Une experte met en exergue le potentiel et les contraintes du secteur de la bauté
Une experte met en exergue le potentiel et les contraintes du secteur de la bauté

SENEGAL-COSMETIQUES-PERSPECTIVES

Dakar, 11 sept (APS) – L’experte en cosmétiques Aminata Thior préconise une stratégie d’industrialisation centrée sur des segments particuliers du secteur de la cosmétique et de la beauté au Sénégal, un marché au potentiel important de l’ordre de quelque 1300 milliards de francs CFA, mais qui se trouve brouillé, dit-elle, par l’action de “nouveaux arrivants”.

“En 2025, notre étude estime la taille du marché de la beauté et du cosmétique au Sénégal à environ 2 milliards d’euros, soit 1300 milliards de FCA sur les segments produits capillaires naturels, skincare (produits de soins pour la peau), maquillage, make-up et parfumerie de grandes marques’’, explique la fondatrice de “Setalma”, un média en ligne spécialisé dans l’information sur le marché de la beauté et des cosmétiques en Afrique francophone.

Elle précise, dans un entretien accordé à l’APS dans le cadre de la Journée mondiale de la beauté, commémorée le 9 septembre, que les données de cette étude ne concernent que le circuit formel. 

Aminata Thior soutient que le segment ‘’produits naturels capillaires’’ principalement se distingue par sa forte croissance. 

Aussi préconise-t-elle la création d’écoles spécialisées dans la manipulation de cheveux afro, parallèlement à la multiplication de salons de coiffure et d’autres initiatives devant permettre de former plus d’entrepreneurs et de gestionnaires  pour accompagner la croissance du secteur.

Il faut, de la même manière, plus de laboratoires, de chimistes, de cosmétologues et de dermatologues pour industrialiser ce secteur, selon l’ancienne ingénieure en télécommunications, qui vit entre la France et le Sénégal.

Elle insiste sur le potentiel du secteur, qui inclut des segments tels que le maquillage, les produits capillaires naturels, les soins pour la peau et la parfumerie.

“Autant il y a deux voire trois laboratoires connus dans la formulation de produits capillaires et skincare au Sénégal, autant il n’y a aucun laboratoire qui sait faire du maquillage aujourd’hui au Sénégal’’, dit Aminata Thior, par ailleurs journaliste.

Elle désigne un marché “en pleine explosion’’ qui connaît toutefois un revirement depuis 2017-2018 avec l’arrivée des acteurs locaux qui, de plus en plus, prennent leur place en créant des produits pour la peau et les cheveux. 

Un marché ‘’brouillé’’ par de nouveaux acteurs

‘’Ces deux dernières années, de nouveaux acteurs ont brouillé cet avancement du secteur de la beauté et des cosmétiques au Sénégal’’, tranche l’experte en cosmétiques.

“C’est toute cette vague de vendeuses de produits dépigmentants ou non réglementés qui sont apparus sur TikTok et qui sont au-devant. Malheureusement cela brouille ce qu’il y a de bon dans le marché de la beauté et des cosmétiques au Sénégal’’, déclare-t-elle.

Il y a deux ans de cela, ce marché pouvait être considéré comme “extrêmement porteur”, mais actuellement, elle dit constater “un marché brouillé” par de nouveaux acteurs, ce qui donne l’impression qu’il n’a pas de potentiel.

Aminata Thior pointe un danger lié à l’activité de ces nouveaux acteurs dont les produits ne sont pas réglementés.

‘’Parce qu’on ne sait pas comment ces produits sont fabriqués. Parce qu’il y a absolument zéro contrôle sur l’origine des ingrédients, comment les choses sont fabriquées”, dit-elle, avant d’ajouter : “Je ne mets pas cela dans le domaine de la beauté et des cosmétiques”.

“Quand on fait des études, par exemple, on essaie de comprendre, de voir ce qui se passe. On ne peut pas aller plus dans les données là-dessus. Parce qu’on sait très bien que ces produits ne sont pas sûrs’’, affirme-t-elle.

Afrique, un marché de 9 milliards d’euros

Le rapport Setalma évalue à 9 milliards d’euros, soit près de 6 mille milliards de francs CFA en 2025, le marché  de la beauté et des cosmétiques au Sénégal, au Cameron et en Côte d’Ivoire, relativement aux segments skincare, produits capillaires naturels, parfumerie de grandes marques et maquillage.

Il était évalué à 5 milliards d’euros en 2020 sur les mêmes segments et dans ces 3 pays, fait-elle savoir.

Pris séparément, la fondatrice de Setalma note que ce secteur pèse 3,6 milliards d’euros en Côte d’Ivoire et 3 milliards d’euros au Cameroun en 2025.

Spécialisée dans la beauté et les cosmétiques depuis 2015, Aminata Thior a quitté son poste d’ingénieure en télécommunications pour fonder Setama, un média spécialisé dans ce secteur.

FKS/BK/SMD