Un universitaire relève le ‘’paradoxe’’ infrastructurel de la ville de Ngaye Méckhé
Un universitaire relève le ‘’paradoxe’’ infrastructurel de la ville de Ngaye Méckhé

SENEGAL-COLLECTIVITES-DEVELOPPEMENT

Ngaye Méckhé, 24 fév (APS) –L’enseignant-chercheur Mouhamed Lome, de l’université numérique Cheikh-Hamidou-Kane, relève, dans une tribune parvenue à l’APS, le ‘’paradoxe’’ de la commune de Ngaye Méckhé (ouest) en matière d’infrastructures : une ville dotée au cours des quinze dernières années d’importantes infrastructures dont elle ne tire pas de retombées tangibles.

‘’Ngaye Méckhé : le paradoxe des infrastructures sans impact’’ est le titre du texte de M. Lome. Selon lui, l’artisanat, l’une des principales activités économiques de la ville, est une illustration parfaite de l’asymétrie qu’il y a entre les importants investissements réalisés et leur impact quasi inexistant sur la vie des habitants de Ngaye Méckhé.

‘’Au fil des années, Ngaye Méckhé a bénéficié d’investissements publics importants destinés à structurer le secteur de l’artisanat, en particulier la filière cuir et peaux, l’un [de ses] marqueurs historiques et économiques’’, signale l’enseignant-chercheur.

Il fait remarquer que ‘’plusieurs équipements restent aujourd’hui en attente d’une mise en [service] effective ou d’une intégration à une stratégie globale d’animation économique’’.

Selon Mouhamed Lome, spécialiste du développement local, le site d’exposition et de commercialisation de l’artisanat (SECA) de la ville est aussi un bon exemple du paradoxe entre les investissements effectués et le manque de dynamisme économique de cette collectivité territoriale. Le SICA, inauguré en 2015 dans cette commune rendue célèbre par la qualité de son artisanat, est resté ‘’sous-exploité’’, observe M. Lome.

Selon lui, le centre des ressources artisanales construit à Ngaye Méckhé et doté d’équipements d’une valeur de 200 millions de francs CFA tarde à jouer son rôle : la formation des artisans.

La mini-tannerie de la ville ne dispose pas des aménagements techniques complémentaires nécessaires à son fonctionnement optimal, note l’auteur de la tribune. La construction du centre de formation aux métiers des peaux et cuirs est suspendue, selon lui. Les travaux entamés en 2022 ne devaient durer que dix-huit mois.

‘’Transformer les investissements existants en véritables leviers de développement local’’

La tannerie industrielle moderne annoncée de Ngaye Méckhé, un investissement de 5 à 8 milliards de francs CFA, tarde à franchir le stade de projet, selon Mouhamed Lome. Le village artisanal de la ville est resté en chantier, signale-t-il, rappelant que la première pierre a été posée en 2007.

D’autres infrastructures non artisanales subissent le même sort, selon l’enseignant-chercheur. La salle des fêtes de la mairie, par exemple, est fermée.

La zone industrielle de Ngaye Méckhé, qui a fait rêver les artisans et les habitants de la ville, est dépourvue d’aménagements susceptibles d’attirer des investisseurs, selon M. Lome. Les jardins publics sont ‘’faiblement fréquentés, faute d’équipements adaptés’’, le marché au poisson est ‘’insuffisamment équipé’’, malgré sa mise en service, tandis que le foyer des femmes est dans un ‘’état de vétusté avancé’’, écrit-il.

Mouhamed Lome signale, par ailleurs, la ‘’dégradation avancée’’ de la voirie urbaine, le déficit d’infrastructures de loisirs et la ‘’faiblesse des équipements marchands’’ de la ville.

À son avis, un ‘’manque de continuité stratégique, de modèles de gestion viables et de mécanismes de suivi efficaces’’ des infrastructures et équipements de la ville sont à l’origine de tous ces écueils.

L’universitaire pense que Ngaye Méckhé doit, pour boucler ses investissements et jouir de leur usage, ‘’passer d’une logique de simple réalisation d’infrastructures à une dynamique d’activation et de valorisation économique durable’’. De cette manière, elle pourra ‘’transformer les investissements existants en véritables leviers de développement local et de création d’emplois’’, propose M. Lome.

MKB/ADI/ADC/ESF/MTN