SENEGAL-SANTE-PROFIL
Tivaouane, 11 fév (APS)- Sage-femme en service à l’hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh de Tivaouane, Zeinabou Ka Diop se distingue par une bienveillance rare, dans un contexte où le manque d’empathie supposé du personnel soignant fait très souvent débat. Sans le chercher vraiment, cette maïeuticienne inspirée par sa foi, s’est imposée en gardienne du principal établissement sanitaire de la capitale de la Tidjania du Sénégal.
Un matin comme un autre, dans le couloir immaculé de la maternité de l’hôpital où elle officie, la voix douce mais assurée de Zeinabou Ka Diop se détache sur un fond de pas pressés. Sa blouse blanche, impeccablement boutonnée, reflète autant son professionnalisme que sa fierté d’exercer le métier de sage-femme.
Les yeux pétillants derrière ses lunettes, elle accueille une patiente comme on reçoit une parente, avec cette chaleur qui rassure les malades, quelquefois bien plus que la compétence de tel ou tel autre personnel soignant.
Âgée d’une quarantaine d’années, Mme Diop, plus qu’une sage-femme, est l’héritière d’un long fil tissé entre science, foi et mémoire familiale.
Née à Dakar, elle a grandi dans le quartier de la Sicap Liberté 5, bercée par l’appel à la prière et la voix grave de son défunt père, imam du quartier, qui prêchait chaque vendredi à la Grande mosquée de Dieuppeul.
Sa mère, d’une piété exemplaire, a énormément contribué à cet héritage spirituel par l’éducation stricte mais lumineuse qu’elle lui a inculquée: la foi, l’abnégation et l’amour du Saint Coran.
Le don de soi, la modestie et la sobriété sont la marque de fabrique de Zeinabou, des qualités qui lui viennent d’abord et avant tout de ses parents, mais également de son parcours de “doomu daara” (personne passée par l’école coranique).
Un parcours façonné par l’engagement et la foi
Son parcours scolaire débute à l’école Liberté 6B où elle obtient son CFEE en 1992, avant de poursuivre son cursus au CEM Ousmane Socé Diop jusqu’en 4ᵉ.
En 1997, alors qu’elle devait entamer la 3ᵉ, un événement familial change son itinéraire: son grand frère, professeur de mathématiques affecté à Saint-Louis, souhaite qu’elle le rejoigne pour tenir compagnie à son épouse.
Zeinabou est alors transférée au lycée technique André Peytavin, où elle décroche son BFEM en 1999.
La littéraire pure s’oriente alors vers la série G, mais échoue au second tour du Baccalauréat à cause des mathématiques.
De retour à Dakar, elle reprend la Terminale au lycée technique Maurice Delafosse. Ses efforts sont récompensés par un Bac obtenu en 2002, avec la mention “Bien”.
Choix du cœur et bénédiction
Inscrite à la FASEG – Faculté des sciences économiques et gestion- de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, elle découvre la vie universitaire et ses longues grèves.
Déterminée à intégrer rapidement le monde du travail pour soutenir sa mère, elle passe plusieurs concours, en réussit deux prestigieux. Devenir assistante sociale ou sage-femme, l’embarras du choix est réel, mais ses parents lui conseillent finalement de se diriger vers la profession de sage-femme.
Zeinabou, forte de la bénédiction de ses derniers, emprunte cette voie et obtient son diplômé d’Etat en 2006, après trois années intenses à l’École nationale de développement sanitaire et social (ENDSS) de Fann, à Dakar.
Fidèle à sa devise ”zéro vacances”, elle consacre chaque période libre à des stages dans les plus grands hôpitaux de Dakar (Principal, Le Dantec, Abass Ndao, Polyclinique), s’imprégnant des exigences de sa future profession tout en élargissant ses connaissances.
En 2024, portée par la soif d’en apprendre toujours plus sur sa profession, elle obtient à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis une licence, puis un master 1 en soins infirmiers et obstétricaux.
‘’Aider à donner la vie, il n’y a rien de plus noble et de plus mystérieux’’, confie Zeinabou, qui embrasse avec passion sa nouvelle profession, consciente qu’il n’existe pas de bienfait plus grand que celui promis aux sages-femmes, ces vigies de celles qui donnent la vie.
Mme Diop peut compter sur des racines solides, dans un secteur où tout peut s’écrouler d’un coup, où la moindre erreur peut être fatale.
Si ses parents sont originaires de Gambie, le souffle du Fouta bat dans ses veines. De son arrière-grand-père paternel, Mame Mass Ka, missionnaire de l’islam et fondateur du village de Médina Baye Mass Ka, elle tient la détermination et le goût du service rendu. Par cet ancêtre, elle est aussi descendante directe de Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), fondateur du mouridisme, Mame Mass Ka étant l’oncle du saint homme.
Du côté maternel, elle se rattache à deux figures majeures de l’islam ouest-africain : l’Almamy Maba Diakhou Ba (1809-1867), résistant et chef religieux de Nioro, et Mame Thierno Aliou Dème, érudit de Sokone.
Engagement discret pour mission sensible
Depuis 2013, Zeinabou Ka Diop est le point focal de la prévention de la transmission mère-enfant du VIH/SIDA à la maternité de l’hôpital Mame Abdoul Aziz Dabakh de Tivaouane.
Une responsabilité exigeante, assumée avec constance et délicatesse, consistant à assurer le suivi prénatal et postnatal des femmes vivant avec le VIH, ainsi que celui de leurs nouveau-nés.
‘’C’est une population très sensible et complexe’’, explique-t-elle. ‘’ [Les femmes] portent à la fois le poids de la grossesse et celui de la maladie, souvent dans le secret, car beaucoup ne révèlent pas leur statut’’.
Dans ce contexte, la discrétion n’est pas seulement une obligation professionnelle, c’est un gage de confiance et de dignité.
Depuis près de douze ans, elle mène cette mission avec grande satisfaction. Et les résultats sont là : environ 80 % des bébés suivis naissent séronégatifs dans le plus grand établissement hospitalier de la commune de Tivaouane.
”Alhamdoulilah!”, souffle-t-elle, reconnaissante, surtout consciente que cette réussite est surtout un témoignage de bénédiction et une incitation à plus de rigueur.
Science et lumière
Entre deux gestes techniques, en consultation ou pendant les accouchements, on devine chez elle la prière silencieuse, le souvenir des anciens et la certitude que chaque vie accueillie est une victoire partagée entre science et bénédiction.
Le directeur de l’hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh de Tivaouane, Yoro Diagne, ne tarit pas d’éloges à son endroit: ‘’Mme Diop est une passionnée du travail bien fait, dit-il. Les nombreux retours sur son professionnalisme et son dévouement constituent un grand espoir pour notre établissement. C’est une fierté d’avoir une blouse blanche aussi consciencieuse.’’
Dans un métier où chaque geste compte et où chaque minute peut servir à sauver une vie, elle incarne cette rencontre rare entre rigueur médicale et lumière spirituelle.
Ses patientes repartent la plupart du temps avec un sourire et peut-être, dans une partie du cœur, la conviction d’avoir croisé non seulement une professionnelle, mais aussi une gardienne de vie.
MKB/BK/ASB/ABB

