SENEGAL-SOCIETE-PROTECTION
Tivaouane, 6 mai (APS) – Des acteurs institutionnels, sanitaires et communautaires ont validé, mardi à Tivaouane (ouest), une stratégie renforcée de lutte contre les violences sexuelles et les mariages d’enfants, dans le cadre d’un projet dénommé “WAAR+”, a constaté l’APS.
Le projet “WAAR+”, désormais envisagé à Tivaouane et Thiadiaye, entend combler les lacunes identifiées dans ce domaine, en élargissant sa cible aux adolescents, notamment les pensionnaires des écoles coraniques, et en renforçant l’accès aux services pour les populations les plus vulnérables.
Au-delà de la production de connaissances, l’initiative prévoit des campagnes de sensibilisation, des formations et un accompagnement psychosocial renforcé, avec comme objectif de produire des changements durables en termes de comportements et de normes sociales.
La deuxième réunion du comité de pilotage consacrée à la protection des adolescents au Sénégal, a été l’occasion de présenter les résultats de l’enquête de base, de recueillir les observations des parties prenantes et d’entériner les orientations opérationnelles du projet, dans une logique de mise à l’échelle des mécanismes de prévention.
L’adjoint au préfet, Mamadou Thiam, a salué à ce propos une initiative “structurante”, axée sur le renforcement de la prise en charge psychosociale des victimes et des auteurs de violences, dans un contexte marqué par une croissance démographique rapide et des mutations sociales profondes.
Le dispositif repose sur une délégation de compétences innovante, avec des spécialistes en psychiatrie, des sages-femmes et des infirmiers qui assurent la formation du personnel de santé de proximité, pour combler le déficit en ressources humaines qualifiées en santé mentale.
M. Thiam a alerté sur “l’érosion de la cellule familiale traditionnelle”, estimant que la précarité et les transformations sociales fragilisent les repères des enfants et accentuent leur vulnérabilité.
Mohamed Diadhiou, enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et chercheur principal du projet, a précisé que cette recherche-action, conduite sous la direction du professeur Mohamed Gadou, cible prioritairement les adolescents les plus exposés, notamment les talibés et les jeunes en situation de handicap.
L’ambition poursuivie est de prévenir durablement les agressions sexuelles et les mariages dits précoces, par une approche intégrée alliant recherche, sensibilisation et renforcement de capacités.
Financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, le programme est mis en œuvre par un consortium réunissant le CEFOREP, le Réseau des jeunes pour la promotion de l’abandon des mutilations génitales féminines et des mariages d’enfants (RJPA/MGF/ME) et l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).
Il s’inscrit dans la continuité des initiatives soutenues par Affaires mondiales Canada, notamment le programme ADOS et le projet WAAR, déployé avec succès à Thiadiaye.
Les enseignements tirés de ces expériences ont permis de mettre en évidence des insuffisances, en particulier dans la prise en charge psychosociale et l’assistance judiciaire des victimes au niveau local.
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’une mobilisation communautaire accrue. Il y a par exemple le chef du service des sports et de la jeunesse, Hassan II Diop, qui a plaidé pour la mise en place de clubs de jeunes filles, afin de renforcer leur encadrement.
D’autres participants ont souligné le rôle central des “Bajenu Gox” dans la prévention de proximité, tout en dénonçant l’abandon fréquent de procédures judiciaires liées aux violences sexuelles, sous l’effet de pressions sociales et familiales.
Pour sa part, Tidiane Diallo, assistant social à l’hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh, a appelé à une synergie effective entre familles, la justice, les services de santé et l’action sociale.
Il a notamment recommandé une prise en charge intégrale des réquisitions judiciaires, condition essentielle pour garantir un accompagnement digne et complet des victimes.
À travers cette dynamique, les acteurs réunis à Tivaouane entendent poser les bases d’un dispositif plus inclusif, coordonné et durable, capable de répondre à l’urgence silencieuse des violences faites aux adolescents.
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