SENEGAL-MINES
Dakar, 21 sept (APS) – Le Sénégal doit impérativement rompre avec le modèle de la simple extraction brute de ses minéraux critiques pour réussir sa transition énergétique sur la base d’une gouvernance inclusive capable de transformer le potentiel du pays dans ce domaine en développement durable, a soutenu, lundi, à Dakar, le président de l’antenne sénégalaise de la coalition “Publiez ce que vous payez” (PCQVP), Papa Fara Diallo.
“L’avènement des minéraux critiques, indispensables aux technologies de décarbonation et aux batteries, impose au Sénégal de dépasser la simple logique d’extraction brute afin de bâtir une gouvernance lucide, inclusive et génératrice de valeur locale”, a-t-il déclaré.
M. Diallo s’exprimait à l’occasion d’un atelier national consacré au partage des résultats de l’étude intitulée “Minéraux critiques et transition énergétique au Sénégal : documenter les enjeux et anticiper les défis”.
Ce rapport met en lumière le potentiel du sous-sol sénégalais en ressources “hautement stratégiques” telles que “le lithium, le cobalt, le manganèse, le nickel ou encore les terres rares”, tout en alertant sur la nécessité de rompre avec les limites du modèle extractif traditionnel pour en faire un levier de développement durable.
“L’enjeu réside désormais dans la captation de valeur locale, de l’exploration à la transformation industrielle, afin de générer une croissance inclusive et souveraine”, a souligné M. Diallo.
Il a souligné le fait que les opportunités d’emplois dans la géologie, l’ingénierie et la maintenance ne se concrétiseront pas d’elles-mêmes, soulignant que cette dynamique doit obligatoirement s’accompagner d’une “transition des compétences”.
Papa Fara Diallo a appelé l’État et ses partenaires à “anticiper” les besoins du marché en investissant massivement dans les universités, les instituts professionnels et les centres de recherche.
“Cette stratégie doit permettre aux entreprises locales et à la jeunesse sénégalaise de se positionner efficacement sur ces nouvelles chaînes de valeur industrielles”, a-t-il indiqué.
L’étude, réalisée grâce au soutien financier de l’African Climate Foundation, s’appuie sur de ”larges consultations” menées sur le terrain dans les régions de Thiès, Ziguinchor, Tambacounda et Kédougou.
“Les résultats de l’étude mettent en lumière une attente forte des communautés, qui demandent à être pleinement consultées et intégrées aux processus décisionnels”, a fait savoir M. Diallo.
Il a également relevé qu’une transition énergétique propre à l’échelle mondiale ne doit pas se réaliser au détriment de l’environnement local, plaidant à ce sujet pour “un modèle juste” intégrant les impacts socio-environnementaux d’une région à une autre, tout en travaillant pour que les populations locales soient les premières bénéficiaires de l’exploitation de leurs terres.
Aussi Papa Fara Diallo a-t-il insisté sur le fait que la gouvernance de ces minéraux stratégiques doit être l’affaire de tout le monde.
Il estime que l’État doit impérativement jouer son rôle de régulateur en veillant à “définir les règles du jeu, à protéger les intérêts stratégiques des populations à travers une garantie totale transparence dans la gestion des contrats”.
Pour M. Diallo, la contribution des entreprises doit se traduire par une réelle création de valeur locale et un transfert effectif de compétences vers les cadres et les travailleurs sénégalais.
“La société civile continuera d’assumer pleinement ses prérogatives de veille, de production de connaissances indépendantes et de contrôle citoyen des politiques publiques”, a-t-il assuré.
Dans cette optique, la coalition “Publiez ce que vous payez” va décentraliser ses sessions de dialogue et de formation dans les régions de l’intérieur du pays, afin d’outiller directement les acteurs locaux face aux enjeux miniers.

CS/BK
