taille de leur cheptel pour limiter les charges. Mais tous redoutent les mois à venir.
En ligne de mire, la Tabaski, moment crucial pour les éleveurs. “Si les coûts continuent d’augmenter, nous n’aurons pas le choix, le prix des moutons va suivre”, avertit Gorgui Ngom.
Face à cette situation, les éleveurs réclament une régulation des prix, un meilleur contrôle du marché et des mesures de soutien afin d’éviter une crise plus profonde.
En attendant une éventuelle réaction des autorités, à Bambey comme à Diourbel, nourrir le bétail est devenu un défi quotidien.
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