Thiès, un vivier de figures politiques de référence
Thiès, un vivier de figures politiques de référence

SENEGAL-INDEPENDANCE-PARCOURS

Dakar, 1er avr (APS) – La région de Thiès (ouest), choisie pour accueillir cette année la célébration de la fête de l’Indépendance, est le berceau de plusieurs personnalités politiques de référence, qui ont largement contribué à asseoir les bases de la nation sénégalaise. Cela peut expliquer, à bien des égards, la place importante de ce terroir dans l’histoire politique du Sénégal.

Bien que méconnu de nombreux Sénégalais, l’histoire de la capitale du Rail est pourtant intimement liée à celle de Léopold Sédar Senghor (1906-2001).

Avant de devenir le premier président de la République du Sénégal, le chantre de la négritude a affûté ses armes politiques en se faisant élire premier maire de Thiès.

Thiès, une ancienne ville ouvrière, carrefour ferroviaire et bastion des cheminots

À la faveur la loi-cadre Gaston Defferre du 23 juin 1956 accordant l’autonomie interne aux colonies, il accède en novembre 1956 à la tête de cette commune considérée comme le cœur battant du syndicalisme et de la contestation au Sénégal, en raison de son statut de ville ouvrière, de carrefour ferroviaire et de bastion des cheminots.

En dépit de ses fonctions de secrétaire d’État dans le gouvernement français, Léopold Sédar Senghor tenait à présider les conseils municipaux à Thiès.

Thiès, un vivier de figures politiques de référence

Au cours de son mandat qui a duré quatre ans, il s’est attelé à poser les bases d’une administration municipale moderne en structurant les services de la mairie et en mettant en place un état civil rigoureux.

C’est durant son mandat que l’idée d’aménager des quartiers périphériques a été émise dans l’optique de désengorger le centre-ville, littéralement occupé par les infrastructures ferroviaires.

Même après avoir quitté ses fonctions municipales, à la suite de son accession à la présidence du pays, Léopold Sédar Senghor a continué à garder un lien fort avec la ville.

Compagnon de la première heure de l’avocat Abdoulaye Wade au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS) et à la pointe des combats menés en faveur de la démocratie, Boubacar Sall a marqué les esprits par son courage exceptionnel et sa fidélité inébranlable, durant les années de braise de l’opposition.

Boubacar Sall, l’infatigable ‘’Lion du Cayor’’ 

L’esprit guerrier chevillé au corps, il implante sa base politique à Thiès et fait de la capitale du Rail un bastion imprenable en défiant ouvertement le pouvoir socialiste d’Abdou Diouf.

Surnommé le ‘’Lion du Cayor’’ en raison de sa témérité et de son refus de reculer devant les forces de l’ordre lors de la répression des manifestations de l’opposition, ce natif de la cité du Rail a été l’un des piliers historiques du PDS, dont il était le véritable numéro deux dans les années 1980.

C’est tout naturellement, donc, qu’il est arrêté en compagnie de Me Abdoulaye Wade et d’autres responsables politiques, lors des évènements post-électoraux de 1988. Le PDS et ses alliés contestaient les résultats de l’élection présidentielle de cette année-là, qui donnaient gagnant le candidat sortant, Abdou Diouf.

Boubacar Sall est condamné, le 11 mai 1988, à deux ans de prison ferme. Beaucoup de ses codétenus sont relaxés. Cet emprisonnement, loin de le refroidir, contribue à renforcer son aura de martyr du Sopi (le changement, slogan du PDS).

Cité en exemple par les jeunes militants comme le modèle de la ‘’fidélité sans condition’’ à un leader et à une cause, Boubacar Sall est décédé le 25 juillet 1995. Il ne verra pas l’alternance de 2000 pour laquelle il s’était tant battu : l’élection d’Abdoulaye Wade à la présidence de la République.

En reconnaissance de ses immenses et multiples sacrifices à la cause libérale, le PDS baptise son siège à Thiès du nom de Boubacar Sall.

Idrissa Seck, le bâtisseur

Impossible de parler de la ville de Thiès, sans faire référence à l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, qui en fut le maire.

Dès que l’on évoque son nom, on pense immédiatement aux nombreux chantiers (voiries, éclairage public, aménagement de places publiques, rénovation de bâtiments administratifs, assainissement…) qui ont changé le visage de la cité du Rail, sous son magistère, de 2002 à 2014.

Grâce à ses fonctions de chef du gouvernement (2002-2004), il pèse de tout son poids dans la décision du président Abdoulaye Wade de moderniser ce terroir auquel il est attaché.

Considéré comme l’une des figures majeures de la politique sénégalaise des trente dernières années, ‘’Ndamal Kajoor’’, comme on le surnomme, a vu le jour à Thiès, où il a grandi et a fait toute sa scolarité. Jusqu’à l’obtention du baccalauréat.

Thiès, un vivier de figures politiques de référence

Il a débuté la politique sous l’aile d’Abdoulaye Wade avant de connaître une ascension fulgurante, de la scène politique ordinaire au sommet de l’État.

Idrissa Seck devient ministre du Commerce dans le gouvernement de majorité élargie constitué en 1995 par le Premier ministre Habib Thiam et jouit d’une grande influence à l’arrivée de M. Wade au pouvoir en 2000.

Longtemps perçu comme le dauphin naturel du nouveau président, il devient ministre d’État, directeur de cabinet du président de la République, puis Premier ministre.

Quatre ans après la première alternance politique au Sénégal, il tombe en disgrâce et se retrouve derrière les barreaux pendant sept mois. Il est finalement blanchi.

Le leader de Rewmi – le parti politique qu’il crée à sa sortie de prison – participe à quatre élections présidentielles (2007, 2012, 2019 et 2024). La première fois, il arrive deuxième, derrière Abdoulaye Wade. Idem pour la troisième fois (2019) : il réalise une énorme prouesse en réunissant au moins 20 % des voix et en s’imposant comme le chef de l’opposition.

Caroline Faye, la pionnière

À la faveur de son ralliement au camp de Macky Sall en novembre 2020, Idrissa Seck est nommé président du Conseil économique, social et environnemental, dont il démissionne en 2023 pour se porter candidat à l’élection présidentielle de 2024.

Enseignante de profession et militante du Bloc démocratique sénégalais (BDS) de Léopold Sédar Senghor dès 1948, Caroline Faye a marqué de façon indélébile l’histoire politique sénégalaise de manière générale, plus particulièrement celle de la région de Thiès.

Cette native de Foundiougne, dans la région de Fatick (centre), militante du BDS dans le département de Mbour (région de Thiès), a ouvert les portes de la vie politique aux femmes sénégalaises. Elle fut la première femme à exercer les fonctions parlementaires (Assemblée nationale) et à être nommée ministre au Sénégal. Caroline Faye se retrouve députée à la fin des élections législatives de 1963.

Engagement et détermination en bandoulière, elle refuse de se laisser ravaler au rang de simple figurante à l’hémicycle. Les Sénégalais lui doivent l’adoption du Code de la famille en 1972, un résultat de son combat en faveur de l’émancipation des femmes.

Auréolée d’une nouvelle promotion, elle devient, en 1978, la première femme ministre du Sénégal, chargée de l’Action sociale. Véritable icône ayant posé les jalons de la représentativité des femmes au Sénégal et grande combattante pour les droits des femmes, Caroline Faye est propulsée à la tête du Mouvement des femmes de l’Union progressiste sénégalaise (UPS) – l’UPS devient le Parti socialiste, plus tard. Caroline Faye est désignée secrétaire générale adjointe de la Panafricaine des femmes. À la suite de son décès survenu le 29 juillet 1992, le stade municipal de Mbour est baptisé de son nom, en signe de reconnaissance de son héritage.

HB/BK/ASB/MTN/ESF