Tomboronkoto, prolongement des activités minières dans le sud-est
Tomboronkoto, prolongement des activités minières dans le sud-est

SENEGAL-MINES-REPORTAGE

Par Ibrahima Diébakhaté et Bacary Badji

Kédougou, 13 oct (APS) – Le projet aurifère de Tomboronkoto, dont les études d’impact environnemental et social (EIES) ont été validées à l’issue d’audiences publiques organisées en mars 2025, vise à prolonger les activités minières dans cette partie de la région de Kédougou (sud-est), grâce à l’exploitation d’un gisement dont le minerai serait acheminé vers l’usine de traitement Mako.

Le projet aurifère de Tomboronkoto, mis en œuvre par la société minière Petowal Mining Company (PMC), est envisagé comme une mine satellite de celle de Mako, un autre site minier de la région de Kédougou.

Il vise à prolonger les activités minières grâce à l’exploitation d’un gisement dont le minerai serait acheminé vers l’usine de traitement de Mako, indiquent les responsables du projet.

Selon Issa Dabo, directeur du développement durable de la société minière Petowal Mining Company (PMC), les travaux d’exploration préliminaires ont permis d’identifier une zone minéralisée d’une largeur comprise entre 30 et 60 mètres, sur une longueur forée de 1 700 mètres.

Une estimation des ressources minérales, annoncée le 12 septembre 2024, fait état de 5 millions de tonnes de minerai titrant 2,1 grammes d’or par tonne, soit environ 343 000 onces d’or, avec une teneur de coupure de 1 gramme par tonne.

”D’autres forages à circulation inverse et au diamant sont actuellement en cours, ce qui devrait permettre d’accroître les ressources minérales, étant donné que le gisement est ouvert dans l’axe et en aval-pendage”, a-t-il expliqué.

Tomboronkoto, prolongement des activités minières dans le sud-est

Selon le directeur du développement durable de PMC, le projet aurifère de Tomboronkoto table sur une exploitation à ciel ouvert, selon des méthodes minières conventionnelles.

Le minerai extrait serait transporté par camions routiers vers l’installation de traitement de Mako.

”Le tonnage quotidien de matériaux à transporter de Tomboronkoto au projet aurifère de Mako est estimé entre 6 000 et 6 200 tonnes par jour”, a-t-il indiqué, ajoutant qu’un tronçon de la route nationale 7 (RN7) traversant la zone du projet devrait être réaligné.

Une première zone d’exploitation et une zone tampon ont été définies sur la base de l’estimation des ressources minérales disponibles, a fait savoir Issa Dabo.

Il a toutefois souligné qu’une extension ultérieure de la mine pourrait être envisagée, en fonction des résultats des forages d’exploration en cours et d’une évaluation de faisabilité concluante.

Les études d’impact environnemental et social (EIES) du projet ont d’ores et déjà été validées à l’issue d’audiences publiques organisées en mars 2025, sous la présidence du préfet du département de Kédougou, El Hadj Malick Sémou Diouf, selon le directeur du développement durable de la société minière Petowal Mining Company.

”Nous avons obtenu l’adhésion et l’approbation des populations locales de Tomboronkoto lors des audiences publiques consacrées aux études d’impact environnemental du projet, sous la supervision des autorités administratives et locales”, a-t-il déclaré à ce sujet.

Il s’entretenait avec l’APS, dans le cadre d’une enquête portant sur le processus de réinstallation des habitants du village de Tomboronkoto.

Les préoccupations exprimées par les locaux, relativement à ce projet, concernent les conditions de leur relocalisation, les procédures d’indemnisation, la préservation des moyens de subsistance et du patrimoine local.

Sur la place, les villageois déplorent que les sondages aient été menés dans un climat de tension et insistent sur la nécessité d’une concertation effective. La blessure remonte à juillet 2023.

Selon le chef de village, Nfaly Keïta, PMC avait informé les habitants de son intention de mener des sondages à proximité immédiate des habitations, une démarche à laquelle une partie de la population s’était opposée.

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L’entreprise aurait alors suspendu ses opérations, le temps de prendre d’autres dispositions. “Un jour, ils sont venus avec la gendarmerie pour sonder”, raconte Nfaly Keïta.

Le vendredi 21 juillet 2023, les gendarmes sont arrivés très tôt, alors que le village dormait encore. Les habitants sont sortis en masse. Aux jets de pierres ont répondu les grenades lacrymogènes.

Dans une dépêche publiée le lendemain, l’APS faisait état d’une quinzaine de personnes arrêtées et d’une douzaine de cases incendiées. Des informations publiées ultérieurement font état de 15 arrestations et de 13 cases brûlées.

D’après le récit du chef de village, Tomboronkoto a été transformé ce jour-là en champ de bataille. Il voulait aller vers les gendarmes pour apaiser la situation. Il affirme avoir été atteint par du gaz lacrymogène et avoir perdu connaissance. “Évanouissement”, ressasse-t-il, le regard fixe.

Plusieurs habitants affirment avoir été arrêtés puis malmenés par les forces de défense et de sécurité (FDS) pendant ces opérations.

La solution par le dialogue autour de la réinstallation et des indemnisations

“Le village a été encerclé. Des gens qui partaient le matin à la mosquée pour la prière, d’autres qui allaient au travail, ont été frappés et arrêtés. Les femmes qui partaient aux champs ont été refoulées”, témoigne le chef de village.

Selon lui, les forces de l’ordre ont maintenu un dispositif autour du village pendant plusieurs jours pour permettre à la société de mener ses sondages, limitant l’accès aux champs en pleine saison des cultures.

Face aux accusations de passage en force formulées par certains habitants à propos des opérations de 2023, le préfet du département de Kédougou, El Hadji Malick Sémou Diouf, met en avant le dialogue engagé autour de la réinstallation.

“Ces populations sont représentées. Chaque fois que c’est nécessaire, je leur dis que rien ne se fera sans leur accord. Chacun peut s’exprimer librement. Ce sont des réunions qui durent souvent plus de cinq heures”, assure-t-il. Un cabinet de consultance a également été recruté pour conduire les négociations.

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Le chef de l’exécutif départemental, retraçant les étapes du dossier, a dit avoir pris le 11 septembre 2024, un arrêté fixant la date butoir, au-delà de laquelle toute nouvelle construction ou tout nouvel aménagement ne serait plus pris en compte dans l’indemnisation.

Une commission départementale de recensement et d’évaluation des impenses a ensuite été mise en place. Le comité consultatif de réinstallation a également été installé. Il réunit des représentants des populations, des services techniques et de l’autorité administrative.

“Nous en sommes à la dixième réunion de négociation. Son objectif était d’obtenir un accord sur les taux d’indemnisation des champs et des arbres”, indique le préfet.

Pour les barèmes, l’administration s’appuie sur la réglementation et sur l’expertise des services du développement rural et des Eaux et forêts.

 “Mais comme nous sommes dans un processus de réinstallation, nous avons demandé à l’entreprise si elle pouvait faire mieux”, affirme-t-il.

“Ce qui est recherché, c’est qu’à défaut d’une situation plus confortable, les populations se retrouvent au moins dans leur situation antérieure”, souligne-t-il.

Il dit avoir pris un engagement en réponse à un vœu des habitants : “Aujourd’hui, la route nationale traverse le village. Nous ferons en sorte qu’elle traverse de nouveau le site de Djirome”.

Concernant la gestion de l’eau, le directeur du développement durable de Petowal Mining Company a indiqué que des puisards seraient aménagés pour recueillir l’eau d’assèchement des fosses et les eaux de ruissellement, en vue de leur réutilisation sur le site, notamment pour la suppression des poussières.

Les eaux de surface provenant des zones d’exploitation devraient également contribuer à couvrir la majorité des besoins du projet.

”Un faible volume de prélèvement d’eau dans le fleuve Gambie pourrait s’avérer nécessaire comme source d’approvisionnement d’appoint. Cette question sera examinée plus en détail dans le cadre de l’EIES”, a-t-il précisé.

Un système de drainage des eaux de surface est également prévu afin de permettre la décantation des matières en suspension avant tout rejet dans le fleuve Gambie.

Des quantités d’eau relativement faibles seraient, par ailleurs, utilisées pour les bureaux et les installations de maintenance, selon le responsable.

Issa Dabo a assuré que les études d’impact environnemental et social ont été réalisées conformément aux exigences réglementaires du Sénégal ainsi qu’aux politiques environnementales et sociales de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (SFI).

”Nous avons collecté toutes les données et les caractéristiques de la zone d’influence du projet, notamment celles relatives aux occupations, à l’inventaire floristique et aux paramètres environnementaux, comme la qualité de l’air, les nuisances sonores et la qualité des eaux”, a-t-il expliqué.

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Sur le volet social, le responsable de PMC a indiqué que l’entreprise avait commencé à recueillir les préoccupations des populations locales dans le cadre du processus de réinstallation. Il a assuré que des engagements avaient été pris pour accompagner les communautés et contribuer au développement du village.

”Nous avons commencé à recueillir toutes les inquiétudes et les problèmes des populations locales dans le cadre de la réinstallation. Nous allons participer activement au développement du village de Tomboronkoto”, a-t-il assuré.

Selon M. Dabo, Resolute Mining et sa filiale sénégalaise PMC entendent se conformer aux normes internationales en matière de développement social, de protection de l’environnement, de santé et de sécurité.

Il a également rappelé que le groupe a mis en place des politiques, des procédures et des directives internes destinées à encadrer la gestion environnementale et sociale de ses activités actuelles et futures.

PID/BAB/BAB/BK/HK