Un dermatologue alerte sur les graves dangers de la dépigmentation artificielle
Un dermatologue alerte sur les graves dangers de la dépigmentation artificielle

SENEGAL-SANTE

Diamniadio, 14 juin (APS) – Le dermatologue, Ibrahima Ndiaye a mis en garde samedi contre les ”graves” conséquences sanitaires de la dépigmentation artificielle, un phénomène devenu, selon lui, un véritable problème de santé publique au Sénégal.

‎Intervenant au Salon international de la beauté, du cosmétique et de l’hygiène, il a expliqué que cette pratique, présente depuis plus d’un demi-siècle dans le pays, expose les utilisateurs à de nombreuses complications dermatologiques et générales pouvant affecter durablement leur santé.

‎”Les deux principaux produits utilisés dans la dépigmentation artificielle sont les corticoïdes et l’hydroquinone”, a-t-il indiqué, soulignant que ces substances, détournées de leur usage médical, sont largement disponibles sur le marché malgré leur caractère potentiellement dangereux.

‎Selon le spécialiste, les corticoïdes, employés normalement sous contrôle médical pour traiter certaines maladies de la peau, détruisent progressivement les mécanismes naturels de protection cutanée lorsqu’ils sont utilisés à des fins de dépigmentation.

‎”En faisant la dépigmentation, on détruit le microbiome de la peau, cette flore protectrice qui nous défend contre les infections”, a-t-il expliqué.

‎Cette altération favorise l’apparition de nombreuses affections infectieuses, notamment des mycoses récidivantes, la gale et des infections bactériennes sévères comme l’érysipèle, une maladie pouvant entraîner des complications graves lorsqu’elle est mal prise en charge.

Le docteur Ndiaye a également évoqué plusieurs effets secondaires dermatologiques, parmi lesquels l’acné cortisonique, l’augmentation anormale de la pilosité, les vergetures, l’atrophie cutanée et les allergies de contact.

‎Concernant l’hydroquinone, il a alerté sur les risques de phototoxicité liés à l’exposition solaire, pouvant provoquer une pigmentation foncée irréversible de certaines zones du corps, connue sous le nom de pseudo-ochronose exogène.

‎Au-delà des atteintes cutanées, le dermatologue a insisté sur les répercussions systémiques de ces produits.

‎”Les corticoïdes pénètrent dans le sang lorsqu’ils sont appliqués quotidiennement sur de grandes surfaces du corps pendant plusieurs années”, a-t-il expliqué, citant notamment l’hypertension artérielle, le diabète, le syndrome de Cushing, les atteintes rénales et diverses complications neurologiques parmi les risques encourus.

‎Il a par ailleurs signalé des conséquences possibles chez la femme enceinte, notamment un faible poids du nouveau-né à la naissance.

‎Le spécialiste a profité de son intervention pour distinguer la dépigmentation artificielle de certaines affections médicales comme l’albinisme oculocutané et le vitiligo.

‎Il a rappelé que l’albinisme est une maladie génétique présente dès la naissance, tandis que le vitiligo correspond à une dépigmentation acquise qui peut parfois révéler d’autres maladies auto-immunes et nécessite une consultation spécialisée.

Le docteur Ndiaye s’est également inquiété de l’émergence de nouvelles formes de dépigmentation impliquant des injections, des perfusions de glutathion, des traitements au laser et diverses pratiques esthétiques réalisées en dehors du cadre médical. ”La dermatocosmétologie nous échappe de plus en plus. Beaucoup de pratiques sont réalisées par des non-dermatologues”, a-t-il regretté.

Estimant que la lutte contre la dépigmentation ne pouvait pas uniquement sur les dermatologues, il a plaidé pour une implication accrue des autorités sanitaires, des services du commerce et des douanes afin de mieux contrôler l’importation et la commercialisation des produits concernés. ‎”Nous pouvons sensibiliser et informer le public, mais le combat doit être mené de manière multisectorielle”, a-t-il martelé.

MK/AKS