SENEGAL-EDUCATION-TECHNOLOGIES
Dakar, 16 oct (APS) d’enseignement s- L’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) a présenté, vendredi, un rapport mettant en évidence un large consensus sur la nécessité de réglementer l’usage de l’intelligence artificielle générative (IAG) dans l’enseignement supérieur au Sénégal, en levant le voile sur des divergences de perception entre étudiants et enseignants.
Intitulée “Entre adoption et inquiétude : l’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais’’, l’étude a été menée auprès de 5 037 étudiants et 159 enseignants.
Elle a couvert plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment les universités Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Gaston Berger de Saint-Louis (UGB), Alioune Diop de Bambey (UADB), Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), Amadou Mahtar Mbow (UAM), du Sine-Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN), Iba Der Thiam de Thiès (UIDT), l’UN-CHK, des instituts spécialisés et des établissements privés.
Les résultats témoignent d’une prise de conscience de la communauté académique sénégalaise face aux enjeux de l’IAG, a-t-on appris de l’équipe de recherche lors de la cérémonie de présentation.
“La diffusion de l’IAG dans les environnements académiques, amorcée à grande échelle à partir de fin 2022, bouleverse les pratiques d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation. Dans les universités africaines, cette évolution intervient dans un contexte marqué par des ressources limitées, des inégalités numériques structurelles et une absence quasi généralisée de cadres institutionnels d’encadrement”, souligne le document.
Malgré leur accord sur le potentiel transformateur de l’IAG et la nécessité de son encadrement, les deux communautés (étudiants et enseignants) présentent des divergences sur plusieurs questions essentielles, a fait savoir le docteur Abdoul Alpha Dia, faisant allusion à la conscience éthique.
La deuxième divergence porte sur la créativité, souligne-t-il, citant également ‘’la qualité des contenus générés comme troisième fracture.
L’analyse prospective du rapport a identifié trois trajectoires possibles pour l’enseignement supérieur sénégalais au cours des cinq à dix prochaines années.
L’IA générative, “point de départ de la réflexion et non point d’arrivée”
Le premier scénario, celui d’une ‘’intégration maîtrisée’’, repose sur une intervention volontariste des institutions, indique M. Dia, notant qu’il suppose l’adoption de politiques claires, la démocratisation financière de l’accès aux outils, la formation à grande échelle des enseignants, la révision des modalités d’évaluation et l’apprentissage d’un usage critique par les étudiants.
“L’adoption spontanée et inégale” est présenté comme le deuxième scénario le plus probable à court terme en l’absence d’intervention institutionnelle, a fait savoir le présentateur, selon qui, la diffusion non coordonnée de l’IAG risquerait ‘’d’accentuer les inégalités’’ entre les personnes disposant d’une bonne connexion et les autres, entre les établissements urbains et régionaux, ainsi qu’entre les filières scientifiques et les autres disciplines.
Le troisième scénario, celui d’une ‘’dépendance non maîtrisée’’, est jugé moins probable actuellement, mais suscite davantage de craintes, rappelle Abdoul Alpha Dia, faisant allusion au défaut de formation des enseignants, le maintien des modalités d’évaluation actuelles et l’aggravation des inégalités d’accès. Le recours croissant à l’IAG pour accomplir des tâches cognitives pourrait alors éroder progressivement les compétences fondamentales.
Le rapport recommande notamment à l’État d’élaborer un cadre national opérationnel d’encadrement de l’IAG dans l’enseignement supérieur, en déclinant la Stratégie nationale d’intelligence artificielle (SNIA) de 2023 en directives applicables.
Il invite par ailleurs les enseignants à définir et à communiquer explicitement les règles d’utilisation de l’IAG dans chacun de leurs cours, à s’engager dans une démarche de formation continue et à faire de leur conscience éthique une ressource pédagogique plutôt qu’un frein.
Il en est de même pour les étudiants qui sont invités à ‘’développer une culture de l’usage déclaré et transparent. L’enjeu étant d’utiliser ‘’l’IAG comme point de départ de la réflexion’’ et non comme point d’arrivée, en vérifiant systématiquement les informations produites, ‘’particulièrement celles relatives au contexte africain’’.
SMD/ABB

