UA : un chercheur évoque les obstacles à l’avènement d’un véritable multilatéralisme africain
UA : un chercheur évoque les obstacles à l’avènement d’un véritable multilatéralisme africain

AFRIQUE-POLITIQUE-DIPLOMATIE

Dakar, 21 fev (APS) –  Babacar Ndiaye, chercheur dans les domaines de la paix et de la sécurité, liste dans un entretien accordé à l’APS, les obstacles à l’avènement d’un véritable multilatéralisme africain, évoquant entre autres une ‘’faillite démocratique de ses piliers’’

‘’Une organisation multilatérale ne fonctionne que si les membres eux-mêmes veulent que ça fonctionne et qui adhèrent aux obligations internationales auxquelles les pays membres souscrivent et appliquent de bonne foi’’, a notamment déclaré M. Ndiaye.

Il a insisté sur le fait l’efficacité du fonctionnement d’une organisation internationale telle que l’Union africaine est tributaire du respect de l’Etat de droit par ses pays membres, pointant ainsi ‘’faiblesse structurelle d’une organisation composée d’États qui ne remplissent pas les normes démocratiques minimales’’.

Babacar Ndiaye est d’avis que le niveau de respect de l’Etat de droit dans les pays membres constitue un des indicateurs d’une organisation multilatérale.

Il fait notamment allusion à la tenue récente a Addis-Abeba, en Ethiopie, du 39e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA, dont l’issue a été la réaffirmant par les dirigeants du continent en faveur d’une souveraineté financière et d’une tolérance zéro à l’égard des changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Contrairement à l’Union européenne, qui impose un ‘’ticket d’entrée’’ strict aux pays candidats, l’UA reste un club ouvert à des systèmes basés sur des institutions nominales que personne ne respecte, a analysé M. Ndiaye, estimant ainsi que des ‘’États dysfonctionnels donneront une organisation multilatérale dysfonctionnelle’’.

Le 39e sommet des dirigeants du continent africain a en même temps mis l’accent sur le renforcement des communautés économiques régionales (CER), mais Babacar Ndiaye estime que l’intégration africaine relève du ‘’mythe politique’’, les faits suggérant une ‘’tendance inverse’’.

‘’La CEDEAO est en train de se scinder en deux. Elle va résister et va continuer à exister, car les États partageant la même vision vont rester. Par contre, ceux qui ne veulent pas, vont partir. Chaque organisation doit être fondée sur des valeurs à protéger’’, a-t-il laissé entendre.

Il a cité les exemples du Rwanda qui a quitté la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), l’Érythrée de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

‘’L’UA est aujourd’hui faible et craint de sanctionner les États qui violent les principes communautaires’’, a martelé le chercheur non sans alerter sur le fait que ce qu’il considère comme une ‘’fragilité interne’’ expose le continent à une nouvelle forme de partition.

Il redoute ainsi que les rivalités géopolitiques actuelles sur fond de tensions entre la Russie et l’Occident encouragent la division de l’Afrique sur fond de courses vers ses ressources vitales dont le monde a besoin pour sa survie. 

Les conclusions du 39e sommet de l’UA, marquées par le lancement de la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA) et la priorité donnée à la sécurité hydrique, semblent se heurter à ce constat de terrain, a signalé le chercheur en paix et sécurité.

‘’’Si les chefs d’État ont réaffirmé leur volonté de ne plus tolérer les changements inconstitutionnels, l’ingéniosité des auteurs de coups d’État, continue de prospérer sur la faiblesse du ‘’gendarme institutionnel’’, a encore déploré M. Ndiaye.

Selon lui, l’UA de 2026 se trouve à la croisée des chemins, entre ‘’l’ambition d’une action collective pour l’Agenda 2063 et la réalité d’un continent plus proche de la désintégration’’.

MF/AKS