SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE
Bakel, 15 oct (APS) – L’annonce des lâchers d’eau au niveau du barrage de Manantali par la société d’exploitation de Manantali et du Félou (SEMAF), dans les prochains jours, a provoqué une onde de choc chez des producteurs du village de Koughany, dans le département de Bakel (Est).
En cette matinée, les rayons du soleil commencent à se poser sur Bakel, une moto transporte le journaliste de l’APS à Koughany, un village de la commune de Ballou, situé à près de 18 kilomètres de la capitale départementale.
A la descente de la route nationale (RN2), une piste, d’habitude impraticable en cette période, depuis les dernières années à cause des eaux, est aujourd’hui dégagée de tous les obstacles pouvant mener à Koughany.
Le village à peine réveillé, les ruelles sont envahies par des élèves qui, bien habillés, convergent vers les établissements scolaires. Ils partagent les passages avec des producteurs, qui eux, se dirigent vers le fleuve pour retrouver leurs parcelles cultivables, érigées au bord de l’étendue d’eau.
Sur place, plusieurs rangées de plants de cultures protégés par des fils de fer barbelés occupent la berge. Des producteurs à peine arrivés, circulent entre les cultures pour examiner la situation. Le maïs, le piment, le gombo, l’hibiscus (bissap), l’aubergine sont les spéculations cultivées sur place.
Vêtu d’une chemise à rayures roses et grises et d’un pantalon beige, Abdourahmane Dabo, dont la parcelle se trouve à un jet de pierre du fleuve, a l’air peiné, suite à l’annonce des lâchers d’eau dans les jours à venir.

”Ça craint vraiment. Surtout qu’on n’a encore rien récolté. On a refait de nouvelles cultures parce qu’avec le déficit pluviométrique, on avait déjà perdu quelques cultures. On ne peut non plus utiliser l’eau du fleuve qui est contaminée par les activités d’orpaillage pour éviter des effets néfastes sur les plants”, se désole M. Dabo.
Le souvenir des pertes des années passées toujours dans les esprits
Victime des inondations de 2024 et 2025, où il avait perdu ses cultures, Abdourahmane Dabo ne s’attendait pas à des lâchers d’eau cette année. Les plantes déjà à maturité, il envisageait la récolte d’ici le 27 octobre, si aucune intempérie n’est notée.
“On a vu l’annonce sur les lâchers d’eau, et ça nous coupe le souffle. On croyait que cette année, ça allait être une exception car, à la même période, en 2024 et 2025, l’eau se retirait. Mais ça risque encore d’être comme les années passées”, selon le producteur qui travaille sur un hectare et demi.
Non loin de lui, Fousseynou Dabo, un autre producteur d’une trentaine d’années. Assis sous un arbre, enfilant un tee-shirt vert clair, un pantalon sombre et un bonnet gris, fixe le regard sur son champ où se côtoient maïs et autres cultures maraîchères.

”J’ai commencé la récolte du piment. On va essayer d’accélérer. On ne peut rien contre la volonté divine, mais nous sommes encore inquiets pour nos cultures”, se désole Fousseynou Dabo.
Même si les plants d’hibiscus ont déjà donné des productions, le maïs en est encore loin.
Tout comme Abdourahmane Dabo, lui aussi est victime de pertes de ses premières cultures dues au déficit pluviométrique enregistré dans le département.
Si les producteurs craignent de voir leurs parcelles inondées, Mamadou Diacko, quant à lui, se veut rassurant. Il a gagné de l’expérience avec les deux années passées, en se mettant cette fois à la hauteur pour échapper à la furie des eaux.
“Personnellement, je crois qu’il n’y aura pas débordement cette année parce que le fleuve est à son état normal, il n’y a pas beaucoup d’eau et même s’il y a lâchers, je crois que ça ne va pas trop impacter nos cultures”, soutient le père de famille, qui est en plein dans la récolte du piment.
”Comme tous les producteurs se trouvant au bord du fleuve, on a entendu que l’eau va venir. Après les deux années passées et les pertes enregistrées, j’ai décidé cette année de me mettre un peu en hauteur pour éviter les inondations”, prie Mamadou Diacko.


A ce jour, le niveau du fleuve à la station de Bakel est de 7m,11, contre 5mm 55 pour la Falémé, selon une note de la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau (DGPRE), rappelant que la côte d’alerte est à 10m.
Dans un communiqué, la Société d’exploitation de Manantali et de Félou (SEMAF) a invité les pêcheurs, les agriculteurs, les éleveurs ainsi que toutes les personnes dont les activités dépendent du fleuve à prendre les précautions nécessaires pour prévenir les risques liés à la montée des eaux.
“Le niveau de Manantali est proche de son maximum d’exploitation. Les lâchers d’eau seront effectués dès que le niveau du lac atteindra la cote de 208,05 mètres”, a informé la SEMAF dans un communiqué transmis lundi à l’APS.
Cette opération entraînera une hausse du niveau de l’eau dans certaines zones situées en aval du barrage, a expliqué la même source, appelant les populations riveraines à faire preuve d’une ”vigilance accrue”.
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