SÉNÉGAL-CITOYENNETE-ACTIVISME
Dakar, 17 oct (APS) – Le sociologue Abdoulaye Niang a appelé, samedi, la société civile sénégalaise et africaine, de manière générale, à se libérer de l’influence des partis politiques et des financements extérieurs pour s’affirmer comme une ”véritable force de pression souveraine”.
“La trajectoire de la société civile est trop souvent dictée par des logiques partisanes et des opportunités financières à court terme”, a-t-il notamment déclaré, l’invitant à ”refondation guidée par l’expertise scientifique et les aspirations populaires”.
Le professeur Abdoulaye Niang s’exprimait ainsi lors de l’assemblée générale du Collectif africain de la paix (CAP) dont il fut le président.
Selon lui, “nous avons aujourd’hui une société civile soumise à la carte publique, une société civile inconsistante”, ajoutant qu’elle ”se situe d’un côté et demain de l’autre, au gré de ses intérêts avec tel ou tel parti politique”.
Une organisation qui agit de la sorte ”n’a aucune souveraineté”, a affirmé le chercheur pour qui ”la véritable souveraineté d’une société civile réside exclusivement dans son rapport avec la base”.
”C’est à la communauté locale de dicter les orientations et les positions” d’une organisation de la société civile”, a-t-il indiqué, soulignant que ”l’action citoyenne doit impérativement répondre à des valeurs endogènes et ancrées, partagées par les populations”.
“Une société civile ne doit reconnaître aucune autre autorité que celle qui s’exprime à travers la voix de la communauté pour formuler ses besoins et ses aspirations au changement”, a insisté le sociologue.
Cette quête d’autonomie de la société civile passe également, selon lui, par une révision drastique de son modèle de financement.
Il a ainsi exhorté les organisations se réclamant de la société civile à ne mobiliser que des ressources provenant de partenaires partageant strictement leurs principes de mission et d’indépendance, et refusant toute forme de subordination financière.
Pour opérationnaliser cette nouvelle dynamique, l’universitaire pense qu’une société civile souveraine doit nouer “un partenariat actif” avec les médias afin de vulgariser les grands enjeux de l’heure et de s’assurer que ses messages soient entendus et compris par le peuple.
Selon lui, l’institutionnalisation d’un conseil scientifique est “indispensable” pour que l’action citoyenne s’alimente de la recherche et de l’expertise, garantissant ainsi la crédibilité de ses propositions face aux décideurs.
C’est dans la constitution d’une force de pression respectée que la société civile pourra “bâtir un rapport de force constructif et de formuler des propositions alternatives crédibles”, a-t-il indiqué.
Le professeur Abdoulaye Niang a dans le même temps invité les acteurs engagés à sortir des logiques d’allégeance pour bâtir “des institutions citoyennes respectables, capables de porter la voix des sans-voix et d’influencer durablement les politiques publiques”.
CS/ABB

