SENEGAL-AGICULTURE-ENJEUX
Dakar, 26 déc (APS) – Une étude publiée dans la revue Innovations Agronomiques (2025) par des chercheurs issus de différentes structures d’enseignement et de recherche, dont l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), met en lumière l’essor de la culture du niébé dans les exploitations rurales sénégalaises et appelle à une approche systémique de son développement.
L’étude souligne en particulier les importantes opportunités socioéconomiques et écologiques de cette pratique culturale considérée comme stratégique pour les agricultures familiales.
Le niébé occupe une place croissante dans les exploitations rurales au Sénégal, peut-on lire dans l’article conduit par Cathy Clermont-Dauphin, chercheure affiliée à ISRA-BAME (Bureau d’analyses macro-économiques) et à l’IRD.
Les autres chercheurs de cette étude intitulée ”La culture du niébé au Sénégal : plaidoyer pour une vision systémique de son développement”, viennent notamment de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de l’institut Agro de Montpellier, du CIRAD, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, et de l’Ecole nationale supérieure d’agriculture (ENSA) de Thiès.
L’étude menée dans deux zones dites pédoclimatiques contrastées (Louga et Kaffrine) montre que l’essor de la culture du niébé obéit à des “logiques différentes” et soulève autant d’opportunités socioéconomiques et écologiques dans un contexte de transition agricole et d’autosuffisance alimentaire.
“Notre étude a souligné l’importance des facteurs socio-économiques et environnementaux dans les stratégies de culture du niébé au Sénégal”, renseignent les auteurs. Ce travail de recherche visait essentiellement à mettre en lumière “la nécessité d’une approche systémique pour améliorer la production, en tenant compte de la diversité des exploitations et des services écosystémiques fournis par les légumineuses”.
Dans cette perspective, relève le texte, “si les politiques de soutien en zone sahélienne ont stimulé la production du niébé, elles ont aussi eu comme effets pervers de réduire la diversité des espèces cultivées et le contrôle naturel des pestes”.
En zone soudano-sahélienne par exemple, ajoute le texte, les politiques de soutien au niébé devraient veiller à assurer “l’optimisation des synergies entre cette légumineuse et le mil sur les plans à la fois nutritionnel, agronomique et écologique”.
Culture de rente au nord, d’appoint au centre
L’expansion rapide du niébé depuis la structuration de la filière en 2014 a entraîné une hausse notable des superficies et des rendements, surtout dans la zone sahélienne, s’est félicitée l’étude.
En zone sahélienne, représentée par le département de Louga (nord), le niébé s’est imposé comme une culture de rente dopée par les soutiens publics, les variétés améliorées et l’usage d’intrants, selon les chercheurs.
Ils ajoutent que les producteurs y recherchent avant tout des revenus rapides dans un environnement marqué par une “forte contrainte hydrique”.
À l’inverse, à Kaffrine (centre), qualifié de zone soudano-sahélienne, le niébé reste une “culture secondaire”, cultivée à faible densité en association avec le mil ou l’’arachide.
Principalement destiné à l’autoconsommation et à l’alimentation animale, il mobilise peu d’intrants et s’insère dans des systèmes de production diversifiés, informe l’étude. Son adoption dépend également de facteurs sociaux et fonciers, notamment la disponibilité de terres éloignées et le déficit de main-d’œuvre dans certaines exploitations, peut-on lire dans la publication.
Elle rappelle également que cette légumineuse, riche en protéines et source de revenus complémentaires, joue un “rôle clé dans l’alimentation des ménages et des cheptels”, ajoutant : “Les producteurs interrogés mettent également en avant son cycle court, qui contribue à réduire la période de soudure précédant les récoltes de mil”.
Pratiques paysannes et stratégies de résilience
La culture du niébé “fournit par ailleurs des services écologiques majeurs” : contribution à la biodiversité des champs, fixation de l’azote atmosphérique, amélioration de la fertilité des sols et résilience des systèmes agricoles, a encore fait valoir l’article de huit chercheurs.
Ces derniers insistent également sur le fait que les bénéfices de cette culture sont davantage reconnus en zone soudano-sahélienne, où le niébé reste intégré à des logiques agroécologiques, tandis qu’en zone sahélienne, la priorité donnée à la rentabilité marchande limite la valorisation de ces fonctions.
Les auteurs de l’article plaident toutefois pour des politiques adaptées aux réalités locales, allant dans le sens de concilier “performance économique, maintien de la biodiversité cultivée et stabilité écologique des agrosystèmes”.
À la croisée de l’économie paysanne et de l’écologie des sols, le niébé est présenté par l’étude comme une “culture pivot” dont l’avenir dépendra de la capacité des politiques publiques à reconnaître la diversité des territoires et la richesse des savoirs paysans qui le font vivre, selon les auteurs de cet article scientifique.
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