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Dakar, 30 juin (APS) – La qualification du Sénégal pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, après un début de tournoi compliqué, a redonné le sourire aux vendeurs de maillots de Colobane, qui espèrent voir les Lions prolonger leur aventure pour relancer un marché encore loin de l’effervescence de la dernière Coupe d’Afrique des nations.
Au rond-point Colobane, célèbre place marchande de Dakar, l’ambiance a des allures de petite foire du football. Des centaines de maillots suspendus à une grille métallique font le tour de ce lieu prisé en cette fin de mois de juin.
Alignées les unes contre les autres, les tuniques dessinent une longue fresque de couleurs : le vert du Sénégal, le jaune du Brésil, le blanc du Real Madrid, le bleu de Chelsea ou d’autres couleurs de clubs européens.
Au moindre souffle de vent, les maillots se balancent doucement, comme des drapeaux de supporters flottant avant un match décisif.
Les vendeurs ont transformé la clôture du rond-point en une véritable boutique à ciel ouvert : casquettes et maillots sont soigneusement accrochés malgré la poussière soulevée par les voitures, les bus et les motos défilant à quelques mètres d’eux.
Debout depuis les premières heures de la journée, ils scrutent les passants, prêts à accrocher un client potentiel au moyen d’un sourire ou d’un simple “Patron, regarde le nouveau maillot !”.
Le vacarme incessant de la circulation fait partie du quotidien de ces jeunes débrouillards, pour la plupart originaires de localités de l’intérieur du Sénégal, venus tenter leur chance dans le commerce informel.
Un peu plus loin, un jeune homme vêtu du maillot vert des Lions du Sénégal se tient fièrement devant son étal de fortune. Quelques casquettes sont empilées sur une barrière métallique, tandis que des maillots sont suspendus à des cintres improvisés.

Son visage porte les marques d’une longue journée passée sous le soleil de Dakar, mais son regard est plus serein qu’il y a quelques jours.
Vendeur de maillot depuis presque un an, Ameth Niasse, originaire de la région de Kaolack (centre) se montre disponible.
Avant de se lancer dans ce commerce, le jeune homme vendait des accessoires de téléphones, écouteurs, chargeurs et pochettes. “Je me suis reconverti dans la vente de maillots parce que j’ai constaté que ce commerce marchait bien. Au Sénégal, la plupart des supporters expriment leur joie et leur amour pour leurs équipes à travers le port des maillots. En tant que commerçant, on observe ce qui fonctionne et on s’y lance”, explique-t-il.
Ameth, qui a arrêté ses études en classe de quatrième après un passage à l’école coranique, reconnaît toutefois que cette Coupe du monde n’a pas démarré sous les meilleurs auspices pour les vendeurs de Colobane. “Les ventes n’ont pas vraiment décollé. Le marché ne fait pas rêver. Contrairement à l’époque de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), où les commerçants y trouvaient largement leur compte, aujourd’hui, c’est compliqué”, dit-il avec conviction.
Les deux premiers matchs du Sénégal, soldés par des défaites, ont même plongé plusieurs commerçants dans le doute. “Il y a eu un moment où nous étions découragés. Mais depuis la qualification des Lions pour les seizièmes de finale, nous constatons une véritable ruée vers le maillot du Sénégal. Dieu merci ! Cela nous a redonné confiance”, confie le natif de Kaolack.
Autour de lui, quelques clients s’arrêtent pour toucher les maillots ou demander les prix. Le vert de la sélection sénégalaise semble attirer davantage les regards. Les maillots de l’équipe nationale sont vendus entre 3.000 et 5.000 francs CFA, selon les modèles et leur qualité.
“Les maillots de la Coupe du monde ont un caractère plus original et plus recherché”, souligne le vendeur, précisant que les fournisseurs installés à Sandaga ou à Colobane s’approvisionnent eux-mêmes auprès de grossistes travaillant avec la Chine.
Malgré ce regain d’activité, des difficultés subsistent. “Les fumées d’échappement nous rendent souvent malades. La police et les agents de la mairie nous chassent régulièrement”, a soutenu le jeune Niasse. “Pour nous protéger de la fumée, nous portons parfois des masques, même sous le soleil brûlant”, dit-il.

Le parcours des Lions, moteur d’une petite économie
À quelques mètres de là, Seydou, originaire du Fouta (nord) et installé à Colobane depuis un an, partage le même sentiment, sorte de soulagement et de prudence mêlés. “Ces derniers temps, les affaires avancent lentement, pas du tout comme lors des précédentes éditions. On dirait que les clients ne sont pas encore très confiants”, déclara-t-il.
Pourtant, lui et ses collègues ont constitué d’importants stocks de maillots, convaincus que les Lions pouvaient franchir le premier tour. “Nous espérons que les clients viendront davantage, car nous sommes convaincus que le Sénégal peut aller encore plus loin dans cette Coupe du monde”, ajoute-t-il.
En attendant, il dit se contenter parfois d’un bénéfice de 2.000 ou 3.000 francs CFA au terme d’une journée de travail. “Quand tu rentres chez toi avec un bénéfice de 2.000 ou 3.000 francs pour répondre à tes besoins, tu ne peux que remercier le Bon Dieu”, dit-il, le regard tourné vers les maillots suspendus devant lui.
Comme Ameth, il déplore les déguerpissements récurrents. “La mairie nous chasse, tout comme la police, alors que nous n’avons nulle part où aller”, regrette-t-il.
Ici, chaque pièce compte. “Nous payons une taxe journalière de 100 francs CFA. C’est pourquoi nous ne négligeons même pas 200 francs”, affirme-t-il.
Non loin de là, en prenant la route menant au petit rond-point faisant face à la mosquée Massalikoul Jinan, un autre vendeur garde un œil attentif sur les passants. À l’abri du soleil de plomb, Bara a trouvé refuge dans la petite boutique de son père, commerçant à Colobane depuis plus d’une vingtaine d’années.
Originaire de Touba (centre), le jeune homme, aux cheveux lisses, se montre réservé. Taciturne, il s’exprime d’une voix à peine audible, mais accepte volontiers de livrer son sentiment.
Comme les autres vendeurs du rond-point, il reconnaît que les affaires étaient au ralenti avant le troisième match des Lions. “Avant le match Sénégal-Irak, les choses ne bougeaient pas”, affirme-t-il, le regard fixé sur quelques maillots suspendus dans la boutique.
Depuis la qualification des Lions pour les seizièmes de finale, il dit percevoir un changement. “Je vois que les gens commencent à venir. Dans la journée, j’ai déjà vendu trois maillots alors qu’il n’est que midi. C’est un soulagement”, se réjouit le jeune homme, élève en classe de quatrième.

Contrairement à Ameth et Seydou, Bara estime que les principales difficultés des vendeurs de maillots ne résident pas dans les opérations de déguerpissement.
“Notre véritable problème, c’est l’écoulement des maillots après la compétition. Une fois la Coupe du monde terminée, les gens n’achèteront plus ces maillots. Pour nous en débarrasser, nous serons obligés de les brader afin de récupérer l’argent investi”, explique-t-il.
Malgré cette inquiétude, le jeune commerçant reste optimiste. Comme ses voisins de Colobane, il espère que le parcours du Sénégal se prolongera encore.
À Colobane, chaque victoire des Lions vaut plus qu’une simple qualification, les bons résultats de l’équipe nationale nourrissent aussi l’espoir de ces jeunes vendeurs qui rêvent, eux aussi, d’une prolongation de leur aventure.
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